Blouet, Abel [Editor]; Ravoisié, Amable [Editor]
Expedition scientifique de Morée: ordonnée par le Gouvernement Français ; Architecture, Sculptures, Inscriptions et Vues du Péloponèse, des Cyclades et de l'Attique (Band 3) — Paris, 1838

Page: 52
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ROUTE DU CAP MATAPAN A GYTHIUM.

L'extrémité du cap Matapan forme un port près duquel on voit une chapelle construite avec des
pierres taillées, provenant d'un monument actuellement détruit en totalité. Dans le voisinage se trouvent
une grande quantité de citernes antiques. Sur la gauche de la chapelle, vers le N.-O., et à l'emhouchure
d'un torrent, on reconnaît les restes d'un monument antique, dont il ne subsiste plus qu'un seul rang
de la première assise. S'il faut en croire notre guide, ces débris auraient fait partie d'un bassin destiné
dans les temps anciens à la construction des galères. Cependant son étendue eût été de petite proportion;
ce qui semblerait plutôt devoir faire penser que ces restes ont appartenu à une fontaine, peut-être à
cette fontaine merveilleuse dont les eaux offraient à la vue l'image des vaisseaux et des ports *. Parmi
les fragments épars çà et là autour de la fontaine, on remarque un socle renversé portant une inscrip-
tion, et une colonne encore debout qui remonte au moyen âge.

La pointe du cap est terminée par une montagne que forment des rochers dans lesquels sont prati-
quées, vers la partie inférieure, des excavations semblables à celles de Cléonès. Elles ont servi d'habita-
tions, et elles conservent encore un caractère antique fort intéressant. Au milieu des rochers existent
une galerie découverte et une caverne taillées dans la masse. Cette galerie ne serait-elle pas le temple
en forme de grotte que Pausanias place sur le Ténare, et que l'imagination des poètes grecs a représenté
comme l'une des bouches des enfers2 ?

Après nous être assurés que le cap ne renferme aucune autre antiquité, nous fîmes le tour du port
et nous gagnâmes le village de Lagia, ombragé par des oliviers et par des nopals. Le désordre régnait dans
le village, les rues en étaient murées, toute la population avait pris les armes. Sans nous informer,
comme à Stavri, des motifs de la guerre entre les habitants, nous nous éloignâmes, et nous parvînmes,
à travers un pays assez découvert, mais de nul intérêt, au village de Plomocori, situé sur le penchant
d'une montagne vis-à-vis du golfe de Vathya. Nous passâmes une nuit à Plomocori, où nous eûmes
pour tout asile une misérable maison dont le toit laissait pénétrer l'eau. Maîtres et animaux y cou-
chaient pêle-mêle. Cet abri inhospitalier eût pu devenir très-dangereux pour nous, sans la fidélité de
notre guide, que les maîtres du logis avaient cherché à s'adjoindre pour nous voler.

De là, à travers un pays moins aride, dans lequel on commence à voir les montagnes parées de
verdure, les rivières bordées d'arbres, les champs cultivés et les villages rapprochés les uns des autres,
on arrive à Marathonisi, qui borne le Magne à l'E. Toute cette partie de la contrée est d'un aspect
moins uniforme et moins sévère que le côté de l'ouest. Cependant les chemins y sont aussi mauvais,
et les habitants y sont même plus pauvres et plus mal logés.

Nous vîmes à Marathonisi le capitaine Zannétachi, ancien chef d'une partie du Magne, pour lequel
nous avions une lettre de recommandation. Il offrit de nous faire visiter les antiquités de Gythium et
la ville moderne. Marathonisi est une petite ville assez bien bâtie, défendue du côté de la mer par
une île sur laquelle s'élève un pyrgos. Cette île forme une espèce de port pour les grands bâtiments,
tandis qu'à l'extrémité N de la ville une baie est destinée à recevoir les barques. Un petit château
fort placé en avant de la baie la domine et la défend.

A cinq minutes de la ville vers le N., en suivant le rivage de la mer, on trouve un rocher portant
une inscription. Près de là, à l'entrée d'une plaine et sur l'emplacement de l'antique Gythium, existent
des rochers taillés de manière à présenter les trois côtés d'une salle oblongue. Ces trois côtés sont en
retraite sur une très-large banquette. Le quatrième côté de la salle a été détruit. On reconnaît, le long
des coteaux qui terminent la plaine occupée par la ville basse de Gythium, les ruines d'un théâtre,
dont les gradins sont en marbre. Il est impossible d'en préciser les dimensions, qui devaient être petites.
Des lignes de soubassement de longue muraille en bordent la face principale. Une construction
antique en pierre, et attenant au théâtre, contient un cul de four en briques recouvertes de stucs, sur
lesquels restent quelques traces d'une peinture datant du moyen âge, et faite sans doute à l'époque
où le monument aura servi d'église. Au N.-O. du théâtre, sur les petits coteaux contre lesquels
il est adossé, s'élèvent de grandes lignes de constructions en briques, qui ont servi de réservoirs. A

1 Pausanias, liv. III, chap. XXV.
» Pausanias, liv. III, chap. XXV.
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