Artaud de Montor, Alexis François; Gigault de LaSalle, Achille Etienne
Italie — Paris, 1835

Page: 91
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SICILE.



Le roi d'Aragon, oubliant que la
Sicile avait été son premier royaume,
et que celui qui la gouvernait était son
frère, arma contre lui. Frédéric ne
désespéra pas de repousser tant d'atta-
ques. Les villes de la Calabre et les
places maritimes de la Sicile furent
disputées, prises et reprises alternati-
vement. Frédéric perdit une bataille
navale dans laquelle il fut défait par
Loria. Bientôt la Sicile fut envahie par
les Napolitains, commandés par le
prince de Tarente; Frédéric marcha à
sa rencontre; le combat fut sanglant.
Le roi fut blessé, mais il remporta une
victoire complète et fit prisonnier le
prince de Tarente. La guerre n'en de-
vint que plus acharnée; Frédéric, atta-
qué au cœur de ses états, luttait avec
peine contre ses rivaux. D'affreuses
représailles signalaient la fureur des
deux partis. Cependant une expédition
française étant venue pour appuyer les
-Napolitain^, échoua dans plusieurs
entreprises ; le comte de Valois, qui la
commandait, crut y trouver un dé-
nomment plus honorable en mettant
d'accord les deux souverains. Une
conférence eut lieu en Sicile, dans une
plaine située entre Calata-Bellota et
Sciaeea, et la paix fut signée en 1302.
Le pape lui-même, ennemi irrécon-
ciliable de Frédéric, approuva le traité
à condition que la suzeraineté de Rome
y serait reconnue. Frédéric fut pro-
clamé roi de Trinacrie, nom antique
qu'on ressuscita, on ne sait trop pour-
quoi, et qui fut bientôt abandonné. Il
était stipulé, en outre, que la Sicile re-
tournerait au royaume de ISaples, dans
le cas où Frédéric viendrait à mourir
ou à.monter sur un autre trône. Ce-
pendant la Sicile était couverte de
bandes de soldats de toutes les nations;
■Roger de Flor, forban célèbre, qui
s'était attaché au service de Frédéric,
les prit sous ses ordres, les conduisit
dans l'Orient, où ils combattirent al-
ternativement pour et contre les empe-
reurs de Constantinople et les ducs
d'Athènes.

La Sicile jouit pendant quelques an-
nées d'un repos qui lui devenait trop
nécessaire; mais en 1314, les hostilités

recommencèrent entre Frédéric et
Robert, qui était monté sur le trône de
ISaples après la mort de Charles IL La
guerre fut vive et désastreuse pour la
Sicile, que les Napolitains ravagèrent
dans tous les sens. F'rédéric, accablé
de fatigues et de revers, mourut en
1337, après avoir fait reconnaître ro:
son fils Pierre, l'aîné de ses enfants.

RÈGNE DE HEURE, i337.

Frédéric avait su régner et mainte-
nir des vassaux ambitieux et divisés.
Le sceptre de Sicile était trop lourd
pour les mains de son faible successeur.
Bientôt la haine, les intrigues, les dis-
cordes civiles, mirent tout en désor-
dre autour du nouveau roi. Les Cler-
mont, les Palices, les Vintimiile, se
tendaient des pièges ou s'attaquaient
ouvertement ; un-comte de Vintimiile
fut déclaré traître et massacré. Les
Napolitains profitèrent de ces divisions,
et débarquèrent en Sicile. Le pape ful-
mina de nouvelles excommunications
contre Pierre et les principaux sei-
gneurs siciliens. Les Napolitains as-
siégèrent et prirent MUazzo. Cepen-
dant ils ne purent faire de grands pro-
grès dans l'intérieur. L'intrigue avait
rendu les Palices tout-puissants auprès
du roi ; une nouvelle intrigue les pré-
cipita de ce poste élevé, et on put à
peine les soustraire à la fureur du
peuple, en les embarquant. Enfin,après
cinq années d'un règne obscur et agité,
Pierre mourut, en 1342, à Calaci-
betta.

LOUIS, i34>.

Louis était mineur ; la régence fut
décernée au prince Jean, son oncle,
qui déjà, sous le règne de son faible
frère, l'avait aidé de ses conseils et de
sa prudence. Les Palices tentèrent de
rentrer en Sicile. Jean lit échouer leurs
tentatives. Une paix mal assurée fut
enfin conclue avec les Napolitains. Ce-
pendant leurs intrigues , le méconten-
tement du pape, l'ambition toujours
remuante des vassaux, mirent encore
la Sicile dans une anarchie complète,
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