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Le charivari — 46.1877

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Septembre
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https://doi.org/10.11588/diglit.25491#0955
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QUARANTE-SIXIÈME ANNÉE Prix du Numéro : 25 centimes SAMEDI 1er SEPTEMBRE 1S77

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PARIS

Trois mois
Six mois..
Un an_

18 fr.

36 —
72 —

..es abonnements •partent des Y" et 16 de chaque mois-

direction

Politique, Littéraire et Artistique

PIEU il E VÉRON

Rédacteur en Chat.

BUREAUX

UE LA RÉDACTION ET DE l’ADMINISTRATION

Hue SSossisiâ» 20*

ABONNEMENTS

DEPARTEMENTS

Trois mois..... 29 ER *

Six mois. *5 “fc t

Un an.. .. 80 “■ '

Vabonnement d’un an donne droit à la prime ÿrabkt

DIRECTION

Politique, Littéraire et Artistique ■■
PIERRE VÉRON

Rédacteur en i! S: as.

ANNONCES

400LPHE EW1G, fermier de la publicité
Eue T a Mb osai* lû.

BULLETIN POLITIQUE

Les événements et les polémiques tournent !
hélas ! dans le même cercle... vicieux.

Un seul fait se détache en caractères éclatants |
sur le fond gris et triste de l’actualité !

Vous voudrez donc bien nous autoriser, pour
chanter dignement un épisode exceptionnel, à re-
courir exceptionnellement à la forme poétique.

C est entendu... Vous permettez ?

Je commence :

LA TROMPE DE SON PÈRE
complainte d’actualité.

( Air connu.)

Allons, préfet, vite en campagne,

Du cor n’entends-tu pas le son?

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton !

Que le gendarme t’accoinpagne ;

Et mets le monde à la raison,

Ton ton, tontaine, ton ton !

Beaumanoir, le préfet à poigne,

Bondit sous ce coup d’éperon !

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton!

H se dit ; « Il faut que je soigne
Ma place, ainsi que mon renom,

Ton ton, tontaine, Ion, ton !

« Je veux que par toute la terre,

Les tèles s’inclinent, qua :d on,

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton !

Quand on verra ce que sait faire
Uu préfet plein d’ambition,

Ton ton, tontaine, ton, ton!

» Je veux (étonnement suprême)

' Eclipser le grand Bûcheron,

Ton ton ton ton, tontaine, ton ton !

Copin, Fournès, Tiacy lui-même,

El Doncieux préfet-mirliton.

Ton ton, tontaine, ton ton.

» Je, veux inventer quelque chose
Qui ruisselle de déraison,

Ton ton, ton ton, tontaine, ton tou !

Le ridicule, ça vous pose,

Je me... ris du qu’en dira-t-on !

Ton ton, tontaine, ton ton ! »

Puis il s’enferme dans sa chambre
Et dans la méditation,

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton!

Ça n’aurait fini qu’en décembre
Si du ciel l’intervention...

Ton ton, tontaine, ton ton!

Prenant sa plume de Tolède,

Il s’écrie : « A moi le pompon !

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton!

Je suis un nouvel Archimède
Eurêka !... mille noms d’un nom !

Ton ton, tontaine, ton ton ! »

Pais trace ces mots pleins de pompe
— Nous, préfet... Interdiction
T°ü ton, ton ton, tontaine, ton ton!

De jamais sonner de la trompe
Dans notre juridiction j

Ton ton, tontaine, ton ton !

Ah ! combien ton idée est grande,

Héros de la réaction i

Ton ton, ton ton, tontaine ton ton!

Tu ne veux pas qu'on se demande :

« Sous Tordre moral trompe t-on? »

Ton ton, tonla ne, ton ton!

Quand voilà que dans cette affaire
Poind une complication,

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton,

On vient lui dire : « y0tre père
Est le seul souffleur qu canton,

Ton ton, tontaine, ton ton ! »

— Papa ! fait le préfet modèle
Raison de plus.:. Pas de pardon !

Ton ton, ton ton, to’ntai:’.e, ton tou!

Ça prouvera bien mieux mon zèle,

J’enfonce Brutus et Caton.

Ton ton, tontaine, ton ton !

Mais l’histoire fait du tapage,

Les lazzis pleuvent à foison,

Ton ton, ion ton, tontaine, ton ton!

Les journaux blaguent avec rage
Et Beaumanoir a le nez long,

Ton ton, tontaine> ton ton!

Avec cela du ministère
Pas un mot d’approbation,

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton!

— On me lâche, ô mon Dieu que faire?
Gémit sa voix de baryton.

Ton ton, tontainei ton ton!

Alors pour étayer sa thèse :

— J'ai sévi, parce que, me dit-on,

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton !

Papa jouait la Marseillaise,

Ça y est... en plein dans le carton!

Ton ton, tontain0> ton ton !

Mais le papa, vieilli tenace,

Par le prochain courrier répond :

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton !

— Pas vrai ! Je ris de ta menace.

La trompe n’est pas le piston.

Ton ton, tontaine, ton ton 1

Sur la trompe la Marseillaise,

N’est jouable dans aucun ton,

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton !
Monsieur mon fils, elle est mauvaise,

A votre tour, vous trompez donc?

Ton ton, tontaine, ton ton !

Ainsi, ravissante bisbille!

Dans son administration,

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton !

L’ordre moi al de la famille
Met le respect en action,

Ton, ton, tontaine, ton, ton !

modalité

Quoi qu’ait fait son ardeur extrême,

Plus d’un préfet baissant ie ton,

Ton ton, ton ton, tontaine, ton ton !

Un jour sera trompé quand même...

G’bst le jour de l’élection,

Ton ton, tontaine, ton ton !

Pierre Véroi,

LA FOLIE PRÉFECTORALE

A la suite d’une séance de son conseil général,où
il avait été fortement saboulé, M. X... rentra à la
préfecture dans un état de surexcitation extraor-
dinaire. De son côté, Mmo la préfète était non moins
iriitée contre sa modiste qui venait de lui envoyer
un chapeau impossible.

— Voyez comme il me coiffe, dit-elle à son mari.
Est-il permis de fagoter ainsi uu chapeau?... Je suis
furieuse, ii dignée, et je voudrais rendre à cette stu-
pide ouvrière tout l’ennui qu’elle me cause.

— Qu’à cela ne tienne, dit le fonctionnaire, vous
allez être vengée immédiatement.

Il se rendit dans son cabinet où le commissaire
central fut mandé aussitôt.

— De quoi s’agit-il, monsieur le préfet? demanda
celui-ci.

— Vous allez vous diriger de ce pas vers le ma-
gasin de modes de la grande rue, le faire fermer sur
l’heure et mettre les scellés sur toutes les portes.

Le commissaire fut très-étonné en recevant cet
ordre bizarre.

— Ces femmes auraient-elles ouvert une librairie
clandestine? demanda-t-il à son chef.

— Pis que cela! répondit le préfet. Elles viennent
d’envoyer a ma femme un chapeau bâti en dépit du
bon sens et qui la coiffe horriblement mal.

— El c’est, pour cela que monsieur le préfet veut
faire fermer leur établissement?

— Que voulez-vous de plus?... Qu’elles aient un
dépôt de poudre et de canons Krupp chez elles?

L’étonnement du commissaire se corsait à vue
d’œil.

— N’y a-t-il pas là un léger abus du pouvoir ? se
risqua- t-il à dire d’un ton doucereux.

— Un abus de pouvoir ! s’écria le haut fonction-
naire. Je vous trouve plaisant d’oser me faire cette
objection. Et depuis quand a-t-on le pouvoir autre-
ment que pour en abuser? Mais l’abus est son es-
sence même. Si je n’ai pas le droit de frapper à tort
et à travers, je suis désarmé ; l’anarchie coule à
pleins bords! Je casse, jefeime, je dêstitue, donc
je suis ! Allez !...

M. le commissaire, ébahi, se dirigeait vers la
porte en se demandant si la première autorité du
département n’avait pas reçu uu violent coup de
marteau, lorsqu’un :« Que portez-vous dans vos
poches? » impératif, l’arrêta court.

— Monsieur le préfet, dit-il, ce sont des numéros
de la Gazette des Enfants que je reporte à la per-
sonne qui les a prêtés à mes petites filles.

Le délégué du ministère frappa si fortement sur
son bureau qu’il en renversa l’encrier dont le con-
tenu sauta partout.

— Avez-vous une permission signée de moi pour
vous livrer ainsi au colportage? demanda-1 il d’une
voix tonnante.

— Quelle permission? balbutia l’autre. Je
croyais., j étais loin de supposer...

—- Ab! très -bien !... Monsieur le commissaire, je
vous ordonne de vous arrêter immédiatement êt de
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