U$* ANTIQUITE'S
avoir déjà reconnu la supersHtion à ces traits. Il efl conf-
tant que, parvenue à l'excès auquel les Romains Font
pouiïee > elle ne laisse à l'homme aucune jouissance : elle
bannit la tranquillité de son cœur, & répand sur tous
les instans de sa vie, une agitation"ôc une incertitude,
qui le rendent insupportable à lui-même ; les détails rap-
portés par les meilleurs Historiens, nous apprennent que
les Romains ont éprouvé ce terrible fléau, plus qu'au-
cun autre peuple : les Egyptiens paroilïent en avoir soufc
fert ; mais ils étoient plus renfermés en eux-mêmes, Ôc
ils avoient beaucoup moins de notions étrangères ; d'ail-
leurs ils suivoient les ordres des Prêtres qui les gouver-
noient : & le caractère de l'homme est tel, que sil'au-
torité qui le gouverne, fournit des critiques à son esprit,
sie excite dans fon cœur des révoltes iecrettes, il s'en
console du moins par les libertés qu'elle autorise, & par
les intervalles de délasTement qu'elle lui laisTe. Les Ro-
mains au contraire, étoient, pour ainsi dire, arrivés d'eux-
mêmes par une foiblesTe générale , par un sentiment una-
nime, & par une pratique suivie, au point d indiquerpar
des actes ôc des aveux publics, jusqu'aux jours heureux ou
malheureux ;personne ne rougiiToit d'une pareille préven-
tion : en conséquence, on entreprenait, ou l'on différoit
les opérations les plus elTentielles à l'Etat ; on ne don*
noit point une bataille, quelque avantageux que le mo-
ment pût paroître, si les Poulets sacrés avoient refusé
de manger. Les Historiens sont remplis d'une infinité de
traits qui peignent en détail une superstîtion, que je me
contente d'indiquer. Ammien Marcel lin , un des der-
niers Romains, qui aient écrit, raconte historiquement
des faits qui engagent à plaindre ces hommes parvenus a
ce point d'aveuglement & de misère. Ce qu'il rapporte
fait d'autant plus d'impression, qu'il ne s'élève point
contre la superstition, à la vûe des maux qui l'accompa-
gnent , ôc qu'il en esl au contraire aussi entêté que le plus
foible des Romains.
avoir déjà reconnu la supersHtion à ces traits. Il efl conf-
tant que, parvenue à l'excès auquel les Romains Font
pouiïee > elle ne laisse à l'homme aucune jouissance : elle
bannit la tranquillité de son cœur, & répand sur tous
les instans de sa vie, une agitation"ôc une incertitude,
qui le rendent insupportable à lui-même ; les détails rap-
portés par les meilleurs Historiens, nous apprennent que
les Romains ont éprouvé ce terrible fléau, plus qu'au-
cun autre peuple : les Egyptiens paroilïent en avoir soufc
fert ; mais ils étoient plus renfermés en eux-mêmes, Ôc
ils avoient beaucoup moins de notions étrangères ; d'ail-
leurs ils suivoient les ordres des Prêtres qui les gouver-
noient : & le caractère de l'homme est tel, que sil'au-
torité qui le gouverne, fournit des critiques à son esprit,
sie excite dans fon cœur des révoltes iecrettes, il s'en
console du moins par les libertés qu'elle autorise, & par
les intervalles de délasTement qu'elle lui laisTe. Les Ro-
mains au contraire, étoient, pour ainsi dire, arrivés d'eux-
mêmes par une foiblesTe générale , par un sentiment una-
nime, & par une pratique suivie, au point d indiquerpar
des actes ôc des aveux publics, jusqu'aux jours heureux ou
malheureux ;personne ne rougiiToit d'une pareille préven-
tion : en conséquence, on entreprenait, ou l'on différoit
les opérations les plus elTentielles à l'Etat ; on ne don*
noit point une bataille, quelque avantageux que le mo-
ment pût paroître, si les Poulets sacrés avoient refusé
de manger. Les Historiens sont remplis d'une infinité de
traits qui peignent en détail une superstîtion, que je me
contente d'indiquer. Ammien Marcel lin , un des der-
niers Romains, qui aient écrit, raconte historiquement
des faits qui engagent à plaindre ces hommes parvenus a
ce point d'aveuglement & de misère. Ce qu'il rapporte
fait d'autant plus d'impression, qu'il ne s'élève point
contre la superstition, à la vûe des maux qui l'accompa-
gnent , ôc qu'il en esl au contraire aussi entêté que le plus
foible des Romains.



