Société de l'Histoire de l'Art Français [Editor]
Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français — 1920

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— 9§ —

Frédéric V, prince palatin, devenu chef de l’Union
évangélique, accepte en 1619 la couronne que lui offre la
Bohême révoltée contre l’empereur. Vaincu en 1620,
détrôné, dépouillé même de son électorat, il se réfugie
en Hollande. En i6i3, il avait épousé Élisabeth, fille de
Jacques Fr, roi d’Angleterre. De cette union naquirent
treize enfants, parmi lesquels Élisabeth, femme d’un
esprit supérieur, connue par la correspondance que
Descartes entretint avec elle; Édouard, qui épousa Anne
de Gonzague, et enfin Louise-Hollandine.

C’est de cette dernière que nous avons à parler. Comme
ses frères et ses soeurs, elle reçoit une éducation soignée.
Elle aime les lettres et les sciences, mais surtout la pein-
ture. Elle habite en effet un pays où cet art est cultivé
avec un incomparable éclat. Elle y a pour maître Gérard
Honthorst, qui, justement, avait habité l’Angleterre, où il
avait été attiré par Charles 1er, et où il fit les portraits de
certains personnages de la cour. Comme lui, elle fit des
portraits, et l’on nous raconte « qu’elle avait tant de dis-
position à la peinture qu’elle saisissait la ressemblance de
mémoire sans voir les gens ».

« Dieu, disent les Visitandines, se servit de cette occu-
pation pour lui faciliter les moyens de conversion.
Quoique protestante, sa mère admettait auprès d’elle un
prêtre vertueux, mais aussi fort insinuant, l’abbé Méret.
Cet ecclésiastique remarqua dans la princesse Louise une
disposition si propre à recevoir le christianisme qu’il s’y
attacha plus qu’aux autres. Il la voyait souvent et, sous
prétexte de peintures rares qu’il lui apportait et de choses
curieuses dont il l’instruisait, il lui fît comprendre les
vérités de notre sainte religion. » Il lui remettait les
lettres du prince Édouard qui, converti, habitait la
France. Informée de ces faits, la reine disgracia l’abbé,
lequel n’en continua pas moins à faire passer les lettres.

La princesse Louise voulut quitter la Hollande et se
retirer en France dans un monastère. Il n’était pas facile
d’échapper à la surveillance d’Élisabeth. Dès que sa fille
était couchée, on emportait ses habits, jusqu’à ses bas et
ses mules. La nécessité rend ingénieux. La veille du jour
fixé pour son départ, « elle habille des habits dont elle
voulait se servir une statue, — mannequin ? — qu’elle avait
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