Cahier, Charles; Martin, Arthur
Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (Band 1,1): Collection de mémoires sur l'orfévrerie ... : 1 — Paris, 1849

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MÉLANGES D'ARCHÉOLOGIE.

chitecture, sauf les différences résultant de la destination à remplir, des matériaux à employer
et de la sphère où il faut se restreindre ; l'ornementation de l'une devait donc se refléter
dans l'autre. La nature des choses nous l'eût fait conclure; mais voici que, grâce aux mo-
numents inédits que nous publions, ce qui n'eût été qu'une conjecture devient un fait
visible, et ce fait peut servir à mettre en un plus grand jour l'élévation et l'unité de l'idéal
poursuivi par la grande époque de Frédéric Barberousse et de Philippe-Auguste.
Pour peu qu'on ait réfléchi sur l'histoire des arts, on aura remarqué que la physionomie
de leurs diverses phases ne fait jamais qu'exprimer les tendances générales de la société
contemporaine. Il en devait être ainsi puisque l'art est un langage et que, à moins d'une
contrainte qui ne peut être universelle ou prolongée, la main qui dessine, aussi bien que la
langue qui parle, le fait de l'abondance du cœur. Si le but de l'art est la réalisation de
l'idée du beau, l'idée du beau a pour base celle du vrai et du bien ; disons plus, elle s'associe
tôt ou tard à l'état moral habituel : de telle sorte que le sentiment de la beauté physique, qui
peut quelque temps survivre à celui de la beauté morale, s'elface lui-même à mesure que
l'esprit décroît en lumière et que la corruption gagne le cœur; tandis que les pensées
justes et les sentiments nobles n'attendent que la rencontre d'une organisation plus heu-
reuse pour s'épanouir en œuvres ravissantes. Tout art frivole ou voluptueux trahira donc
une société sans principes, et au contraire un art sérieux et pur, grandiose et simple, sup-
posera une race dans toute sa vigueur. Ce miroir des âmes se retrouve partout dans nos
œuvres, et surtout dans celles qui supposent plus de spontanéité. Ainsi, pour ce qui touche
l'architecture et l'orfèvrerie, rien ne serait plus aisé que de montrer les rapports entre
les aspirations ordinaires d'un peuple et les formes générales, les lignes génératrices de son
art. Or la même loi d'harmonie se manifeste, si je ne me trompe, dans les moindres détails
de l'ornementation.
On sait que dans l'art roman comme dans l'art romain la décoration architecturale s'était
signalée par une fatigante exubérance d'ornements. C'est que chez les Romains des derniers
empereurs le goût allait dépérissant avec les mœurs et la race, et que chez les peuples chré-
tiens du onzième et du douzième siècles le goût renaissait avec le renouvellement social. Or
l'une et l'autre enfance, celle de l'inexpérience comme celle de la décrépitude, témoigne de
son impuissance à produire le vrai beau par son engouement pour le luxe qui en est l'ombre :
si bien que l'on peut dire de la décoration en vogue durant ces deux époques, ce qu'Appelles
disait d'un tableau d'Hélène, peint par un de ses rivaux : « C'est parceque tu n'as pu la
faire belle que tu l'as faite riche. " Au contraire, à partir de la fin du douzième siècle et sur-
tout au moment où l'ogive commence à se dégager du plein ceintre, la décoration architec-
turale parvient au plus haut degré de perfection qu'elle ait jamais atteint parmi nous; elle est
digne d'une époque qui porte le nom d'un Philippe-Auguste et d'un S. Louis. C'est pour
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