Artaud de Montor, Alexis François; Gigault de LaSalle, Achille Etienne
Italie — Paris, 1835

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L'UNIVERS.

il ajouta que le ciel attachait à cette
découverte la cessation de l'épidé-
mie. Aussitôt les magistrats et le clergé
se transportèrent au lieu indiqué, et
les restes de sainte Rosalie furent rap-
portés à Païenne, où, depuis, ils ne
cessèrent d'être entourés d'hommages
puhlics et particuliers. Une route su-

Ferbe fut construite aux frais de
état, pour arriver à la grotte où la
sainte avait si long-temps reposé.
Cette grotte elle-même fut enfermée
dans une enceinte de bâtiments qui
lui forment une cour, et qu'habitent
des religieux qui prient sans cesse sur
le tombeau révéré. Une chapelle cou-
verte d'ornements, d'ex voto et d'of-
frandes magnifiques, s'ouvre vis-à-
vis de la grotte, à l'autre extrémité
de la cour intérieure, dont l'escarpe-
ment du rocher forme le fond. De pe-
tites sources coulent sans cesse des fis-
sures de la montagne. C'est là qu'on
peut retrouver, à tout moment, l'ex-
pression vive et variée de cette piété
pétulante, de ces extases bruyantes
qui sont un des traits saillants du ca-
ractère des peuples de l'Italie. Sainte
Rosalie est, pour Païenne et pour la
Sicile, ce que saint Janvier est à Na-
ples. Le mont Pellegrino lui doit sa
célébrité. Du reste, rien n'égale la
beauté des aspects qui se développent
aux yeux du voyageur, lorsqu'il par-
court les rampants multipliés de la
Scala. Des bancs et des stations, ou
oratoires, s'offrent d'espace en espace,
sur la route, à la fatigue et à la piété
des pèlerins ( 4e pl. ).

MONT SAN CALOGERO.

Entre les ruines de Sélinunte et cel-
les d'Agrigente, sur la côte méridio-
nale de la Sicile, près de la ville de
Sciacca, autrefois Therma; Selinun-
tias, s'élève le mont San Calogero,
nommé Cranaûs par les anciens, ou
encore Etuves de Dédale. La nature a
creusé, dans les flancs de cette monta-
gne , des grottes immenses, profondes,
entrecoupées d'abîmes d'où s'échappe
un vent impétueux, s'exhale une vapeur
brûlante, et se font entendre des bruits

qui semblent sortir des entrailles de la
terre. La voix y retentit d'une ma-
nière étourdissante. L'art et l'indus-
trie n'ont pu sans doute creuser ces

Erotondes cavernes où l'homme le plus
ardi ne peut s'enfoncer sans courir
le risque d'être suffoqué par la chaleur ;
toutefois ils en ont facilité les abords
et l'entrée. Les premières grottes por-
tent partout les traces du travail du
ciseau ; des niches , des banquettes,
des parois régulières ont été évidem-
ment taillées dans la roche vive ; quel-
ques voyageurs anciens avaient cru
même reconnaître des inscriptions
phéniciennes ou grecques dans l'inté-
rieur des grottes ; mais ces caractères
prétendus ne sont que les sillons creu-
sés par les outils, ou des iilets natu-
rels du rocher. Nous avons rapporté
les traditions fabuleuses qui se ratta-
chent à ces cavernes thermales; Diodore
de Sicile parle de leur renommée, qu'il
fait remonter à la plus haute antiquité,
et de leur efficacité contre plusieurs
maladies. C'est encore cet etfet salu-
taire qui y attire un grand nombre de
malades : cependant ce n'est plus à
Dédale qu'ils expriment leur recon-
naissance pour le soulagement que son
art leur a procuré. Saint Calogero est
devenu le protecteur des étuves, et
leur a donné son nom. S'il faut en
croire sa légende, c'est à ses vertus,
à sa retraite et à sa mort dans une de
ces grottes, que sont dues les guéri-
sons qui s'y opèrent. Cependant on
doute même de la réalité de son exis-
tence ; et la ressemblance de son nom
avec celui de caloyers, moines grecs,
a donné lieu à de longues dissertations
d'un intérêt très-faible. La piété et la
reconnaissance des malades n'admet-
tent pas ce doute, et leurs dons enri-
chissent le couvent construit au haut
de la montagne qu'il couronne d'une
manière très-pittoresque. Il est évi-
dent du reste, que le mont renferme
dans ses profondeurs, des eaux brû-
lantes dont la vapeur seule atteint les
ouvertures supérieures, et qui, s'é-
chappant elles-mêmes par des fissures
souterraines, vont former dans la
plaine des sources thermales différen-
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