L' art ornemental: revue hebdomadaire illustrée — 3.1885

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i5o L'ART ORNEMENTAL

EXPLICATION DES PLANCHES

Plateau émaillé; Jeypore ; 1590.

Cette,belle pièce fait partie de la collection de S. A. R. le prince de

Galles.

mais sa longue administration abbatiale et l'époque où elle la prit permet-
tent de placer sa naissance entre 1125 et ii3o. »

L'histoire'nous apprend donc bien peu de chose sur Herrade. Dans la
tradition, elle apparaît comme un type accompli de l'abbesse pratiquant
toutes les vertus et en même temps comme une encyclopédie vivante pos-
sédant et enseignant toutes les sciences et tous les arts. Les papes corres-
pondaient avec elle; les évoques la consultaient; elle était pour tout le

,,. . . monde un objet de vénération.
Miniatures '

, ... , ,. . j__- XX %__-- Outre les langues vivantes, Her-

du « Hortus delioiarum ». ■ ^^?J)s—\ ^^-rrï^^ff-h^^n-^^^iir^-^ . ... ...

Sujets tirés de l'Apocalypse.

rade parlait le grec et le latin;
elle lisait les Pères dans leur

L'Orient, dit M. René Mé- csli^^ /WfÛ>§>f/fÉ)// /^"if'fx \'^'^i\V?y^fK ' langue originale, était' familière

nard, n'avait souffert que des "^-^r^/^^^^^^^^Ê j-É^ \^^3^J^^^a^?<f;^^t^3 avec les Saintes Écritures, con-

dévastations passagères, et les ^^^^^^^^^^ f[ ^^^^^£JtS) ^^^^^^^^^^^-^^^ naissait à fond Aristote, Platon

barbares ne s'y étaient point /J&k1^^ Jî\ ^0^^^^Mv'^^ ^-^^^^ê^ et Cicéron, élucidait les questions

établis en maîtres. Il en résulte ^f^^^^A \ \{ 1/1/ \totS\ Ïw"*% \(~0<S^^^ théologiques les plus subtiles et
que les traditions léguées par =s=^^^^^^^v^^«\ r^/lw\?> \m\!tïÊ?JrÊs^^ enseignait aux jeunes filles con-
l'antiquité avaient été complète- *3sS^^ L^Mîlll' /mÈp/M)^ fiées à ses soins la géométrie,
ment transformées par l'établis- ^N^vW 'J/Wx\ \/r/«\w\ 7/^^^^^ ^JL^ l'astronomie, la grammaire et la
sèment du culte, mais n'avaient ^^*^^^^^~^^^^^^^\\ b/^^t^- //^v^^^^v^^fflS^^ dialectique. Grand poète, elle
pas été anéanties comme dans nos ^—^^^'^^^^:^7^'^^^4^~^p// <f ^v^^S^*' composait des vers latins à la
pays par une cessation d'activité. /r^^^L x^^^^^vv, /"—"^/^ÎÎ*tY^ gloire de Dieu ; grande musi-
Les vieilles légendes païennes ll^Sëî^, ^ /* tL:^ \v\ ç%^' ~<\~=7 4?^^fêfW ~~ cienne, elle faisait de la musique
étaient trop populaires pour dis- ^^^^V^^^/vf ( ( (f^ll I ^âllf<^^ \/^~^^\/^?^^^\' Pour accompagner ses pieux can-
paraître absolument; mais, par »^ \\>^fMw >$ÉmJ |f (|/wWM^>|^)\ tiques ; elle enseignait à ses élèves
la plus étrange des métamor- îu^^^^Vb J/Ku] ^^Ml^M^v^Ê^^xl '6 cnant religieux et excellait à
phoses, elles se modifiaient juste /^l^l^y^^feyMfi ^S^^^N ^^^^^jl/Î /W^fyf ^^^MII K^t^^r\\ )ouer 'Ie plusieurs instruments,
assez pour s'adapter à la morale J^sÊÊW ii'f^^h^n \/n}\x\ /fâl' ï i^M^ ^ Pe'ntre habile ; ses mi-
chrétienne et se fondaient sou- ^r^f^^MA Ws7/j\ \ I Iff/Alriffl fltl^ \ /'wM!)^^'n^^W:h\ matures en font foi- Elle a ré-
vent dans les histoires pieuses \P \(l/^^ÊlV \ / 11 f \ \f \ ( / fvf v^flM \ V f°rmé la discipline de son cou-
qu'on racontait sur les saints. )\\V/ /JÉ%J/I 1^7/ Jf I 9 vJf n\VX^\ 'n/tt" Lrlxtl if^^rV^ ^ vent5 bâti des chapelles, fondé
C'est surtout dans les miniatures J|\ / /S^vOT j f W 0/1 A/ nirïk^ \\S/lrI \ rl M^)"T^ ^°P'taux' 'es Pauvresi
qu'on voit ce curieux mélange et fïï\/ MÊt^w ' (^ÊÀJL} 1 ffff | l 'n\M\^H 'f' \ \//^\ï " secouru les voyageurs. Sa science
qu'on peut étudier les origines \\T\\V^ ^-^^y^^^^ ff^-^^V \ /A^T était 'ncomParab'ei ses talents
poétiques des légendes du chris- \^>\i» ^ merveilleux, sa vie exemplaire,
tianisme, sur lesquelles sont ve- ' ' "* Voilà ce que la tradition nous
nues se greffer tant de fables le christ dans sa gloire. rapporte sur Herrade.
païennes plus ou moins défi- Miniature tirée du Hortus deliciarum. 0u Herrade de Landsberg
gurées. avait-elle appris l'art de peindre
Sous l'influence de Charlemagne et de ses successeurs, les artistes la miniature ? La tradition veut que Relinde, qui la précéda dans le gou-

byzantins s'établirent en très grand nombre dans les contrées rhénanes, et

vernement du monastère de Hohenbourg, ait été elle-même une artiste

leur influence s'est manifestée visiblement fort habile, et M. Gérard paraît croire

dans l'école de miniaturistes qui s'est for- sZ&^&B^ qu'elles ont pu travailler l'une et l'autre

mée en Alsace vers le xuc siècle. JfjÊÈSÊLi* aUK miniatures du Hortus deliciarum.

De cette école, il restait une œuvre utBËferÊÏ? " " ex'ste> dit-il, dans l'ancien cloître de

prodigieuse, aujourd'hui détruite. C'était "iJwË: Hk Hohenbourg, un monument qui nous rap-

un énorme volume, le Hortus deliciarum. jSSSïlw^M pelle l'abbesse Relinde. C'est un bas-relief

Il était destiné à l'instruction des établis- i§|| ^Ê^^S^^Ê^\ du xn" siècle représentant Relinde et son

sements religieux, et les innombrables ^ ^^^^^Ç^^^^W^^Kw amie Herrade à genoux devant la Vierge,

miniatures dont' il était orné formaient fflf wtÊÊSÊ^^k^^^ÊsÊÊm qui tient l'Enfant Jésus dans son giron,

comme un cours de symbolique chrétienne SÊSk SgÉc-. ''^^SE' Les deux abbesses soutiennent un livre,

où les fables païennes se mêlaient aux aty KgBHBBK^I J ÏMSÊ^^^Ê^ÈË emblème de leur savoir et de leurs travaux.,

idées personnifiées et aux récits bibliques \W?aBÊÊIÊ^S^^^^^K^^^''"^^^^^SÊÊÊÊiL qu'elles déposent connue un hommage

de la façon la plus étrange. j*^^^1 *8»t3âS£r ^^/'^ï^^^*^^^^v5W^^^^ aux pieds de la Vierge. Ce témoignage de

L'auteur du Hortus deliciarum passe ^^^m la double fraternité dans la science et dans

pour être Herrade de Landsberg, abbesse ngBB^ la piété qui lia les deux saintes femmes

de Hohenbourg, sur laquelle l'historien de t^^^ ^rViS^Êm^^SS^^^^^SÊP'' ' a Pos^ Par Herrade. J'y aperçois la

l'art alsacien du Moyen-Age nous donne ^jj^k. ^^^^^^^^^^^g^^^^^S preuve que Relinde a préparé, avec Her-

les renseignements suivants : « Issue de la ^^^pjjjjî^fe, kl^^^^^^^^^^^Ê rade, l'œuvre qui a illustré sa jeune com-

noble famille de Landsberg, dont le ma- ^^^^Bk ||vy^^^^v^^fepagne. Ce livre, solennellement offert par

noir féodal se dresse encore sur l'un des ^b^^K^"^^;-^*1 ^^^^^^F 'a ma'tresse ct son chérie à la Mère

contreforts de la montagne de Sainte- ^^WwSKr^^^^^^BSSÊUÈk ' de Dieu, n'est-ce pas le Hortus deliciarum

Odile, Herrade était entrée enfant dans le ^^s^^^^^^^^Ss^^^^^^Ê^k lui-même? »

célèbre monastère de Hohenbourg, un des Le Hortus deliciarum nous offre

sièges vénérés de la sapience religieuse. cs^Ma^WBBffi^^^^^ar^^BB|BHrH^'MaM*a""' ""' l'exemple le plus complet des traditions

L'on ne discerne point si elle était fille byzantines dans la miniature. Le grand

j>t- 111. j <- jjt j 1. Buire Renaissance. , . . . ,., .

d h-gelolphe ou de Conrad de . Landsberg, nombre de compositions qu il renferme

tous deux vassaux et amis de Frédéric, duc se rattache à une multitude de sujets di-

de Souabe et d'Alsace, qui devint empereur sous le nom de Frédéric Barbe- I vers ; on y trouve le type le plus ancien de plusieurs figures symboliques

rousse. Nous n'avons guère de renseignements certains sur sa personne, I dont les variantes apparaissent sur divers monuments du Moyen-Age.

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