La chronique des arts et de la curiosité — 1868

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N° 47.

DIMANCHE 2 2 NC/EMBRE.

1868.

ABONNEMENTS.

Paris. Un an : 15 fr.

—.Six mois : 8 fr.

Départements .... Un an : 18 fr.

— .... Six mois : 10 fr.

Un numéro : 20 cent.

Pour l’étranger, le port en sus.

Rédaction, 55, rue Vivienne.

Comptes rendus et annonces des ventes
publiques de tableaux, dessins, estampes,
bronzes, ivoires, médailles, livres rares,
autographes, émaux, porcelaines, armes,
objets de curiosité, etc.

Revue des Arts industriels.

IQUE

DES ARTS ET D LA CURIOSITÉ

GUIDE SPÉCIAL DES ARlSTES ET DES AMATEURS
PARAISSANT E DIMANCHE

ABONNEMENTS.

Paris.Un an : 15 fr.

—.Six mois : 8 fr.

Départements .... Un an : 18 fr.

— .... Six mois : 10 fr.

Un numéro : 20 cent.

Correspondances étrangères. — Nouvelles
des galeries publiques, des ateliers. —
Bibliographie des livres, articles de revues
et estampes, publiés en France et à
l’Etranger.

Expositions de Province et de l’Etranger.

ALFRED GÉRENTE.

Alfred Gérente avait débuté par la
sculpture, dans l’atelier de JeanFeuchère.
Une jolie statuette équestre du duc d’Or-
léans, quelques médaillons et d’autres
œuvres légères montrent bien qu’il y
avait dès lors en lui l’étoffe d’un véri-
table artiste. Mais Gérente dessinait trop
bien pour se contenter de modeler ; il se
sentait d’ailleurs attiré vers la peinture
sur verre, dont son frère Henri avait été,
on peut le dire, le rénovateur. 11 devint
l’élève et, plus tard, le collaborateur de
son frère, mais cette association fut rom-
pue en 1849, par la mort de ce dernier.
Resté seul, il redoubla d’application et
de courage, et grâce à son intelligence,
à son instruction première et à son talent
de dessinateur, il put en peu de temps
acquérir ce qui lui manquait encore et
marcher seul dans sa nouvelle carrière.

Pour ses débuts, il eut à se mesurer
avec les célèbres vitraux de l’abbé Suger,
à l’église abbatiale de Saint-Denis. Il le^
restaura avec tant d’art et tant d’adresse,
que, le travail terminé, l’œil si exercé de
M. Viollet-le-Duc distinguait avec peine
les parties anciennes des parties neuves
alors même qu’il ne lui arrivait pas de les
confondre.

En 1854, Alfred Gérente fit pour la ca-
thédrale d’Amiens la grande et belle fe-
nêtre de la chapelle de Sainte-Tlieudosie.
Il peignit là en 74 médaillons la légende
de la sainte. Ce vitrail, un des mieux
réussis parmi les vitraux modernes, sou-
tient sans désavantage la comparaison
avec la verrière qui décore le fond de la_
chapelle, laquelle est une œuvre originale
du xive siècle.

M. Viollet-le-Duc, qui avait fait l’é-
preuve du talent d’Alfred Gérente à Saint-
Denis et à Amiens, lui fit ensuite les hon-
neurs de la cathédrale de Paris. C’est à
notre artiste qu’on doit la restauration
complète des grandes roses du transsept
et les seize croisées du bas-côté méri-
dional de Notre-Dame, travaux dont il
est superflu de faire l’éloge. H exécuta
aussi, sous la direction de l’éminent ar-
chitecte, la restauration des anciens vi-
traux de l’église Saint-Nazaire de ia-eité
de Carcassonne.

Avec M. Abadie, il a fait les verreries
du transsept de la cathédrale de Péri—
gueux — vingt-trois fenêtres dans le
style du xrT siècle ; — tous les vitraux de
l’église neuve de Bergerac, les fenêtres
hautes de la nef de la cathédrale d’An-
goulême, etc.

On me pardonnera si je fais interveni
ici mon humble personnalité, mais je n
puis passer sous silence les travaux qr
j’ai fait exécuter par Gérente à la catbr
drale de Sens. Les superbes grisaillefà
bordure colorée des bas-côtés de la 0-
thédrale et les petites fenêtres à sujts
légendaires des chapelles du collatéal
nord, sont l’œuvre de cet habile artite.

11 a restauré dans le même monumenles
fenêtres du xnT siècle de la cliaplle
Saint-Savinien ; enfin, il a exécutéivec
le plus grand succès la restauratio du
fameux vitrail de saint Eutrope, atûbué
faussement à Jean Cousin.

Il faut ajouter à cette nomenclfure :
une fenêtre dans le style du xme siècle,
à l’église Saint-Quiriace de Provins; une •
autre, la Résurrection, dans l’égise de
Saint-Louis-en-l’lle à Paris; lesgrisail-
les de l’église de Vougy (Loire), ccistruite
par M. Corroyer; celles de Pé,lise de
Donzy (Nièvre); une grande fgure de
saint Clément pour l’église de N-D. d’É-
tampes; les' fenêtres de la ch;pelle du
collège à Lille; d’autres travaux dans les
églises d’Auvers, Branges %Saône-et-
Loire), Ballainvilliers (Seice-et-Oise),
Boissy-Saint-Léger, etc.

Alfred Gérente a beaucoup travaillé
pour l’étranger; un grand nombre de ses
ouvrages se trouvent en Angleterre, dans
les villes de Londres, Cantorbéry, Scar-
borough, Preston, Ely, Stafford, Oxford,
Filby, Norfolk, Bury, Birmingham, Wel-
lington, etc.

Dans ces dernières années, il avait
exécuté pour la cathédrale de Lausanne
cinq fenêtres rappelant par les sujets qui
y sont traités F histoire du peuple vau-
dois. Ce travail, des plus intéressants, a
eu en Suisse un très-grand succès.

Les derniers ouvrages de Gérente sont
partis récemment pour Hambourg : ce
sont deux grandes fenêtres, dans le style
du xine siècle, destinées à la cathédrale
qu’élève en ce moment dans cette ville
un habile architecte anglais, M. Scott.

Il faut ajouter que Gérente, passionné
pour son art, ne se bornait pas à composer
ses cartons ; il s’occupait avec le même
soin de d’exécution matérielle de ses ou-
vrages : § choix du verre, sa coupe, la mise
en plomf, la cuisson des peintures, tout
ce quinouMLmfipntribuer à la perfection
du MjWretairaSirvcilié par lui avec une
sollicimde in<âfif»te et, pour ainsi dire,

L’homn^e valait'l’artiste. Doué d’une
exquise délicatesse de sentiments, Alfred
Gérente apportait dans ses relations les
rares qualités de son cœur et de son
esprit : un enthousiasme toujours jeune,
une bienveillance et une douceur de
caractère que les douleurs physiques et
morales qu’il éprouva ne purent en rien
altérer. Cependant la solitude où l’avait
plongé la mort de sa digne et charmante
femme, solitude où il se complaisait trop,
l’avait rendu mélancolique et il ne s’était
jamais consolé de cette douloureuse
. perte. La vie lui était devenue amère et
il ne la supportait guère que par devoir,
c’est-à-dire pour se conserver à ses
enfants. La mort a été pour lui plus
clémente que la vie; elle l’a frappé à
l’improviste et il n’a souffert qu’un in-
stant. ADOLVHE LANCE.

——«

ÉCOLE CENTRALE D’ARCHITECTURE.

DISTRIBUTION DES PRIX.

La séance d’ouverture de la rentrée
des cours à l’École centrale d’architec-
ture, dirigée par M. Émile Trélat, a eu
lieu récemment.

Le prince Napoléon présidait la céré-
monie. Dans un discours d une mâle et
rapide éloquence, il a rappelé qu’avant
tout, c’est d’une idée d’initiative privée
et individuelle que l’École est née. « Au
lieu d’aller mendier chez les fonction-
naires, terrains, maisons, professeurs,
subventions de toute nature, les chefs de
cette École, et je ne saurais trop les en
applaudir, ne doivent rien qu’à eux-
mêmes et à leurs amis. Cette institution,
a-t-il ajouté encore, est moins une École
ayant sa doctrine qu’un centre où peut
grandir librement l’individualité de l’é-

lève. » Ces paroles ont été particulière-
ment applaudies.

M. Emile Trélat a répondu au prince
par un discours dont voici un des pas-
sages les plus caractéristiques :

« Vous savez l’extrême réserve que nous
avons tenu à garder sans cesse envers vos
personnes. Vous savez quel prix nous avons
attaché- à laisser se développer chacun de
vous dans la plénitude de cette salutaire
responsabilité, qui fait la virilité dans l’art
comme partout. J’imagine que cette réserve
soutenue n’a passé, aux yeux d’aucun de
vous, pour de l’insensibilité à votre présent
ou à votre avenir. Aujourd’hui qu’elle ne
me lie plus, laissez-moi vous donner quel-
ques conseils à cœur ouvert.

«Quelques-uns d’entre vous, favorisés
par les années et la fortune, vont, avec rai-
son, poursuivre leurs études d’art, sans se
lier encore aux rudes exigences des labeurs
qui font vivre. Pour ceux-là, qu’ils conti-
nuent à hanter nos ateliers ou qu’ils aillent
travailler ailleurs, il leur sera toujours facile
de retrouver ici, quand ils le voudront et
tant qu’ils le voudront, les conseils amicaux
de leurs maîtres.

« D’autres, et c’est le plus grand nombre,
vont se trouver vite engagés dans le champ
de l’architecture ou des constructions. C’est
leur commencement nécessaire. Il faut ga-
gner sa vie, entrer au bureau de l’architecte
civil #u officiel, voire au chantier de l’entre-
preneur. On m’a souvent posé cette ques-
tion : Vos élèves seront-ils des gens pratiques
en sortant de l’École? C’est par vous, mes
amis, que je réponds à cette question fort
mal conçue, dans une phrase demi-française
et trop généralement reproduite. Si l’on
veut définir par ce mot pratique l’homme
qui a la vieille habitude et la routine des
applications courantes des chantiers, la ré-
ponse est faite d’avance, c’est non. Si, au
contraire, vous entendez parler ainsi de
l’homme fortement préparé par le plus effi-
cace de tous les exercices, fortement armé
par les connaissances les plus complètes,
pour l’assimilation prompte des choses de
l’exécution, répondez sans hésiter : Oui.
N’ayez pas peur; si vous en avez l’occasion,
entrez sans broncher tout droit dans la pra-
tique. Vous vous y débrouillerez plus vite
que d’autres. Ceux qui, parmi vous, savent
ce que nous leur avons appris, ont l’esprit
des applications, le reste vient vite. J’en
connais parmi vous, auxquels il ne faudrait
pas trois mois d’expérience pour être- aussi
! pourvus qu’un piqueur de vieille date.
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