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Bulletin de l' art pour tous — 1902

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No 199 (Juillet 11902)
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https://doi.org/10.11588/diglit.16826#0025
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LARTPOUR/l'OU.S

Encyclopédie de eart/a'BustrÎel et décoratif ^

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FONDÉ PAR

EMILE REIBER

Litratries-Imprimeries réunies

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7, rue Saint-Benoît \V

41e Année ^ Juillet 1902

LE SALON

C'était, il y a quelques jours, la distribution
des récompenses aux lauréats du Salon, c'est-
à-dire la reconnaissance officielle du talent, le
c lassement par catégories des artistes, depuis
l'humble mentionné jusqu'aux grands pontifes
des médailles d'honneur. Dans le but d'être ap-
pelé ce jour-là, des artistes travaillent, ils recti-
fient le beau pour en faire le classique, ils
l'outrepassent pour en faire le genre impression-
niste, et cela en vue des récompenses. C'est
que l'on y croit encore à ces distinctions offi-
cielles, et pourtant que de preuves existent
pour montrer le peu de valeur de certaines et
ce qu'il faut penser de la manière dont elles
sont attribuées par le jury de peinture. Tout en
faisant ces réflexions, je me reportais de dix
ans en arrière; ce jour-là, comme hier, on dis-
tribuait des médailles : un ministre présidait,
entouré de son directeur des Beaux-Arts et de
ses grands chefs ; sur l'estrade, tout ce que l'art
officiel a produit de notabilités était représenté;
cependant moins nombreuses quejadis, car déjà
depuis deux ans la scission du Champ-de-Mars
s'était produite. Le ministre terminait son dis-
cours, promettait les encouragements habituels ;
le président remerciait le ministre et recommen-
çait la sempiternelle tirade relative aux artistes
et à l'État protecteur; enfin, Vigneron s'était
levé pour appeler les récompenses. Je me sou-
viens qu'à un moment donné les applaudisse-
ments éclatèrent d'une façon victorieuse, on
trépignait d'enthousiasme, de jolies mains gan-
tées de blanc s'agitaient dans les airs, où tout
respirait la joie la plus pure de voir le talent et
la jeunesse acclamés ; le ministre voulut remettre
lui-même au lauréat sa récompense, une mé-
daille de seconde classe, qui plaçait cet artiste
au rang des hors concours. A tout ce qui pré-
cède, ce lauréat, croyez-vous, mes chers lec-
teurs, devait être un travailleur, un artiste épris
d'art et de beauté, et ce que l'on récompensait
là, était bien le fruit de son talent.

Certainement oui, c'était Frédéric Humberl,
mari de Thérèse Daurignac. Artiste, il l'était
bien, mais dans un genre très spécial, qui a
peu d'admirateurs. J'ai cité Frédéric Humberl
parce qu'il appartient à la chronique, mais
combien de noms pourrait-on écrire en regard
de celui-là?

Ainsi, l'artiste dans son modeste atelier, sa
modeste chambre, plus souvent cherche durant
tout le jour à traduire ses visions d'art ; le soir,

pour subvenir àses besoins, il illustre ce qui se
présente, et ce qui se présente est rarement
artistique ; il fait un travail de bénédictin pour
accorder quelques heures de réalité à ses chi-
mères ; et c'est à celui-là que l'on marchande
les récompenses ; on préfère au talent pur, mais
pauvre, les ateliers transformés en salons aca-
démiques, en monls-de-piété, et quelquefois
môme simplement en salles à manger. Mais il
faudrait refaire le monde et je n'ai pas eu l'or-
gueil d'écrire dans ce but; je n'ai voulu signaler
qu'un fait pour consoler ceux qui ont été
oubliés et mettre un peu de baume sur les in-
justices trop criardes.

II faut le reconnaître, et c'est avec plaisir que
je le constate, le jury récompense presque tou-
jours l'œuvre belle, l'effort réellement fait vers
le beau; mais c'est dans l'attribution des demi-
valeurs qu'il tergiverse. Or, comme le beau sera
toujours reconnu, comme il triomphera toujours,
même sans consécration officielle, ce n'est pas
pour lui que je plaide; c'est pour les demi-
talents, car ceux-là sont franchement sacrifiés,
et tout rentre en jeu pour le jugement de leurs
œuvres. Comme la majeure partie des tableaux
exposés entre dans la catégorie des demi-
valeurs, et je suis encore au-dessus de la vérité,
il faudrait que le jury cherchât à découvrir
dans ceux-là le peu de talent que renferment
les œuvres et qu'il ne juge que sur le ta-
bleau présenté, sans faire entrer en ligne de
compte les considérations d'atelier, d'école ou
autres.

Pour terminer rénumération des œuvres inté-
ressantes, que j'ai commencée dans un de nos
précédents numéros, je citerai les envois de
MM. Henri Guinier: Le Pardon de Sainte-Anne,
parce que cet artiste a un talent très personnel
et qu'il comprend l'art de peindre à la façon d'un
poète ;— Georges Bergès exposait El Tango, une
impression d'Espagne bien rendue, mais que
l'on voudrait voir plus riche de couleur; — Jules
Breton : Les Corbeaux. José Maria de Hérédia
nous a dit, il y a quelques jours, ce qu'il pensait
de ce parlait artiste, qui est doublé d'un littéra-
teur auquel nous devons La Vie d'un artiste ei
Delphine Bernard, livres dont j'espère bientôt
rendre compte dans ce journal. Le tableau que
Jules Breton exposait cette année semblait être
effrayédu bruitdu Salon; il aurait eu besoin, pour
exprimer tout son charme, pour rendre toute la
mélancolie et la détresse de son sujet, d'être en-
touré de plus de mystère; mais il y a une telle
personnalité dans celle œuvre, que l'on est heu- »
reux de retrouver un artiste qui ne pense qu'à
satisfaire son idéal et qui ne sacrifie rien à la
réclame ou à l'approbation des foules.

M. Brouillet nous a montré un Renan à VAcro-
pole d'Athènes; c'est bien le portrait de Renan,

c'est bien, très exactement, l'Acropoled'Athènes;
mais c'est autre chose que l'on aurait voulu voir,
et ce voyageur fatigué auprès de quelques
pierres ne donne pas l'idée que l'on peut se faire
à l'annonce du titre Renan à VAcropole d'Athènes;
le sujet aurait pu être très beau, mais il ne man-
quait pas de difficultés, et il n'a su que très peu
intéresser M. Brouille!.

Le Bain après la lessive, de M. Buland, n'ex-
prime pas très nettement une idée ou, du moins,
si on la comprend, grâce à la tête de son per-
sonnage, c'est une idée trop matérielle et dont
on devrait épargner la vue au public, car il n'y
a pas assez d'art pour faire accepler le côlé im-
moral très inutilement traité.

M"e Susan Watkins, qui obtenait l'année der-
nière une récompense très méritée avec Les
Deux sœurs, exposait celte année deux toiles :
Le Five-o'clock et Le Collier. Cette artiste a une
couleur harmonieuse qui donne un grand charme
à ses œuvres; mais ce que je louerai surtout,
c'est le genre, la personnalité de Mlle Watkins,
qui, malgré tant de façons déjà connues de com-
prendre la couleur, a su se créer un faire, une
harmonie qui n'ont pas la sécheresse que l'on
peut reprocher à ses condisciples d'atelier.
M. Léonce de Joncières nous avait habilué à
mieux; son envoi: Au pont des Frari, Venise,
manque d'air et n'a que bien peu de qualités.

M. Hippolyte Lucas est un illustrateur de beau-
coup de talent et ses Tantalides au mur des graf-
fiti sont une jolie page. M"e Dclasalle expose
un Couvreur, qui paraît de proportions gigan-
tesques. Cette artiste semble aller chercher bien
loin des effets qui, dans la nature, se rencontrent
beaucoup plus facilement.

Mon énuméralion semblera peut-être un peu
courte ; mais il m'a fallu cependant beaucoup
chercher pour trouver ces quelques noms, et
c'est le reproche que l'on peut faire à ces expo-
sitions : vouloir trop montrer, faire éclore trop
de demi-talents; si bien que la visite au Salon
n'est plus une promenade au pays de la beauté
mais une sorte de chasse où le bon gibier est
très rare. Henry Cuédy.

Statistique financière des Salons. —

Le Salon des Artistes français a réalisé, cette
année, un fort beau bénéfice. Le total des re-
cettes se monte à la somme de 328,000 francs;
l'an dernier, ce total n'avait été que de
261,891 francs, c'est là un appréciable écart.
Dans la journée du 8 mai, jeudi de l'Ascension,
24,135 francs furent perçus pour entrées
payantes.

Sans atteindre des chiffres aussi élevés, les
recettes de la Société nationale des Beaux-Arts
ont été sensiblement plus fortes que celles des

BULLETliN DE L'ART POUR TOUS — r\" 199.
 
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