Annales typographiques pour l'Allemagne — 2.1761 [VD18 90309960]

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A N N A L E S

yeux dont la Nature nous a pourvus, appcrcoi-
vent fort distinclexnent ceitains objets, quoiqu’il
y cn ait d’autres auxquels la portee de notre vue
ne sauroit atteindre. Que penlerois-je d’un
Mcdecin qui me proposeroit de faire usage de
remedes, dont reffet seroit de me faire d'abord
distinguer les plus petits objets . inais qui, ä la
fin, les feroit tous disparoitre ? Aurois-je tort
de ne pas vouloir suivre les avis; ou st j’avois
commence ä le faire, de celser bien vite, avant
que leurs pernicieux effets se fussent entierement
manifestes ? N'est-ce pas lä, mon eher Mon-
sieur Bayle, ce que votre Phiiosophie produit sür
les yeux de 1’amc ? Elle obscurcit cct Entende-
tnent que le läge Auteur de la Nature nous a
donne pour connoitre la veritd, & qui est en ef-
fet capable d’arriver ä cette eonnoislänce ; eile y
repand une obseurite li prosonde, qu’ä la fin
toutes les grandes idecs de la Raison & de la Re-
ligion se trouvent parfaitement eclipsces.
Bayle. Je conviens de cc que vous dites.
Avec tout cela, Monlieur, votre comparaison
n est pas justc. Je voyois mal, avant que d’a-
voir frottc mes yeux de mon onguent philoso-
pbique. je croyois seuleinent voir, Sc bien
voir ; mais j’ctois, comine le reste des hommes,
dans 1’eiTeur. Mes connoistanccs etoient l’ou-
vrage de i’opinion, & mon aveuglcment ctoit
reel. Je commencai d’abord par guerir mon
Imagination ; apres quoi je continuai ma eure
sür les autres facultes de l’ame.
Locke. L’admirable eure ! Vous croyez sans
doute que les hommes devroient vous eriger un
Mo-
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