Bulletin du Musée National de Varsovie — 31.1990

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Andrzej Pieńkos

ENTRE L’ITALIE ET LES PAYS-BAS.

QUELQUES REMARQUES SUR HUBERT ROBERT, PEINTRE DE

CUISINES

,,Robert des ruines” — ce surnom traditionnel, est-il valable encore aujourd’hui, adéquat
à notre image actuelle de cet artiste? Hubert Robert reste, sans aucun doute, très estimé de
nos jours en tant que peintre de l’architecture ancienne, celle d’Italie, celle du Midi de la France
et de Paris, ainsi que chroniqueur du destin de l’architecture de son temps, architecture deve-
nant ruine, comme c’était le cas du Pont-au-Change, Pont-Notre-Dame, de la Bastille et tant
d’églises du Paris révolutionnaire dans ses ,,Ereignisbildern” (tableaux d’événement)1. Cepen-
dant, grâce à l’immense travail effectué durant les dernières décennies par Jean de Cayeux et
quelques autres chercheurs français, allemands et russes, notre vision de l’artiste et de l’homme
devient beaucoup plus complexe. Dessinateur des jardins à l’anglaise parmi les plus actifs en
France de l’Ancien Régime, collectionneur et surtout le Robert du Louvre — un des organisa-
teurs de la muséologie française où son activité quotidienne d’un garde du Muséum se confond
avec l’imagination d’un visionnaire. Nous sommes enfin conscients de la culture littéraire assez
développée de Robert, traitant à plusieurs reprises des sujets inspirés d’oeuvres de Virgile et
de La Fontaine, utilisant fréquemment des citations savantes inscrites sur les dalles dans ses
tableaux. Robert est aussi peintre d’allégories dont l’originalité est due à l’addition du ,,bas”
élément narratif (par ex. La Bascule de Fogg Art Museum, Cambridge Massachussets ou Le
Mendiant et le perroquet du Musée Jacquemart-André à Paris, 1796). Il renoue avec la tradition
des fêtes galantes (Un concert dans le parc, Amiens, Musée de Picardie; Le Triomphe de VArle-
quin, Paris, collection privée). Il n’évite non plus la satire (Un prédicateur au milieu de ruines
anciennes endormant son auditoire, 1791, autrefois collection Wildenstein) ou des visions pathé-
tiques du surnaturel (Une pyramide, Northampton-Massachussets — Museum of Art). Et enfin
l’autre pôle du Robert visionnaire: ses scènes d’intérieur, on dirait aujourd’hui — de genre,
ce terme étant quand même différemment compris à l’époque de Robert... et c’est pour cette
raison qu’il sera exclu de notre analyse.

En paraphrasant des termes du XVIIIème siècle — ses ,,bambochades” contemporaines,
illustrant des événements ,,vrais” (suite de tableaux de la vie de Madame Geoffrin, 1772, Paris,
collection Veil-Picard; La dernière messe de la famille royale aux Tuileries, Paris, collection
privée) n’ont point d’équivalent dans la peinture française des Lumières. Son autothématisme
avant la lettre — des dizaines de tableaux et dessins ou on trouve des artistes admirant des
oeuvres d’art, des copistes au Louvre, des fondeurs, Houdon travaillant à Rome (le tableau
curieux de la collection Jules Strauss) où l’artiste lui—même chez lui (VAtelier de Robert ?, Rot-
terdam, Museum Boymans van Beuningen) — mérite une place à part. Que l’originalité des
,,intérieurs” de Robert ne se limite pas à l’aspect iconographique, nous essayerons de prouver

1. Le terme est du à G. Herzog,Hubert Robert und das Bild im Garten, Worms, 1989, p. 184.

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