La chronique des arts et de la curiosité — 1908

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ET DE LA CURIOSITÉ

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Sociétés organisatrices des Salons officiels, et au-
thentiquement reconnues d'utilité publique.

Le Salon des Indépendants est désormais un
lieu de bon ton à l'égard duquel il messierait
d'ail'ecter le mépris ou la pitié ; des peintres-écri-
vains se piquent d'y fréquenter ; des débutants,
héritiers d'un nom glorieux, s'y produisent volon-
tiers ; on y accourt de toutes parts, de fort loin, du
Japon même ; c'est le rendez-vous international de
l'art libre ; chacun y discerne quels maîtres se par-
tagent les préférences des dernières générations ; à
travers la lièvre des recherches, l'orienta tion des ten-
dances se devine.Vous ne rencontrerez là ni composi-
tions laborieuses, ni travaux de longue haleine; l'in-
spiration ne s'égare pas dans de chimériques parages;
et faut-il donc se risquer si loin pour découvrir de
quoi émouvoir la sensibilité ? L'humble logis et
les objets familiers, une ileur qui s'épanouit et se
penche hors du vase, l'horizon qui se déroule sous
le regard quotidien, ne viennent-ils pas répondre,
comme d'eux-mêmes, sans retard et sans peine, à
l'appel du désir, à l'élan de la spontanéité? Il
semble, à s'exprimer ainsi, que l'on définisse la
sollicitation impulsive à quoi la femme surtout in-
cline à obéir ; effectivement, sa contribution (venue
de l'étranger surtout, et notamment d'Allemagne)
revêt ici une importance sigualétique ; c'est que la
femme est l'être d'instinct par excellence, et c'est
bien le recouvrement et le développement de l'ins-
tinct que préconise l'art moderne. On l'assure las
de la pédagogie, saturé des enseignements formu-
laires, .revenu, des illusions de la correction sa-
vante et do la virtuosité des calligraphies impec-
cables. Est-ce assez dire? L'état de la civilisation
et les découvertes de la science n'out-ils pas mo-
difié les fins de l'art ? A une époque qui voit cha-
que jour se réaliser un progrès décidé dans la pho-
tographie des couleurs, dans la photo-sculpture (i),
l'activité de l'artiste n'a plus lieu d'être dirigée
dans le même sens qu'au temps jadis ; il doit
affirmer sa personnalité par des voies autres et
atteindre des résultats auxquels la science ne sau-
rait prétendre. Puvis de Chavannes, qui possédait
la notion latente des destinées futures de l'art —
comme il appert du système de déformation ra-
tionnelle dont il a courageusement fait choix —
Puvis de Chavannes aimait à dire ; « Quelle folie
de songer à copier la nature ! IL faut simple-
ment lui demeurer parallèle ». C'est à cette
transposition que visent les novateurs; leur effart
se signifie par une exaltation du caractère, de la
forme, de la couleur, où la personnalité peut li-
brement se donner carrière et fournir sa mesure ;
la condition du succès est dans l'obéissance à la
loi de l'instinct (2); elle est aussi dans l'utilisation
franchement acceptée des moyens d'expression
imprévus que ne manque jamais de découvrir
tout tempérament vraiment créateur... Mais cessons
de disserter et de vouloir soulever le voile de l'ave-

(1) Voir les communications récentes de M.
Lippmann à l'Académie des Sciences.

(2) Les meilleurs esprits s'occupent, à cette
heure même, de substituer, dans l'enseignement du
dessin, la méthode intuitive aux méthodes scienti-
fiques qui s'adressent, plutôt à la raison qu'a la
sensibilité, et dont les applications funestes n'mit
pas eu de moindre conséquence que de multiplier
les faux artistes, de niveler les talents et de favo-
riser une surproduction impersonnelle, anonyme
et vouée au néant.

nir ; le présent est là qui nous requiert, et l'ins-
tant est venu de tenter, pour la commodité du
lecteur, un tri parmi les 6.700 ouvrages dûment
inscrits au catalogue.

Serre des Invalides (A—J)

Salle I. — L'Église Saint-Étienne, à Beauvais,
par M"™ Anna Gardiner, et la très curieuse vitrine
de poupées et de bibelots de M™' Blum-Lazarus.

Salle II. —- Étude de nu, par M. Berengier. —
Un jour de neige, par M. Altmann. — Portrait de
l'auteur, par Mm" H. Banine. — Soir d'automne,
par M. Denisse. — Intérieur en Haute-Saône,
par M. L. Ecrément.

Salle III. — Un sens profond de l'intimité et
des dons incontestables de coloriste signalent
l'ensemble des envois de M. Henri Ghéou, surtout
les trois aspects de la Chambre aux fruits.

Les Feuilles mortes, de Mma Hertz-Eyrodes, dont •
la personnalité s'affirme. — Les Rockers, de
M. Huyot. — L'Intérieur de M. Garnot. — Effet
de soleil, par M"' Bowser. — Course de chevaux,
par M. Ghaurand. — Les fleurs de M11' Denise
et les paysages de M. Denis-Valveraine.

Salle IV. — Quand M-"1 IlmaGraf ne s'aventuie
pas jusqu'au portrait et lorsqu'elle s'en tient aux
impressions de la campagne où sa sensibilité fémi-
nine s'épanche sans apprêt et sans contrainte, il
lui arrive de réaliser des œuvres d'un charme péné-
trant : ainsi le Petit coin à l'' Isle-Adam; ainsi la
Porte bleue. — C'est plaisir de trouver aussi dans
deux petites toiles lumineuses, aériennes, deM. Paul
Jamot, La Porte ouverte et Le Bouquet, le vi-
sible témoignRge d'un goût affiné et d'une expé-
rience technique très propres à seconder la doctrine
critique la plus généreuse et la plus libre. — Des
tonalités volontairement froides, un choix d'acces-
soires hors du commun, enfin l'imprévu du dispo-
sitif, confèrent aux natures mortes de M™ Mia
Elen des gages de particulière attirance. — Il
y a, comme à l'ordinaire, de l'entrain, du brio,
de la belle humeur et de la jolie lumière dans les
bords de plage et les scènes enfantines do MmB Alice
Dannenberg.

A Dinard, par M. Genty. — h'Automne, par
M. Damelincourt. — Le nu de M. Frémont et des
fleurs de M11' Renée Flourens et de M™" Alice
liesse.

Salle V. — M. Henri Jeanron no s'est pas im-
provisé peintre militaire par caprice; sa sympa-
thie intelligente et raisonnée pour ses modèles est
révélée par l'aptitude à définir, chez le troupier,
le port du vêtement lourd, et plus généralement le
caractère de l'attitude et des allures. — Des petites
toiles de M™" Jeanne Duranton, où s'évoque la
chambre propre, ordonnée, silencieuse, toute bai-
gnée de clartés paisibles, vous diriez autant de
poèmes d'une intimité prenante et douce. — Les
intérieurs de cafés et les vues du Luxembourg do
M. Hourtal sont d'un observateur et d'un peintre.

On aimera encore ici les souvenirs de Sienne et
de Florence deM. Bernard Harrisson; les Goélettes
bretonnes do Mm* Alice Goldschmidt ; les dessins
aquarollés do M"" Marie-Paule Garpentier ; Sous
les arbres, de M™ Lydie Borgek ; les paysages de
M. Barcct, de M. Bullio ; la nature morte de
M. Calvet ; les Roses de Noël et les Anémones de
M11' Arnheim.

Salle VI. — Le portrait de M. Blanchet (604),
constitue une des œuvres essentielles de ce Salon:
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