Société de l'Histoire de l'Art Français [Editor]
Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français — 1920

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Nous retrouvons cette statue quelques années plus tard
à la vente du cabinet de l’abbé TerrayL Sur le catalogue
qui fut rédigé en 1778, elle est désignée sous le nom de

Y Abondance, mais la description montre bien qu’elle est
identique à la Moissonneuse. « IY Abondance sous la figure
d’une femme nue : elle tient une gerbe de blé et donne
à manger à un mouton. »

Le catalogue nous apprend que cette figure de gran-
deur naturelle se dressait sur un piédestal décoré d’un
bas-relief par le neveu et beau-frère de l’artiste : Jean-
Pierre Pigalle. « Un bas-relief de forme quart de cercle;
il représente un laboureur tenant sa charrue attelée de
deux bœufs. Une femme accroupie semble lui parler
et l’on voit auprès d’elle la provision qu’elle a apportée. »

Cette figure allégorique faisait partie d’un groupe de
quatre statues, toutes de même grandeur et toutes com-
plétées par un bas-relief, que l’abbé Terray avait com-
mandées aux meilleurs sculpteurs de l’époque pour déco-
rer son hôtel de la rue Notre-Dame-des-Champs. A

Y Abondance de Pigalle faisait pendant la Pyrrha de Tas-
saert, symbole de la fécondité; ces deux statues fémi-
nines s’opposaient à deux statues viriles : le Mercure de
Pajou, symbole du commerce, et Y Apollon de Mouchy,
symbole des beaux-arts.

Que sont devenues les quatre statues composant ce
magnifique ensemble? Retirées en 1779 de la vente Ter-
ray qui coïncidait avec une crise du commerce de la curio-
sité, elles furent sans doute vendues un peu plus tard à
l’amiable par les héritiers du contrôleur général des
finances. La Pyrrha de Tassaert, qu’on disait à tort avoir
été achevée par l’artiste à Berlin en 1776 pour le prince
Henri de Prusse1 2, s’est égarée on ne sait où. Mais le Mer-
cure de Pajou vient d’entrer au Louvre avec la collection
Schlichting. L'Apollon de Mouchy orne le vestibule de
l’hôtel de M. A. Veil-Picard. Quant à Y Abondance ou à la
Moissonneuse de Pigalle, la plus précieuse de ces quatre

1. Catalogue d’une très belle collection de tableaux, sculp-
tures, etc..., provenans de la succession de feu M. l’abbé Ter-
ray, 1778. La vente n’eut lieu que le 20 janvier 1779-

2. P. Seidel, Jahrb. der preuss. Kunstsammlungen, i8g3.
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