La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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N* 35. - 1909,

BUREAUX : 106, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e) 20 Novembre.

LA

CHRONIQUE DES ARTS

ET DE LA CURIOSITÉ

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PROPOS DU JOUR

a paru il y a quelque temps dans
l’Hellénisme une étude intéres-
sante de M. Ii.-A. Vasnier sur la
conservation et le commerce des
œuvres d’art. L’auteur a fait un examen mi-
nutieux des différentes législations, et ses
conclusions souvent hardies tendent à une
réglementation internationale. C’est dire
qu’avant d’être adoptée par des pays ayant
des habitudes diverses et des intérêts spé-
ciaux, elle réclamerait une longue discus-
sion.

Un projet qui sera facilement approuvé par
toutes les nations, sauf la principale intéres-
sée, est celui qui consiste à permettre aux
étrangers les fouilles en Italie, comme elles
le sont en Grèce. On sait qu’à l’heure présente
le gouvernement italien réserve à ses seuls
savants le droit d’explorer le sol. Et comme
il ne peut tout faire, ni même beaucoup faire,
il en résulte que des tentatives utiles, et peut-
être des découvertes importantes pour l’his-
toire des arts et des lettres sont ajournées.
Les Ecoles française et allemande installées
à Rome, les donateurs généreux que pas-
sionne l’archéologie, sont obligés de tourner
ailleurs un zèle qui ne demanderait qu’à
s’employer au profit des fouilles italiennes.
Mais qu’y faire ? Il n’y a pas de commission
internationale qui puisse incliner lTtalie à
une décision qui dépend de son seul bon
vouloir.

Sur un autre point, les idées exposées dans
l’Hellénisme sont très généreuses, mais se
trouvent en contradiction avec les tendances
manifestes des nations. M. H.-A. Vasnier
souhaite que lorsque les différentes parties
d’une œuvre d’art sont dispersées dans les

musées d’Europe, les lois autorisent la réu-
nion des diverses parties dans un même lieu.
IL voudrait, par exemple, que la France, l’An-
gleterre et l’Allemagne rendissent à la Grèce
les fragments d’édifices grecs qu’elles possè»
dent. Ce serait, dit-il, un devoir d’art et de
délicatesse. Sans doute. Mais faut-il ajouter
que l’opinion n’est pas encore bien préparée
à le comprendre, et qu’on ne verrait pas partir
sans protestations et sans regrets des ouvrages
illustres? L’Angleterre, récemment, a pu
donner un manuscrit qui complétait les col-
lections de la Bibliothèque Nationale. Mais
c’était un « manuscrit », c’est-à-dire une
œuvre qui n’avait pas dans le public le même
prestige et ne déterminait pas le même atta-
chement qu’un fragment du Parthénon. Le
vœu de Renan, qui voulait, lui aussi, rendre
ses marbres à l’Attique, a été exprimé en
magnifiques paroles il y a trente ans : som-
mes-nous plus près de le voir réalisé?

Enfin, parmi tant de problèmes dignes
d’étude que pose l’article de M. H.-A. Vas-
nier, il en est un qui est particulièrement dé-
licat. Dans quelle mesure un pays riche en
œuvres du passé peut-il en permettre l’ex-
portation? M. H.-A„ Vasnier, tout en réser-
vant le droit de préemption de la nation d’o-
rigine, est prêt à autoriser la vente de toutes
les œuvres qui ne font pas partie d’un édifice
public, et que les peintres ou les sculpteurs
auraient pu vendre eux-mêmes. Cette me-
sure serait grosse de conséquences, avec les
habitudes de spéculation introduites par des
professionnels et les achats en masse que l’on
verrait se produire. Les nations, aujourd’hui,
tendent au contraire à exagérer la défense de
ce qu’elles possèdent. Elles savent que, mal-
gré toutes les précautions, elles laissent en-
core emporter loin d’elles trop d’ouvrages
qu’elles voudraient retenir. M. H.-À. Vasnier
a cependant raison de souhaiter une entente
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