L' art pour tous: encyclopédie de l'art industriel et décoratif — 44.1905

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L'ART POVR TOVS

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Jacques Myt et Jehan Petit, déjà vus plus haut, Graphe
d'Anvers, Jean Rémy, Vincent de Portonaires et Josse Bade
ont créé un grand nombre d'alphabets de grandeur réduite
mais le plus curieux de tous est celui de Bailly, de Lyon,
dont chaque lettre reproduit un saint personnage, un roi,
des femmes et des bienheureux armés d'épées flamboyantes.
Tout le calendrier, ou à peu près, se retrouve dans ces
lettres, finement gravées par Noury, dit Le Prince.

Comme il faut se borner et qu'il est impossible de tout
citer, je termine en indiquant l'alphabet minuscule de Simon
Vincent représentant à chaque lettre des figures comiques
d'astrologues regardant les étoiles. On ne peut rien voir de
plus drôle et de plus finement traité.

Voici terminée cette promenade à bâtons rompus à tra-
vers tout ce petit monde si charmant et si pittoresque des
lettres gothiques. Je pense que, grâce aux quelques exemples
donnés, le lecteur aura pu se rendre un compte suffisam-
ment exact de ce genre le plus ancien d'ornementation.

Il y a longtemps qu'un amateur distingué a dit ce mot
bien vrai, ma foi : qu'il suffisait de voir un ancien livre
d'heures gothique pour devenir bibliophile. Quel malheur
qu'ils soient devenus si rares ! le monde entier bouquinerait !

Glucq.

& & & & *^ & & &

L'ART DÉCORATIF A TRAVERS LES AGES
III. LES CROSSES ÉPISCOPALES1

ORIGINES. — La crosse a été comprise sous diverses
désignations ; elle s'est appelée baculus, virga, feruln,
pedam, cambuta, capuita, crocea, crozzia, etc. ; selon
l'abbé Barraud, il faut distinguer la cambuta, la crosse, le
tau, de la ferula et du sceptre qui est un signe d'autorité.

Les payens avaient le lituus dans leurs cérémonies reli-
gieuses, bâton recourbé assez semblable à nos crosses, que
l'augure tenait de la main droite et avec lequel il partageait
l'étendue du ciel en régions pour sa divination. Ils avaient
aussi la virga, signe de commandement que les licteurs, les
grands, les rois tenaient à la main, signe de puissance sur-
naturelle dans les mains des thaumaturges, comme celle de
Circé métamorphosant les compagnons d'Ulysse.

Cette verge miraculeuse se retrouve dans les récits bibli-
ques entre les mains de Moïse devant la Mer Rouge, dont
il gouverne les flots, entre les mains du Sauveur lui-même
dans les bas-reliefs des sarcophages.

D'après Buonarotti, les catacombes nous fourniraient une
image de lituus chrétien, un bâton recourbé que tient Ama-
chius, mais c'est peut-être un augure.

Une pierre tumulaire de la Boixe porte en relief une sorte

1 Voyez les figures qui paraîtront dans le n° 9.

de crosse longue de trois pieds et demi ; ce bâton recourbé,
qui se trouvait dans le monument principal, serait-il le sym-
bole du commandement et indiquerait-il que c'était là la
sépulture d'un chef ? On peut se permettre cette conjecture
d'après celle de M. Michon, qui voit dans cette sépulture
l'insigne d'un personnage romain revêtu du pontificat. Le
même signe se retrouve en Bretagne, dans les dolmens de
Petit-Mont, Mendrein, Bé-er-Groah, et là il est répété plu-
sieurs fois dans le même monument et sur la même dalle.

Cette idée symbolique d'autorité pastorale présidait à
l'attribution des crosses au VI0 siècle, et faisait déjà écrire à
saint Isidore (560 ~\ 636) que le bâton était donné à l'évêque
dans ce but, vel régal, vel corrigat, vel infir mitâtes injir-
morum sustineat.

Les plus anciens rituels et sacramentaires font mention
d'un usage de la primitive église qui suppose que les fidèles
assistaient à l'office divin avec un bâton à la main pour se
reposer pendant les longues fonctions sacrées. Ils rappe-
laient peut-être ainsi le souvenir des anciens Hébreux. Les
confréries ont conservé cet usage jusque dans les temps
modernes. Selon certains liturgistes, l'origine de la crosse
serait ce bâton de voyage (sustentaculum, reclinatorium)
d'abord concédé aux infirmes, devenant d'un usage général
pour ceux qui se tenaient debout dans l'église. Ne serait-ce
pas dans ce cas plus rationnel de voir les crosses primitives
dans les bâtons de voyage des apôtres ? En effet, lorsqu'ils
furent envoyés sur tous les chemins du monde par le Sau-
veur, sans argent, sans même deux tuniques, ils bénéficiaient
modestement des moyens de transport à cheval ou en cha-
riot, et durent, sur les interminables voies romaines, cher-
cher un soulagement à leurs fatigues dans l'appui d'un
bâton. Ce bâton, compagnon de leurs missions, qui les avait
soutenus, sans doute quelquefois défendus dans les périls,
devait leur rappeler de pieux souvenirs et devint après leur
mort une relique insigne pour les fidèles.

Le pedum me paraît surtout devoir être proposé, dans
cette question d'origine. Nous verrons tout à l'heure, à
propos de saint Denis, que la tradition distinguait la crosse
liturgique du bâton de voyage.

Tout le monde connaît la légende de saint Martial, envoyé
par saint Pierre dans les Gaules, perdant en route son
compagnon saint Austriclinien, retournant auprès de saint
Pierre, qui lui donne son bâton avec lequel il ressuscite le
mort. Elle est répétée textuellement, pour Eucher, qui rend
la vie à saint Materne, saint Clément de Metz à saint Domi-
tien, saint Front à saint Georges. Ces légendes se rattachent
aux questions fort obscures de l'origine de la foi dans les
Gaules, qui ne sauraient faire l'objet de ces études ; elles
peuvent être, en tout cas, acceptées comme expression d'un
usage primordial dans l'église, lequel consistait à donner
le bâton pastoral pour marque d'une mission apostolique.
On montrait, à Cologne et à Trêves, les deux moitiés du
bâton de saint Pierre. La partie de Trêves est aujourd'hui
à Limbourg, conservée dans un magnifique étui d'or, dont
le haut est en ivoire. On y lit une inscription du X° siècle
en beaux caractères.

On conservait, à l'abbaye de Saint-Denis, le bâton de
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