Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

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118 MÉLANGES D'ARCHÉOLOGIE.
(PLANCHE XXÏH.)
MONSTRANCE DE LA COTE DE S. PIERRE A NAMUR.
Si l'archéologue peut en mille circonstances suppléer les dates en comparant les styles, nul
ne peut les rencontrer avec plus de plaisir puisqu'elles lui fournissent la contre-épreuve
de ses principes. Le brillant morceau d'orfèvrerie par lequel nous terminons ce mémoire a
l'avantage d'être daté. On y lit sur un phylactère écrit en onciale cursive qu'il est l'ouvrage
du frère Hugo, et que les reliques y ont été insérées en 1228 :
Rcliqe iste fuerut hic recodite anno Domini M. GGXX oct. Frat Hugo vas istud opus est. Orate pro eo.
L'orfèvre Hugo, qui a doublement bien mérité de l'avenir en faisant de belles choses et en
signant ses œuvres, était moine d'Oignies, abbaye aujourd'hui détruite, mais dont le trésor
a passé entre les mains des religieuses de Notre-Dame à Namur. C'est à M. Didron que
revient l'honneur d'avoir le premier fait connaître en France le nom d'Hugo par la publication
d'une lettre de M. Léon Cahier sur le trésor d'Oignies L Orfèvre lui-même aussi bien qu'ar-
chéologue, et auteur de la grande châsse ogivale d'Argenteuil, M. Léon Cahier pouvait
mieux saisir que tout autre et mieux rendre le génie de l'art antique : notre planche a été
gravée d'après son album et ses estampages.
On pourra d'abord être surpris de la forme étrange de la monstrance. Que veut dire ce
croissant et cette tour en cristal flanquée de ses tourelles ? Cette tour est destinée à renfermer
et à découvrir tout ensemble de saintes reliques enveloppées dans de riches soieries s, et
ce croissant ne protège rien moins qu'une côte de celui qui recueillit de la bouche du fils de
Dieu cette parole glorieuse par excellence : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon
Église. Sur la face du croissant que notre gravure laisse invisible, on lit en lettres majuscules:
IN IIOC VASE IIARETUR COSTA PETRI ArOSTOLI.
H y avait dans l'importance d'un tel dépôt une sorte de menaçant défi pour le talent de
l'artiste; on jugera s'il est resté trop au dessous de sa tâche. Le monument est en argent doré
ou niellé. Cette opposition de couleur et d'effet entre le nielle de l'argent et la ciselure de l'or
est un caractère particulier des ouvrages d'Hugo. Ses rinceaux à jour ont aussi un faire qui
lui est propre, et je doute que leur beauté ait été à la même époque surpassée quelque part.
Ce n'est plus le mince filigrane bysantin dont nous avons vu de si beaux spécimens dans la
châsse de Notre-Dame; ce sont les plus somptueux rinceaux de l'architecture contemporaine
transportés dans l'orfèvrerie. L'œil en jouit à distance grâce à la netteté du dessin, et de près
i t. V, p. 319. S. Jacques apôtre, de S. Augustin et une parceHe du manteau
- Les phylactères indiquent du sang de S. Etienne, une dent de pourpre de Jésus-Christ,
de S. Servais, une autre de S. Barnabe, quoique chose de
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