Blouet, Abel [Editor]; Ravoisié, Amable [Editor]
Expedition scientifique de Morée: ordonnée par le Gouvernement Français ; Architecture, Sculptures, Inscriptions et Vues du Péloponèse, des Cyclades et de l'Attique (Band 3) — Paris, 1838

Page: 48
DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/blouet1838/0056
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
(48)

Arrivés à Modon, nous y vîmes cette place en parfait état de défense, et complètement achevés
les travaux de fortifications commencés par l'armée française lors de notre départ. On nous montra
à Modon divers grands vases fort curieux trouvés à Santorin. Nous apprîmes alors du général Schneider
quels avaient été les moyens employés pour le transport, de Miraca jusqu'à la mer et de là à Navarin,
des sculptures que nous avions trouvées à Olympie. Comme le général avait été instruit des difficultés
de l'entreprise, il s'était déterminé à envoyer un détachement d'ouvriers d'artillerie et du génie munis
d'instruments de toute espèce et suivis de chariots.

Il n'est point d'obstacles que l'officier chargé de commander le détachement n'eût rencontrés sur
la route : des parties de montagnes à couper, des rochers à tailler, des rampes à établir le long des
ravins et des rivières ; et, malgré l'exécution de ces travaux pénibles, peu s'en était fallu qu'au retour
d'Olympie, hommes et chevaux, chariots et sculptures, tout n'eût été précipité dans des abîmes sans
fond.

Ces difficultés ont cédé à la persévérance et au sang-froid de l'officier secondés du courage des soldats,
et les sculptures sont arrivées sans accident fâcheux au port de Catacolo : là, elles ont dû être char-
gées sur un bâtiment attendu de jour en jour à Navarin.

Le lendemain de notre arrivée à Modon, on y reçut, à la grande satisfaction de l'armée, la nou-
velle que l'ordre du retour en France avait été donné. Le départ devait se faire en deux convois, dont
l'un s'effectuerait le 15 novembre et le second aurait lieu le 15 décembre. Comme nous avions encore
à faire un voyage d'un mois à peu près, cet ordre de départ nous convint parfaitement, et nous jugeâ-
mes que nous pourrions faire partie du deuxième convoi.

De Modon nous allâmes à Navarin pour y disposer l'encaissement des sculptures venues d'Olympie.
Le jour de notre arrivée, on célébrait la fête du roi de France. Tous les vaisseaux étaient pavoises; dans
le port, se trouvaient le Trident, monté par l'amiral Rosamel, l'Armide, frégate, la Cybèle, et quel-
ques bâtiments de toute dimension. En notre absence, des travaux considérables avaient été exécutés
dans la ville, et les fortifications construites par les soldats étaient déjà en très-bon état. Les baraques
placées aux environs de Navarin avaient disparu ; on avait établi un cimetière, renfermant plusieurs
tombes élevées aux Français victimes en Grèce, non pas de la guerre, mais des maladies inévitables
qui désolent ce beau pays. La partie basse de la ville, appelée le bazar, avait reçu un grand accrois-
sement , et une quantité considérable de maisons y avaient été élevées.

De Navarin nous retournâmes à Modon, pour reprendre de là le cours de notre voyage.

ROUTE DE MODON A CALAMATA.

Au départ de Modon, nous nous dirigeâmes au N. E., vers des montagnes limitant une plaine. Après
avoir gagné le sommet de ces montagnes, où se voyaient, à droite, deux ruines byzantines et, à gauche,
quelques maisons ruinées, nous prîmes une route tracée sur un plateau en partie couvert de buissons
et de bruyères. Là, ce ne sont, de tous côtés, que des cimes ou de rochers arides qui rendent
triste et déserte cette partie de la contrée. Une heure de marche nous conduisit aux bords d'un
torrent au delà duquel le pays change d'aspect. On reconnaît, de distance en distance, des restes de
chemin pavé, et on arrive à la route de Navarin. Près de là existe une partie de l'aqueduc de la ville.
Vers la gauche, à l'horizon, se fait remarquer une chute d'eau. (Pour la route jusqu'à la fontaine Goubê,
voir Ier vol., pag. 6 et 7.)

Les eaux de la fontaine Goubê à laquelle nous arrivâmes ensuite, coulent au pied du mont Pilaw.
Nous repartîmes de ce point vers le N. E. dans une plaine couverte de buissons et ombragée par quelques
chênes. A notre droite s'élevait le mont Pilaw et, sur notre gaache, s'étendait une plaine d'un aspect
fort riche. Un peu plus loin, il nous fallut traverser un torrent qui roulait en cascades sur des rochers
couronnés de platanes, de lentisques et d'arbousiers. Laissant derrière nous ce passage pittoresque
nous entrâmes dans la forêt de Goubê plantée de chênes. Au milieu, nous gravîmes un mont d'où
notre vue put découvrir, à la faveur d'une clairière, le fond du golfe de Coron, la plaine de Nisi et
de Calamata, et, plus dans i'éIoignement,les immenses montagnes du Taygète. Une atmosphère char-
gée de nuages, mais brillant des couleurs d'un arc-en-ciel, dont l'extrémité se perdait dans les eaux du
golfe, vint encore ajouter ses beautés à celles de cet admirable spectacle.
loading ...