338 CEREMONIES, MŒURS ET COUTUMES
CHAPITRE PREMIER.
Histoirc de la Réformation.
LOrsque Luther commença à se déclarer en 1517. il y avoit déjà cent quarante-
trois ans que Wiclcf scmbloit avoir préparé les voies à la Révolution que ce
premier exécuta, & environ cent deux ans que Jean Hus & Jérôme de Prague avoient
été brûlés pour le même Tu jet au Concile de Consiance. Mais outre que les sentimens
de ces deux hommes ne périrent pas avec eux, comme il parut assez par les guerres & par
les désordres qui suivirent leur supplicc, il se conserva toujours depuis eux jusqu a Lu-
ther une cspéce de fermentation dans les csprits. On ne cessoit de déclamer contre
la corruption de la Cour de Rome, contre le pouvoir sans bornes de cette Cour, & les
excès de ses Partisans. Souvent auisi on alloit jusqu'à attaquer sans ménagement divers
usages établis par la Disciplinc, ou du moins par une pratique consiante & immémo-
riale. On n'épargnoit pas les supcrslitions Se les abus, qu'une longue ignorance avoit
en quelque sorte rendus vénérables. Enfin on osoit même attaquer des points esscntiels
de la doctrine. On peut inférer de là, que le désir d'examiner la dottrine &C la hardief-
se de l'examen sont deux choses ducs à la corruption de ceux qui gouvernent l'Eglise ;
car rien n'est plus capable de rendre une Doctrine suspcctc & d'autoriser la témérité,
que les déréglcmcns des Pastcurs, &; les vues intérences qui les guident dans l'exercice du
sacré Minislére, dans l'obscrvation de la Discipline, Se dans la pratique des autres usa-
ges de l'Eglise. Aussi n'a-t-on jamais vu que les Auteurs des Schismcs aient oublié de
déclamer contre ces excès vrais ou prétendus, pour se former plus légitimement de nom-
breux partis.
Cependant le levain qui produisit les Schismes de Luther Se de^ Calvin, venoit de
plus loin, comme on peut l'inférer de tout ce que nous avons dit jusqu'ici. Long-
tems avant le Concile de Constancc, les Albigeois, les Vaudois, & leurs Chefs Valdo,
Pierre de Bruys, Arnaud de BresTe, Amauri, Sec. en enseignant des choses absolument con-
traires aux dogmes Se aux dédiions de l'Eglise, mêloient dans leur doctrine des plaintes
Se des invectives continuelles contre les défordres de cette Bglife, bien plus sans doute pour
se faire des Sectateurs, que par un véritable désir de voir l'Eglise réformée. Il est trop
ordinaire à ceux qui veulent abandonner un parti, de s'en plaindre Se de le décrier,
pour qu'il ne soit pas nécesTairc d'examiner de bien près les motifs de leurs invectives. Les
Bcggars , les Apostoliqucs Se les Sollars vinrent ensuitc. On dit des Bcggars, qu'ils décla-
moient vivement contre les Papes &: contre leur autorité ; des Apostoliqucs Se des Sollars,
qu'ils nioient outre cela les Sacrcmens Se les Jeûnes, qu'ils méprisoient l'intcrccssion des
Saints, Se qu'ils préparèrent les voies à ceux qui depuis réduisirent en signe Se en figure le Sa-
crement de l'Eucharistie. Vers le milieu du quatorzième siécle Arnaud de Villeneuve
avança, que les Moines ont corrompu la doctrine de Jcsus-Christ, que la fondation des
Mésies est inutile. Les Fratricelles soutinrent aussi alors l'Anci-Christianismc du Pape
Se de Rome. Nous avons parlé de "Wiclcf, de Jean Hus Se de Jérôme de Prague.
Soixante Se dix ans après ces deux derniers, Jean Laillicr Licencié en Théologie n'en
fit guéres moins que Wiclcf en pleine Sorbonne l'an 1485-. On ne dit rien de Jérôme
Savonarolc , qui fut brûlé en 1498. sous le Pontificat d'Alexandre VI. pour avoir parlé
trop librement sur la nécessité de réformer l'Eglife dans le Ches & dans les Membres.
Entre les erreurs de Pierre d'Aranda, Evêquc de Calahorra qui vivoit dans le même
tems, on remarque surtout, qu'il soutenoit l'inutilité des Indulgences, & que les râpes
les avoient inventées pour le prosit qu'ils en r et ir oient i qu'il nioit le Purgatoire, & qu'il
nobser'voit. point le Carême. On allure aussi que dans la dernière Scsïion du Concile de
Latran, qui ^nic s°us Léon X. en l'année 1517. François Pic de la Mirandolc lut un
diseours, où il ne parloit pas moins librement que Savonarolc de l'irréligion du Clergé,
du trafic des choses saintes, Se de la supcrstition du siécle. Les Frères de Bohême qui
avoient succédé aux Hussitcs Se aux Taborites, continuèrent aussi de sc multiplier, jus-
-qu'à ce que nous les verrons sc confondre (a) avec les Luthériens en 15-58. Cependant ces
(„) Ils entrèrent dans les intérêts tic Luther. Voi. ci-après.
CHAPITRE PREMIER.
Histoirc de la Réformation.
LOrsque Luther commença à se déclarer en 1517. il y avoit déjà cent quarante-
trois ans que Wiclcf scmbloit avoir préparé les voies à la Révolution que ce
premier exécuta, & environ cent deux ans que Jean Hus & Jérôme de Prague avoient
été brûlés pour le même Tu jet au Concile de Consiance. Mais outre que les sentimens
de ces deux hommes ne périrent pas avec eux, comme il parut assez par les guerres & par
les désordres qui suivirent leur supplicc, il se conserva toujours depuis eux jusqu a Lu-
ther une cspéce de fermentation dans les csprits. On ne cessoit de déclamer contre
la corruption de la Cour de Rome, contre le pouvoir sans bornes de cette Cour, & les
excès de ses Partisans. Souvent auisi on alloit jusqu'à attaquer sans ménagement divers
usages établis par la Disciplinc, ou du moins par une pratique consiante & immémo-
riale. On n'épargnoit pas les supcrslitions Se les abus, qu'une longue ignorance avoit
en quelque sorte rendus vénérables. Enfin on osoit même attaquer des points esscntiels
de la doctrine. On peut inférer de là, que le désir d'examiner la dottrine &C la hardief-
se de l'examen sont deux choses ducs à la corruption de ceux qui gouvernent l'Eglise ;
car rien n'est plus capable de rendre une Doctrine suspcctc & d'autoriser la témérité,
que les déréglcmcns des Pastcurs, &; les vues intérences qui les guident dans l'exercice du
sacré Minislére, dans l'obscrvation de la Discipline, Se dans la pratique des autres usa-
ges de l'Eglise. Aussi n'a-t-on jamais vu que les Auteurs des Schismcs aient oublié de
déclamer contre ces excès vrais ou prétendus, pour se former plus légitimement de nom-
breux partis.
Cependant le levain qui produisit les Schismes de Luther Se de^ Calvin, venoit de
plus loin, comme on peut l'inférer de tout ce que nous avons dit jusqu'ici. Long-
tems avant le Concile de Constancc, les Albigeois, les Vaudois, & leurs Chefs Valdo,
Pierre de Bruys, Arnaud de BresTe, Amauri, Sec. en enseignant des choses absolument con-
traires aux dogmes Se aux dédiions de l'Eglise, mêloient dans leur doctrine des plaintes
Se des invectives continuelles contre les défordres de cette Bglife, bien plus sans doute pour
se faire des Sectateurs, que par un véritable désir de voir l'Eglise réformée. Il est trop
ordinaire à ceux qui veulent abandonner un parti, de s'en plaindre Se de le décrier,
pour qu'il ne soit pas nécesTairc d'examiner de bien près les motifs de leurs invectives. Les
Bcggars , les Apostoliqucs Se les Sollars vinrent ensuitc. On dit des Bcggars, qu'ils décla-
moient vivement contre les Papes &: contre leur autorité ; des Apostoliqucs Se des Sollars,
qu'ils nioient outre cela les Sacrcmens Se les Jeûnes, qu'ils méprisoient l'intcrccssion des
Saints, Se qu'ils préparèrent les voies à ceux qui depuis réduisirent en signe Se en figure le Sa-
crement de l'Eucharistie. Vers le milieu du quatorzième siécle Arnaud de Villeneuve
avança, que les Moines ont corrompu la doctrine de Jcsus-Christ, que la fondation des
Mésies est inutile. Les Fratricelles soutinrent aussi alors l'Anci-Christianismc du Pape
Se de Rome. Nous avons parlé de "Wiclcf, de Jean Hus Se de Jérôme de Prague.
Soixante Se dix ans après ces deux derniers, Jean Laillicr Licencié en Théologie n'en
fit guéres moins que Wiclcf en pleine Sorbonne l'an 1485-. On ne dit rien de Jérôme
Savonarolc , qui fut brûlé en 1498. sous le Pontificat d'Alexandre VI. pour avoir parlé
trop librement sur la nécessité de réformer l'Eglife dans le Ches & dans les Membres.
Entre les erreurs de Pierre d'Aranda, Evêquc de Calahorra qui vivoit dans le même
tems, on remarque surtout, qu'il soutenoit l'inutilité des Indulgences, & que les râpes
les avoient inventées pour le prosit qu'ils en r et ir oient i qu'il nioit le Purgatoire, & qu'il
nobser'voit. point le Carême. On allure aussi que dans la dernière Scsïion du Concile de
Latran, qui ^nic s°us Léon X. en l'année 1517. François Pic de la Mirandolc lut un
diseours, où il ne parloit pas moins librement que Savonarolc de l'irréligion du Clergé,
du trafic des choses saintes, Se de la supcrstition du siécle. Les Frères de Bohême qui
avoient succédé aux Hussitcs Se aux Taborites, continuèrent aussi de sc multiplier, jus-
-qu'à ce que nous les verrons sc confondre (a) avec les Luthériens en 15-58. Cependant ces
(„) Ils entrèrent dans les intérêts tic Luther. Voi. ci-après.



