Blouet, Abel [Hrsg.]; Ravoisié, Amable [Hrsg.]
Expedition scientifique de Morée: ordonnée par le Gouvernement Français ; Architecture, Sculptures, Inscriptions et Vues du Péloponèse, des Cyclades et de l'Attique (Band 3) — Paris, 1838

Seite: 21
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ÉGINE.

L'île d'Egine est située en face de l'Epidaurie, dans le golfe auquel elle a donné son nom, et qui
anciennement était appelé Saronique. La Fable raconte qu'elle ne fut pas peuplée dès son origine, et
qu'elle était encore déserte lorsque Jupiter y transporta Egine, fille d'Asopus, de qui elle prit le nom, au
lieu de celui d'OEnone qu'elle portait auparavant. Elle passe pour avoir été la patrie d'Eacus et de ses
descendants.

Dans la suite, des Argiens, du nombre de ceux qui s'étaient établis à Ëpidaure avec Déiphonte,
passèrent dans l'ile d'Egine, et, s'étant mêlés avec les anciens Éginètes, leur firent adopter leurs mœurs
et le langage dorien. Il fut une époque où ils eurent aussi l'empire de la mer ; ils disputèrent même
aux Athéniens la gloire d'avoir le plus contribué au gain de la fameuse bataille de Salamine contre les
Mèdes. Mais cette puissance ne fut pas de longue durée. Après avoir été peuplée successivement par les
Argiens, les Cretois, les Epidauriens et les Doriens, Egine fut prise en dernier lieu par les Athéniens; les
habitants, chassés de leur'patrie, s'établirent à Thyrée, que leur donnèrent les Lacédémoniens. Ils revinrent
dans leur île après que les vaisseaux des Athéniens eurent été pris vers l'Hellespont; mais ils ne recou-
vrèrent jamais la même puissance et la même prospérité.

Egine est de toutes les îles grecques celle dont l'accès était le plus difficile, à cause des écueils et des
roches cachées sous l'eau qui l'entourent de tous côtés.

Tout auprès du port le plus fréquenté, à Egine, se présentait un temple de Vénus.
L'^Eacium était situé dans l'endroit le plus apparent de la ville: c'était une enceinte carrée, entourée
de murs de marbre blanc ; il y avait dans cette enceinte un autel peu élevé qu'une tradition secrète
donnait pour le tombeau d'^Eaque.

A peu de distance de l'autre port, appelé port Secret, s'élevait un théâtre ressemblant beaucoup à
celui d'Epidaure pour la grandeur et pour le reste de la construction. Il y avait derrière un stade,
dont l'un des côtés était appuyé au théâtre et lui servait lui-même d'appui.

Au même endroit, trois temples à peu de distance les uns des autres, et consacrés, le premier à Apol-
lon , le second à Diane et le troisième à Bacchus. La statue d'Apollon était en bois ; elle représentait le
dieu nu; Diane était vêtue ainsi que Bacchus, et ce dernier avait une barbe.

Esculape avait aussi, comme à Épidaure, un temple et une statue en marbre qui le représentait assis.
Hécate était de toutes les divinités celle que les Eginètes honoraient le plus ; ils célébraient tous les
ans les mystères d'Hécate, institués, disaient-ils, par Orphée. Son temple était dans une enceinte, et sa
statue, qui était de bois, n'avait qu'une des trois figures avec lesquelles on la représentait à Athènes.

En allant vers le mont Panhellénien, on trouvait le temple d'Aphœa, en l'honneur de laquelle Pindare
avait fait un hymne pour les Eginètes '.

Nous arrivâmes en passant entre la petite île Moni et celle d'Egine; cette dernière nous parut, de ce
côté, assez bien cultivée; on voyait, échelonnées sur le versant de la montagne, quelques maisons
de campagne, des moulins à vent et des plantations d'oliviers; après avoir côtoyé la rive, qui n'of-
frait d'autre accident que quelques cabanes de pêcheurs et une petite baie pour leurs bateaux, nous
débarquâmes dans le port même d'Egine, formé encore aujourd'hui par des jetées de construction
antique. La ville, qui devait une partie de son accroissement au séjour du gouvernement grec,
est bâtie sur une pente douce ; on y voit plusieurs constructions modernes assez importantes : la
maison du président Capo d'Istria, une église considérable, et, vers le S.-E., un grand bâtiment où
sont recueillis et élevés les orphelins.

Les ruines du temple de Vénus sont au N.-O. d'Egine ; une seule colonne, sans chapiteau, est
encore debout. C'est des immenses fondations de ce temple que les habitants ont tiré la pierre avec
laquelle ils ont construit en partie les édifices dont nous venons de parler ; les fondations, d'un
côté, s'étendent jusqu'à la mer et communiquent avec une jetée qui faisait partie de l'ancien port.
Au N.-E., et à environ une demi-heure de marche de la ville, est un tumulus antique auquel
se lient des murs de soutènement d'une étendue assez considérable \ Autour de la ville il y avait

1 Strabon, Pausanias, etc.

2 Voyez Annales de VInstitut archéologique, année [829, p. 201.
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