L' art français: revue artistique hebdomadaire — 5.1891-1892 (Nr. 210-261)

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Cinquième année. — N° 234.

LE NUMÉRO : 25 CENTIMES

SAMEDI 17 OCTOBRE 1891

L'ART FRANÇAIS

Directeur littéraire :

FIRMIN JAVEL

Revue Artistique Hebdomadaire

Bureaux : 97, rue Oherkampf, à Paris

Directeurs artistiques :

SILVESTRE & Cie

ABONNEMENTS. — Paris 8c Départements : un an, 12 francs; six mois, 7 francs. — Union Postale : un an, 15 francs; six mois, 8 francs,

NOS ILLUSTRATIONS

SALON DE iS^I (Champs-Élysêes)


Il y a, dans cette fine et expres-
sive physionomie de jeune femme
que nous présente M. Ernst, une
recherche psychologique des plus
intéressantes. On devine, en effet,
à travers ces yeux charmants, une
âme de parisienne, un esprit alerte,
enjoué, et il semble qu’un peu de
sourire fleurisse encore cette jolie
bouche, close par l'a méditation.

La simplicité avec laquelle est
traité ce Tor trait, fait autant d’hon-
neur au peintre qu’à son modèle.
I.’attitude est si naturelle ! Les
mains, d’une rare élégance, se croi-
sent si vraisemblablement, et les
bras retombent avec tant de grâce,
en leur abandon d’une minute !

Nous croyons savoir que la jeune
personne représentée n’est autre
que Mme Gungl’, femme du secré-
taire de la rédaction de l'Evénement.
S’il en est ainsi, nous adressons
tous nos compliments à notre dis-
tingué confrère.

Les Longs jours, de M. Léandre,
nous font penser involontairement
au célèbre tableau de Gérard Dow,
la Femme hydropique, dont la restau-
ration fâcheuse a soulevé une si
ardente polémique, voici quelques
années. Ici, il est vrai, les rôles
sont intervertis, comme si M. Léan-
dre avait voulu éviter toute compa-
raison avec son illustre devancier.

La scène se passe dans un décor
relativement sobre. Mais dans l’œu-
vre du peintre français, comme
dans celle du maître hollandais, on
respire cette atmosphère particu-
culière aux infirmeries et on y est
saisi du même respect silencieux.

Les Longs jours ! Ce titre suggestif ne laisse plus de doute sur le carac-
tère de la scène, s’il pouvait y avoir un doute dans l’esprit du spectateur
attentif. Un malade, vieux et sans doute isolé, sans famille, peut-être sans
amis, écoute, résigné, quelque pieuse lecture dont une jeune religieuse
berce ses ennuis*

Ernst. — ‘Portrait.

dant il nous attire et nous
retient par l’émotion que M. Léan-
dre y a mise.

La musique, de Mme Gœpp-
Gtfyon, nous ramène dans un mi-
lieu moins mélancolique. Nous as-
sistons, avec cette habile artiste, à
un concert intime, et, en prêtant
l’oreille, nous pourrions presque
dire quel morceau exécute la jeune
virtuose qui Se profile là-bas, au
fond de ce salon un peu encombré,
comme la plupart des salons mo-
dernes.

Des quatres figures représentées,
aucune ne paraît indifférente à la
musique. Aussi bien, la jeune pia-
niste que les amateurs qui l’écoutent,
tout le monde est grave et recueilli.
Le morceau si religieusement suivi
par ce public de dilettanti, n’est cer-
tainement pas le quadrille de l’Œil
crevé..... Plutôt pencherions-nous
pour quelque fragment du Lolien-
grin....

Mme Gœpp - Guyon est une
artiste de valeur, qui s’est très
vite formé une manière particu-
lière dans un genre pourtant fort
exploité.

M. Lattard voit le nu par larges
plans, à la façon des statuaires.
Son Étude de femme est un peu som-
maire, ce qu’on peut regretter si
l’on considère certaines qualitées
qui nous font, quand même, bien
augurer de l’avenir, de ce jeune
peintre (car il paraît que M. Lat-
tard est encore un jeune homme).
Qu’il étudie donc le nu avec la pas-
sionnée attention que mérite le
Beau, sous quelque forme qu’il se révèle , et qu’il ne se hâte pas trop
de produire. Rien ne le presse ! Qu’il songe au mot de M. Paul Mantz,
si réconfortant en son allure prophétique : « Les grandes fêtes de 1 Art
ne sont pas finies ».

F. J.
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