Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

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CRUCIFIX DE LOTIIAIRE. PI. XXXII.

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nord, et la gauche vers le midi*; ce qui rend d'autant plus singulier l'usage constant de
peindre le soleil à droite s. Mais cette singularité n'est qu'apparente, à moins que l'on ne
veuille trouver singulière l'influence si puissante du mysticisme sur l'art du moyen âge.
Si l'on veut se rendre raison de cette représentation du soleil en un point du ciel que nous

avons vu être le nord, il faut quitter l'ordre des faits matériels pour recourir aux données
supérieures du symbolisme. J'ai déjà fait observer ailleurs s que dans nos églises, aujourd'hui
encore, c'est à la droite du crucifix, et au nord, que se chante l'évangile au milieu des flam-
beaux; mais l'Église syriaque a dans son office du vendredi-saint^ une cérémonie qu'on croi-
rait faite pour interpréter l'usage de nos anciens artistes quand ils peignent le Calvaire.
A Antioche, avant d'adorer la croix, on la place entre deux flambeaux, dont l'un (celuide gauche)
ne doit pas être allumé; or le cierge éteint représente bien le midi, puisque selon une prière
du même office s, notre Seigneur en croix avait le visage tourné vers l'occident (et consé-
quemment étendait la main droite au nord et la gauche au midi). Le cierge allumé est donc
là co mme le soleil près de nos crucifix ; et celui qui demeure éteint indique la région de la
nuit, de même que la lune dans nos anciennes représentations du Calvaire. Plus cette prag-
matique persistante est contraire à l'ordre naturel, plus il doit être entendu qu'il ne s'agit

pas de la lumière matérielle, mais du jour de la vérité " et du flambeau de l'Évangile. S. Gré-

* Sedul. Caria. pa^cA.^libr. v, v. 188, sqq. (ed. Arevalo,
p. 332) :
K Neve quis ignoret speciem crucis esse colendam
Quæ Dominum portavit ovans, ratione potenti
Quatuor inde plagas quadrati colligit orbis.
Splendidus auctoris de vertice fulget Eous,
Occiduo sacræ lambuntur sidéré plantæ,
Arcton dextra tenet, medium iæva erigit axem ;
Cunctaque de membris vivit natura creantis,
Et cruce compiexum Christus régit undique mundum. a
Pseudo-Hicronym. m Marc. xv (t. v, 920) : « Ipsa species
crucis quid est nisi forma quadrata mundi ? Oriens de vertice
fulgens, Arcton dextra tenet, Auster in iæva consistit, Occi-
dens sub piantis hrmatur. "
Des deux auteurs précédents, ii y en avait un évidemment
qui copiait l'autre, et ils se résolvent ainsi à peu près en un seul
témoignage ; mais en voici un troisième auquel on ne pourrait
opposer le même motif d'exclusion. Pseudo-Augustin., Séria.
ccxLvn (t. v, Appead.j 406) : « ... Signilicavit banc caritatis
iatitudinem Dominus Jésus in cruce, caput ad Orientent sub-
rigens, pedes ad Occidentem submittens, manus ad Aquilo-
nem et Austrum extendens; utadimpleret quod de se ante
Passioncm suant prædixerat (Joann., xu, 32) : Qaaai axaf-
fatas /aero a lerra^ id est quum crucilixus fuero, oiaaia
Irahaia ad nie ?'p,saia, id est convocabo ad me totum mun-
dunt. a
FirmicusMaîernus (De error. pra/iaa. re4'y., ap. Cypriani
Opp. ed. Le Prieur, p. 14) semble dire que les bras de la
croix s'étendent a l'Orient et à l'Occident ; mais ce qui donne
un grand poids aux paroles de Sedulius pour le moyen âge,

c'est, entre autres motifs, qu'elles ont été transcrites par la
G4?xe (in Marc., xv, 26), et répétées presque à satiété.
Cette manière d'orienter la croix pourrait faire supposer
que les écrivains qui s'expriment ainsi regardaient le crucifie-
ment de notre Seigneur comme ayant été exécuté pendant
que l'instrument de son supplice était étendu à terre ; tandis
que d'anciens monuments représentent Jésus-Christ montant
sur la croix déjà dressée et fixée dans le sol. Mais ce n'est
point mon affaire pour aujourd'hui de discuter cette circons-
tance de la passion.
2 Quant à la lune représentée à l'opposite du soleil (que ce
soit le nord ou le midi), ce n'est chez les artistes qu'une ex-
pression tout à fait conforme à celle qu'emploie encore au-
jourd'hui la langue italienne quand elle donne au septentrion
le nom de anaai; (mezza notte), par opposition au inâfi
(mezzogiorno).
s Vitraux de Bourges, n" 51 et 34 (p. 55, sv. ; 95, sv.).
4 Cf. Borgia, De crace ra^c., append. p. ij, etc. Il m'im-
porte assez peu que les explications des orientaux donnent à
ces rites un autre sens que le mien. Nous avons même parmi
nous bien des interprétations de ce genre qui n'ont nulle-
ment force de chose jugée, surtout quand on n'en indique pas
la source dans une haute tradition. Les Grecs, par exemple,
ont beaucoup d'interprétations qui ne sont d'aucun poids ;
parcequ'elles ne se rattachent à aucun nom respectable.
s Ap. Borgia, ibil. p. 1. — Cf. Grætzcr, De crace^ iibr, i,
cap. 27.
^ Is. ix, 2. — Malacli. iv, 2. — Luc. i, 79.— Cf. Apoc.
H, 5.
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