QUARANTE-SIXIÈME ANNÉE
Prix du Numéro : 25 centimes
DIMANCHE 1» JUILLET 1877
ABONNEMENTS
PARIS
Trois mois. 18 fr-
Six mois. 36 —
Un an. —
les abonnements partent des i" et i s de chaque mois-
direction
Politique, Littéraire et Artistique
PIERRE VÉRON
Rédacteur en CLcf.
BUREAUX
DE LA RÉDACTION ET DE L’ADMINISTRATION
Bup liüssÊui, 20.
LE
ABONNEMENT®
DEPARTEMENTS
Trois mois... 20
Six mois.. 40 \
Un an... 80 -
U abonnement d’un an donne droit à la prime qraSA
DIRECTION
Politique, Littéraire et Artistique
PIERRE VÉRON
Rédacteur en OüeST.
ANNONCES
ADOLPHE EWIG, fermier de la publicité
Mue ï’aitbfflisâ, 10.
CHARIVARI
--—a»a9Cg=»——
Les «onstceiptenrs dont l'abonnement expirc-
le «O juin, «ont pelés de le eenonvelee
Immédiatement s’ils ne veulent pas éprouve»
d’Snterenption dans l’envoi du journal.
BULLETIN POLITIQUE
M. Cambon, préfet du Doubs, est, ainsi qu’un
de*oscollègues, mis en disponibilité sur sademandé.
M. Cambon était entré dans l’administration sous
M. Thiers et son maintien semblait étrange à tons
ceux qui apprécient son caractère à sa juste valeur.
On ne peut donc que le féliciter de sa retraite.
Quand, après le 24 mai, on vit nombre de préfets
réactionnaires se cramponner àleursappointements,
nous réprouvâmes cette attitude, qui ne rappelait
pas précisément Hippocrate refusant les présents
d’Arlaxercès.
Nous n’hésiterions pas à blâmer énergiquement
ceux des nôtres qui pratiqueraient les procédés que
nous flétrissions chez autrui.
On prétend d’autre part que ce qui aurait fait ac-
cepter n de M. Cambon, c’est qu’il n’au-
rait pas .isbühuié la certitude qu’il avait de la réé-
lection de tous les députés républicains de son dé-
partement.
D’où il résulterait que, pour garder les bonnes
grâces du cabinet, il faut le tromper en lui donnant
des renseignements faux, mais agréables.
C’est à peu près comme si, voyant son baromètre
marquer tempête, un monsieur donnait un grand
coup de poing dedans et le brisait en mille pièces.
Casser les baromètres ne supprime pas les ora-
ges, hommes d’Etat trop nerveux !
Le moins rance des deux Veuillot (ce n’est pas
beaucoup dire) essaye de plaider les circonstances
atténuantes en faveur des alliés désunis :
«Les journaux républicains, dit-il, insistent
beaucoup sur les divisions du parti conservateur.
Ils font remarquer que ce parti, comptant pour le
moins trois groupes distincts qui représentent trois
systèmes politiques, ne peut donner au pays une
solution gouvernementale.On sait très-bien que
les royalistes ne veulent pas faire l’Empire et que
les impérialistes ne veulent pas faire la royauté.
On sait aussi que les parlementaires ne s’enten-
draient aisément jusqu’au bout ni avec ceux-ci,ni
avec ceux-là. »
On n’a jamais dit autre chose.
Mais cle tels aveux venant de l'Univers n’en sont
pas moins pi ,eux à recueillir.
Veuillot junior entrevoit même la possibilité de
tiraillements prochains. Il prévoit qu’il y (T'vo des
exceptions à la règle de concorde et que les candi-
datures bien pensantes tireront sur plus d’un point
à me et à dia à la fois.
Mais en sommme, ajoute-t-il, on s'unira comme
en 1848.
L’Univers ne possède pas à fond l’art de vérifier
les dates.
Sans quoi il se serait bien gardé d’évoquer des
souvenirs qui ne sont guère à l’honneur de ses
clients.
Oui, en 1848, il se fit une entente passagère. Mais
ce fut pour proclamer et acclamer la République.
Dans leurs professions de foi d’alors, les plus fa-
rouches réactionnaires d’aujourd’hui se proster-
naient, comme le volumineux M. Batbie, devant la
majesté du lion populaire.
Ce n’est évidemment pas à ces choses que le
moins caduc des Veuillot a voulu faire allusion.
Il a voulu parler de la fameuse et très-sainte rue
de Poitiers.
Ah ! oui, nous nous la rappelons. Les légitimis-
tes et les orléanistes aussi se la rappellent. Et
franchement, votre évocation n’est pas pour les ra ■
gaillardir.
Car ils savent à quoi aboutit la coalition d’alors.
A les livrer, pieds et poings liés, au bonapar-
tisme, qui, le 2 Décembre, les conduisit au poste
prochain.
Etant admis que les mêmes causes engendrent
les mêmes effets, les réminiscences de Veuillot
cadet sont de nature à faire faire une drôle de gri-
mace aux intéressés.
Il y a, depuis quelque temps, débordement d’i-
ronies contre M. Coquelin aîné, de la Comédie-
Française, parce que M. Coquelin est républicain
et ami de républicains.
Ceux qui badinent avec cette folâtrerie auraient-
ils la prétention de ramener les artistes à l’époque
où les comédiens étaient considérés comme des
parias !
Est ce que, par hasard, ils voudraient faire rétro-
grader l’opinion jusque par-delà le dix-septième
siècle ?
Car au dix-septième siècle il y eut un comédien
appelé Molière qui releva singulièrement la dignité
de la corporation, et qui fit acte de citoyen, à une
époque où le civisme n’était pas encore inventé, en
stigmatisant la tartuferie cléricale.
Mais, sans remonter si loin, ceux qui poursuivent
M. Coquelin de leurs sarcasmes pour les motifs ci-
dessus énoncés, oublient qu’ils se mettent en con-
tradiction avec eux-mêmes.
Tous les ans, en effet, lorsqu’on célèbre à Saint-
Augustin une messe à la mémoire de l’ex-empereur,
les journaux bonapartistes enregistrent avec pompe
la présence à cette solennité de plusieurs socié-
taires de la rue de Richelieu.
Et ils ne trouvent pas du tout, du tout ridicule
que ceux-ci fassent ainsi de la politique !
D’où vient alors qu’ils contestent à l’un ce qu’ils
trouvent tout naturel chez les autres?
Ne serait-il permis aux comédiens d’avoir une
opinion que si cette opinion est réactionnaire?
Pierre Véron.
-——♦-
De quoi, illustre Boubée, de la modestie !
On fait maintenant sa violette?
Il est vrai qu’après certaines mésaventures poéti-
ques dont on rit encore le rimolâtre de la Gazette de
France doit se sentir de la méfiance à son propre
endroit.
C’est sans doute ce qui l’a déterminé à renier la
paternité d’une pièce de vers (?) qu’il a déposée le
long des colonnes de la feuille Janicotinée.
L’incomparable Boubée attribue — ô abnégation
— cette pièce à un Génois francisé.
Pourquoi ce faux acle de naissance?
Vos entrailles, ô Boubée parâtre, ne se sont pas
émues quand vous reniâtes votre enfant?
Il est difforme, j’en conviens, mais il est de vous.
Plaît-il?... Nieriez-vous encore?... C’est impos-
sible. Votre marque de fabrique y est, à votre insu.
Vous pâlissez !...
— Un vers faux!... Encore, vous écriez-vous in-
terdit.
— Non.
— Ah! je respire.
— Pardon... Pas un vers, mais une faute d’ortho-
graphe.
Bordeaux, ô Boubée, s’écrit avec un x. Ne pas sa-
voir ça, quand on prétend être au service du duc de
***, non!... Quel pataquès!
Une autre fois, voyez-vous, Boubée adoré, lors-
que vous voudrez prêter vos vers aux autres, il n’y
a qu’un moyen de faire réussir la supercherie. .
Ce moyen, ce sera de les écrire en français.
Vous dites que ça vous est impossible...
C’est vrai.., je n’y pensais pas.
Paul Girard
--
UN CAS ÉPINEUX
Un correspondant nous adresse la lettre suivante:
Monsieur le rédacteur,
Permettez-moi de vous questionner sur une hypo-
thèse à laquelle la Constitution ne paraît pas avoir
un instant pensé.
Il y est dit qu’en cas de démission ou de décès du
président, les deux Chambres se réunissent en
congrès pour nommer son successeur.
Or, supposons (ce qu’à Dieu ne plaise, mais ce
qui est en somme dans les possibilités de la pauvre
nature humaine), supposons qu’une brusque maladie
vienne à enlever soudain le chef de l’Etat.
Que fera-t-on ?
Impossible de se conformer à la Constitution e'
de réunir les cüsux Chambres, puisqu’il y en a une
qui n’existe plus.
Mais alors...
Et notez qu’il ne s’agit point ici d’une situation
isolée et exceptionnelle.
Tous les présidents qui se succéderont étant in-
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BULLETIN POLITIQUE
M. Cambon, préfet du Doubs, est, ainsi qu’un
de*oscollègues, mis en disponibilité sur sademandé.
M. Cambon était entré dans l’administration sous
M. Thiers et son maintien semblait étrange à tons
ceux qui apprécient son caractère à sa juste valeur.
On ne peut donc que le féliciter de sa retraite.
Quand, après le 24 mai, on vit nombre de préfets
réactionnaires se cramponner àleursappointements,
nous réprouvâmes cette attitude, qui ne rappelait
pas précisément Hippocrate refusant les présents
d’Arlaxercès.
Nous n’hésiterions pas à blâmer énergiquement
ceux des nôtres qui pratiqueraient les procédés que
nous flétrissions chez autrui.
On prétend d’autre part que ce qui aurait fait ac-
cepter n de M. Cambon, c’est qu’il n’au-
rait pas .isbühuié la certitude qu’il avait de la réé-
lection de tous les députés républicains de son dé-
partement.
D’où il résulterait que, pour garder les bonnes
grâces du cabinet, il faut le tromper en lui donnant
des renseignements faux, mais agréables.
C’est à peu près comme si, voyant son baromètre
marquer tempête, un monsieur donnait un grand
coup de poing dedans et le brisait en mille pièces.
Casser les baromètres ne supprime pas les ora-
ges, hommes d’Etat trop nerveux !
Le moins rance des deux Veuillot (ce n’est pas
beaucoup dire) essaye de plaider les circonstances
atténuantes en faveur des alliés désunis :
«Les journaux républicains, dit-il, insistent
beaucoup sur les divisions du parti conservateur.
Ils font remarquer que ce parti, comptant pour le
moins trois groupes distincts qui représentent trois
systèmes politiques, ne peut donner au pays une
solution gouvernementale.On sait très-bien que
les royalistes ne veulent pas faire l’Empire et que
les impérialistes ne veulent pas faire la royauté.
On sait aussi que les parlementaires ne s’enten-
draient aisément jusqu’au bout ni avec ceux-ci,ni
avec ceux-là. »
On n’a jamais dit autre chose.
Mais cle tels aveux venant de l'Univers n’en sont
pas moins pi ,eux à recueillir.
Veuillot junior entrevoit même la possibilité de
tiraillements prochains. Il prévoit qu’il y (T'vo des
exceptions à la règle de concorde et que les candi-
datures bien pensantes tireront sur plus d’un point
à me et à dia à la fois.
Mais en sommme, ajoute-t-il, on s'unira comme
en 1848.
L’Univers ne possède pas à fond l’art de vérifier
les dates.
Sans quoi il se serait bien gardé d’évoquer des
souvenirs qui ne sont guère à l’honneur de ses
clients.
Oui, en 1848, il se fit une entente passagère. Mais
ce fut pour proclamer et acclamer la République.
Dans leurs professions de foi d’alors, les plus fa-
rouches réactionnaires d’aujourd’hui se proster-
naient, comme le volumineux M. Batbie, devant la
majesté du lion populaire.
Ce n’est évidemment pas à ces choses que le
moins caduc des Veuillot a voulu faire allusion.
Il a voulu parler de la fameuse et très-sainte rue
de Poitiers.
Ah ! oui, nous nous la rappelons. Les légitimis-
tes et les orléanistes aussi se la rappellent. Et
franchement, votre évocation n’est pas pour les ra ■
gaillardir.
Car ils savent à quoi aboutit la coalition d’alors.
A les livrer, pieds et poings liés, au bonapar-
tisme, qui, le 2 Décembre, les conduisit au poste
prochain.
Etant admis que les mêmes causes engendrent
les mêmes effets, les réminiscences de Veuillot
cadet sont de nature à faire faire une drôle de gri-
mace aux intéressés.
Il y a, depuis quelque temps, débordement d’i-
ronies contre M. Coquelin aîné, de la Comédie-
Française, parce que M. Coquelin est républicain
et ami de républicains.
Ceux qui badinent avec cette folâtrerie auraient-
ils la prétention de ramener les artistes à l’époque
où les comédiens étaient considérés comme des
parias !
Est ce que, par hasard, ils voudraient faire rétro-
grader l’opinion jusque par-delà le dix-septième
siècle ?
Car au dix-septième siècle il y eut un comédien
appelé Molière qui releva singulièrement la dignité
de la corporation, et qui fit acte de citoyen, à une
époque où le civisme n’était pas encore inventé, en
stigmatisant la tartuferie cléricale.
Mais, sans remonter si loin, ceux qui poursuivent
M. Coquelin de leurs sarcasmes pour les motifs ci-
dessus énoncés, oublient qu’ils se mettent en con-
tradiction avec eux-mêmes.
Tous les ans, en effet, lorsqu’on célèbre à Saint-
Augustin une messe à la mémoire de l’ex-empereur,
les journaux bonapartistes enregistrent avec pompe
la présence à cette solennité de plusieurs socié-
taires de la rue de Richelieu.
Et ils ne trouvent pas du tout, du tout ridicule
que ceux-ci fassent ainsi de la politique !
D’où vient alors qu’ils contestent à l’un ce qu’ils
trouvent tout naturel chez les autres?
Ne serait-il permis aux comédiens d’avoir une
opinion que si cette opinion est réactionnaire?
Pierre Véron.
-——♦-
De quoi, illustre Boubée, de la modestie !
On fait maintenant sa violette?
Il est vrai qu’après certaines mésaventures poéti-
ques dont on rit encore le rimolâtre de la Gazette de
France doit se sentir de la méfiance à son propre
endroit.
C’est sans doute ce qui l’a déterminé à renier la
paternité d’une pièce de vers (?) qu’il a déposée le
long des colonnes de la feuille Janicotinée.
L’incomparable Boubée attribue — ô abnégation
— cette pièce à un Génois francisé.
Pourquoi ce faux acle de naissance?
Vos entrailles, ô Boubée parâtre, ne se sont pas
émues quand vous reniâtes votre enfant?
Il est difforme, j’en conviens, mais il est de vous.
Plaît-il?... Nieriez-vous encore?... C’est impos-
sible. Votre marque de fabrique y est, à votre insu.
Vous pâlissez !...
— Un vers faux!... Encore, vous écriez-vous in-
terdit.
— Non.
— Ah! je respire.
— Pardon... Pas un vers, mais une faute d’ortho-
graphe.
Bordeaux, ô Boubée, s’écrit avec un x. Ne pas sa-
voir ça, quand on prétend être au service du duc de
***, non!... Quel pataquès!
Une autre fois, voyez-vous, Boubée adoré, lors-
que vous voudrez prêter vos vers aux autres, il n’y
a qu’un moyen de faire réussir la supercherie. .
Ce moyen, ce sera de les écrire en français.
Vous dites que ça vous est impossible...
C’est vrai.., je n’y pensais pas.
Paul Girard
--
UN CAS ÉPINEUX
Un correspondant nous adresse la lettre suivante:
Monsieur le rédacteur,
Permettez-moi de vous questionner sur une hypo-
thèse à laquelle la Constitution ne paraît pas avoir
un instant pensé.
Il y est dit qu’en cas de démission ou de décès du
président, les deux Chambres se réunissent en
congrès pour nommer son successeur.
Or, supposons (ce qu’à Dieu ne plaise, mais ce
qui est en somme dans les possibilités de la pauvre
nature humaine), supposons qu’une brusque maladie
vienne à enlever soudain le chef de l’Etat.
Que fera-t-on ?
Impossible de se conformer à la Constitution e'
de réunir les cüsux Chambres, puisqu’il y en a une
qui n’existe plus.
Mais alors...
Et notez qu’il ne s’agit point ici d’une situation
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