La chronique des arts et de la curiosité — 1920

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ET DE LA CURIOSITÉ

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même virtuosité et le même style. Il y a aussi des
natures mortes, des paysages, qui dénotent des qua-
lités de décorateur; ou sent dans ses toiles que
Fauconnet a étudié les vases grecs et l’estampe
japonaise. Il a renouvelé l’art du décor de théâtre par
une fantaisie qui s’appuie sur de la science; les
aquarelles qu’il fît pour indiquer les costumes de
Diane et Actéon et du Conte d’hiver sont d’une grâce
exquise: quelque temps avant sa fin prématurée, on
avait commandé à l’artiste les décors d’un ballet pour
l’Opéra.

J. Raymond

Académie des Beaux-Arts

Séance du 14 février

L’Académie, informée que les bureaux qui ont
été cause de l’incendie de Compiègne occupent
toujours le palais, émet, à l’unanimité, le vœu que
l’évacuation de ces bureaux soit immédiatement
ordonnée et qu’une décision soit prise en vue de
réserver désormais les palais nationaux aux seuls
services des Beaux-Arts.

C’est ce que nous avions réclamé nous-mêmes
dans un précédent Propos du jour.

CHRONIQUE MUSICALE
Les Concerts

A ne se fier qu’aux affiches qui couvrent les murs,
il semble que la situation faite à la musique soit
des plus florissantes. Souhaitons-le ; mais ne nous
berçons pas d’illusions. Bien des progrès sont à faire,
bien des lacunes à combler. Yoyons-les rapidement.

Les programmes ne nous satisfont guère. Mêmes
errements qu’autrefois : ce sont des « arlequins ».
A part les concerts historiques dirigés par M. Rhené-
Baton, la seule méthode paraît de jouer des œuvres
aussi différentes que possible (afin sans doute
d’attirer un plus grand nombre d’auditeurs). Chose
extrêmement fâcheuse. On se borne d’ailleurs à un
répertoire restreint — toujours la question d’ar-
gent — : car il serait trop coûteux de sortir des œuvres
habituelles, il y faudrait de nouvelles répétitions,
du temps, des fonds : seules, des subventions plus
fortes résoudraient le problème ; et n’oublions pas
qu’en Allemagne elles sont huit fois plus élevées
que chez nous. — La part faite à la musique
moderne, celle des jeunes, est insignifiante; nous en
dirons autant de l’ancienne, celle d’avant Beethoven.
En ces grands concerts, assez peu de Mozart, très
peu de Haydn(l); quasiment rien de Rameau, de
Purcell, de Monteverdi ; de Bach, un concerto de
temps à autre, presque jamais de cantates ni
d’œuvres d’orgue ; quant aux maîtres du xvi° siècle,
« sacrés ils sont, car personne n’y touche ». ■— Cet
asservissement aux goûts routiniers du public est
pitoyable; et vraiment la situation paraît sans issue,
si les directeurs de concerts restent forcés, comme
aujourd’hui, de ne penser qu’à la recette.

Les dieux du jour sont Beethoven et Wagner; le
public a soif de ses dieux. Et certes nous approu-
vons absolument la rentrée en s-ène de Wagner ;
mais il ne serait pas mauvais cependant de songer 1

(1) Exceptons-en les Concerts Ignace Pleyel, dont
nous parlerons plus loin.

à la musique et au goût français. Aussi devons-nous
louer sans réserve la courageuse tentative de quel-
ques « jeunes », conduits par l’excellent chef d’orches-
tre Inghelbrecht. Il s’agit des Concerts Ignace Pleyel :
dans la charmante salle de la rue Rochecbouart.
Voici, replacées en leur cadre vérilabié et pour la
plus grande joie de nos oreilles, des œuvres déli-
cieuses de Mozart, de Haydn, de Monteverdi, de Bach,
de Rameau... Ces symphonies mesurées et parfaites
sont le meilleur antidote à l’influence allemande mo-
derne que j’ai plus d’une fois signalée (et dès avant
août 1914). Elles nous apprendront à n’exiger ni
grosses sonorités, ni rythmes violents. Elles nous
feront saisir que la beauté musicale ne demande
pas toujours de longs développements. Avec quelle
joie Debussy les eût signalées ! Lorsqu’on songe à
l’énorme subvention de l’Opéra, il semble scanda-
leux de laisser sans secours une entreprise aussi
intéressante.

Et pareillement aussi celle de M. F. Delgrange,
qui prit comme devise (il y a droit): « Pour la Musi-
que ». L’intelligente et si musicale compréhension
de ce jeune chef d’orchestre n’a d’égale que son
admirable foi dans l’avenir. Presque entièrement
par ses propres ressources il osa nous donner de vrais
programmes de musique française moderne : il en
fut récompensé par de nombreux auditeurs, par de
grands succès. Mais ses recettes laissent encore un
déficit, ainsi qu’il arrive à toute nouveauté. Quelle
pitœ s’il ne pouvait continuer faute de subsides,
alors que des matchs de boxe récoltent tout l’argent
désirable ! « Gircenses », soit ; mais il faudrait
aussi penser au « pain» spirituel : la musique. Car
on ne semble pas se douter, dans notre monde indif-
férent et sceptique, de la bienfaisante action qu’au-
rait l’art (et la musique en particulier) sur la nation
tout entière. 11 a fallu l’ardente volonté d’un jeune
compositeur, M. Albert-Doyen (intelligemment aidé
par les chefs de la G. G. T.) pour nous en donner la
preuve palpable. Bien mieux encore que parles con-
certs que l’orchestre de l’Opéra donna devant un
public d’ouvriers (les programmes de ces concerts
laissaient fort à désirer), M. Albert-Doyen, à lui
seul, réalise une œuvre admirable : celle de faire
chanter par le peuple même de la belle et haute
musique — et de la faire aimer. Sa tentative est cou-
ronnée du plus indéniable succès. P us d’une fois,
les lecteurs de la Gazette des Beaux-Arts m’ont vu
soutenir que notre peuple français est aussi musicien
qu’un autre; à tout le moins, aussi doué, aussi
compréhensif. Mais il manque de culture ; et cette
culture, seules la belle musique, les œuvres les plus
nobles, la lui donneront. Alors, on verra quels incal-
culables bienfaits répandra sur les pauvres humains
la divine Musique.

Et M. A. Doyen nous indique aussi la solution
qui permettra de monter avec orchestre, sans frais
ruineux, de grandes œuvres chorales. Certes, on ne
doit pas songer à réunir un orchestre d’amateurs :
ceux-ci sont médiocres (surtout les « bois »). Mais
les choristes amateurs, bien stylés, peuvent devenir
excellents. On le sait en Angleterre, en Belgique,
eu Hollande. Le voudra-t-on comprendre à Paris?
Ce sera un beau jour.

Reste enfin la question d’une salle de concerts.
Toutes les grandes villes de l’étranger en possèdent;
Paris, non. La salle Gaveau est trop petite; le Châ-
telet n'a point d’orgue et n’est disponible que par
intervalles. A Chicago, à Boston, à New-York, à
Londres, la musique a ses temples ; l’acoustique y
est excellente. Une, et même deux grandes salles, à
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