Bulletin de l' art pour tous — 1892

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L'ÀRTPOUR • TOUS

FNCYCLOPFFIE FF L ART/NEUSTRIEL ET DECORATIF
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>aratss a.n.1 to'us les m-ots

Emile Reiber

Directeur - Fondateur
1861-64 o iS86-go

G. Sauvageot j P. Gélis-Didot

Directeur ,

t865-85 I

Librairies-Imprimeries réunies

An-cienne .Maison. .Moral

(^*^>/2, rue Mignon, 2

31e Année ' -^ Avril 1892

BULLETIN D'AVRIL 1892

Esquisse de l'Histoire de l'Épée

AU XVIe SIÈCLE

(2« article) (1).

Des trois branches de la contre-garde, l'une
forme un anneau de pouce, disposition chère
aux Allemands. Les caractères généraux de cette
épée la font contemporaine de notre roi Henri IV,
mais des formes semblables se sont portées
jusque sous Louis XIV, et la belle rapière don-
née par le duc d'Aumale au Musée d'artillerie,
et qui a appartenu au prince de Gondé, est du
même style. Son décor est moins riche, mais
son travail est remarquable. II consiste en un
damasquinage de chaînettes d'argent sur acier.
Un beau spécimen de ces grandes épées, et
t'ont le style déjà lourd indique une époque de
décadence, se voit au Musée de Cluny dans la
collection Edouard de Beaumont, où on le consi-
dère comme une œuvre italienne, quoiqu'elle
soit sans doute allemande.

Et l'on en a fait de plus riches encore. Une
vitrine de la salle des armures historiques de
notre Musée d'artillerie est remplie de ces épées
merveilleuses que les armuriers des cours exé-
cutaient pour les petits souverains de l'Italie ou
de l'Allemagne. Toutes les ressources de l'orfè-
vrerie, de la joaillerie, le prestige de la ciselure,
le luxe des émaux, la richesse des incrustations
de métaux précieux se réunissent pour faire de

genre. On lui attribue avec quelque raison L'épée
de la Valette, de notre cabinet des médailles, et
la belle épée de la collection Soltykol, au Musée
d'artillerie.

Les modèles militaires furent généralement
moins luxueux. Les soldats ne portaient point la
rapière, en France, du moins, car les fantassins
espagnols lui restèrent longtemps fidèles et la
longueur de leurs épées est restée classique.

Fig. C.

Nos gens de pied continuèrent à porter l'épée

ces armes de ceinture des objets de parure plus du modèle estocade, avec une garde simplifiée,

ne se composant parfois que de deux quillons,
dont l'un se relevait vers le pommeau, l'autre
s'abaissant vers la pointe, et d'un anneau de
côté regardant l'extérieur. Les Allemands por-
taient aussi des armes de ce modèle ; on en
possède de très ornées.

éclatants que les plus somptueux bijoux.

Car les artistes les plus célèbres ne dédai-
gnent pas de dessiner, d'exécuter même des
maquettes d'épées pour les maîtres ciseleurs
et les fameux armuriers qui poinçonnaient les
lames de leurs chiffres, le Vénitien Damianus
de INero, qui monta les rapières en Allemagne Dans l'épée allemande du Musée de Cluny,

à la fin du xvie siècle, Mencheca le vieux et provenant du fonds Edouard de Beaumont (fig. 6),
Sébastien Hernandez, les espadéros de Tolède, ' ce caractère de simplicité saute particulièrement
Picinino de Milan, d'autres encore. Et les plus aux yeux. La garde est réduite aux deux quil-
grands noms se voient même parfois sur les lons> dont l'un, dit de garde, se relève vers le
bagues des montures : Léonard de Vinci, Hol- pommeau pour suppléer à l'arc de jointure, tan-

bein, le Polidore avaient travaillé pour l'Es-
pagne, les artistes des époques suivantes ne
crurent point s'abaisser en étudiant le parti à

dis que l'autre, quillon de parade, s'incline vers
le faux tranchant. Un anneau de côté complète
cette garde. Le pommeau est un disque ovale à

pour frapper d'estoc et de taille, est courte pour
l'époque, car sa longueur totale n'excède pas
87 centimètres.

Mais, en Allemagne comme en France, dans
les premières années du xvuc siècle, l'épée mili-
taire tendait à se raccourcir, au contraire de
l'épée de ville. C'est à cette dernière catégorie
qu'appartenaient les verduns, armes si longues
qu'on les faisait porter par des laquais ou des
pages, et qui avaient pris, en France, le nom de
la ville où on les fabriquait. C'étaient des
épées à lame quadrangulaire, semblable à
celle d'un gros fleuret, atteignant quatre pieds
de long, montées à des gardes avec coquille
ajourée. Mais la lame était montée de telle
sorte que ses arêles correspondaient aux
quatre plans de la garde, tandis que le fleuret
peut se poser de champ, car chacune de ses
faces regarde un des plans de la garde.

Ces épées simples sont généralement des
armes de mousquetaires. Il est probable que
le modèle donné par la figure 7, et apparte-
nant à une collection allemande, ne fut point
d'un usage aussi général. Ici le constructeur a
greffé sur une garde d'épée une fourquine des-
tinée à supporter le mousquet. Du pommeau
partent deux antennes qui assureront le fût de
l'arme à feu. Il est possible que l'armurier qui a
conslruit celte arme bizarre ait été inspiré par
quelque glaive Scandinave de bronze, peut-être
aussi par quelque sabre indien. La garde se

tirer des courbes d'une garde. Et certains sem- arête médiane, d'où partent, sur chaque face,
blent s'être consacrés à ces arts décoratifs, deux plans déclives fuyant vers la tranche ; deux
méprisés aujourd'hui; tels furent le Flamand trous le traversent, et, à leur hauteur, le bord
Wceiriot et l'illustre orfèvre bavarois Hans | présente de chaque côté une échancrure, disposi-
Mielich. Ce dernier fut, au xvie siècle, peintre l'on qui avait sans doute pour but de permettre
ornemaniste de la cour des ducs de Bavière. de passer et de fixer une sorte de martingale, compose de deux quillons infléchis en sens con-
On a de lui des dessins, des peintures de gardes un cordon quelconque pour passer autour du traire, d'un pas-d'âne et deux anneaux de côté
d epées, d'armes de main gauche, de cein- | poignet. Toutes ces pièces d'acier au clair sont naissent de ses extrémités inférieures.

gravées à l'eau-forte de rinceaux courant sur un Les cavaliers sous Louis XIII portaient de

champ creux. La lame présente une arête mé- j préférence l'épée wallonne. Cette arme est m-
diane très saillante et qui atteint l'extrémité de
la pointe en partant du talon. Cette épée, bonne

turons complets, qui sont restés les modèles du

(1) Voy. Bulletin de l'Art pour Tous (mars 1892).

téressante à considérer, car c'est d'elle que
semblent dériver nos modernes sabres de cava-

BULLETINS DE L'ART POUR TOUS. - N« 76.
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