QUARANTE-SIXIEME ANNÉE
Prix du Numéro : 25 centimes
JEUDI 1*' NOVEMBRE 1877
ABONNEMENTS
PARIS
Trois mois. 18 fr.
Six mois. 36 —
Un an. 72 —
Les abonnements partent des i" et 16 de chaque mois.
direction
Politique, Littéraire et Artistique
PIERRE VÉRON
Rédacteur en Chef.
BUREAUX
PR la rédaction et de l’administration
Bue Bossinit *<*•
ABONNEMENT®
DÉPARTEMENTS
Trois mois.. 20 ï& v
Six mois.•»... 40 ** \
Un an... 80 —
Vabonnement d'un an donne droit à la prime gra¥kt
DIRECTION
V Politique, Littéraire et Artistique ;
PIERRE VÉRON
Rédacteur en
ANNONCES
ADOLPHE EWIG, fermier de la publicité
Bue Taltbout. lO. <-
LE CHARIVARI
Les ateliers étant fermés aujourd’hui jeudi , te
Charivari ne paraîtra pas demain vendredi.
BULLETIN POLITIQUE
Altention à la manœuvre ! Ou la prépare de lon-
gue main, comme l’atteste une circulaire d’un des
plus poignocrates de tous les préfets, le farouche
Ducrest de Villeneuve.
Il tient à prouver, ce préfet modèle, qu’il unit la
prudence du serpent à la force du lion.
Prenant un ton paterne, il se fait le conseiller des
électeurs de son département, par l’intermédiaire
de ses maires.
Cela pourrait se chanter sur l’air de la Grande
Duchesse :
Dites-lui...
Seulement, c’est : Dites-leur.
« Dites-leur qu’ils doivent choisir l’homme qui
peut le mieux représenter leurs intérêts et dont les
capacités connues, comme 1 honorabilité à 1 abri de
tout reproche, peuvent seules inspirer la con-
fiance. »
En apparence, n’est-ce pas, rien de plus pur que
le fond du cœur d’un préfet qui parle ce langage
inspiré par la Morale en action ?
Mais d’imprudents commentateurs se sont heu-
reusement chargés de nous montrer le dessous des
cartes.
Ainsi la Gazette de France, qu’on trouve toujours
là quand il y a une bévue à commettre, la Gazette
de France, Titus de la maladresse, qui croit avoir
perdu sa journée quand elle n’a pas taillé sa bonne
douzaine de pavés de l’ours, la Gazette de France
dit :
« Nous sommes heureux de constater qu’en ré-
ponse au caractère politico-officiel que le parti ré-
publicain chercherait à donuer à certaines can-
didatures conservatrices, les agents administra-
tiis répondent d’avance en laissant aux influences
locales le ch0ix des candidats et en déclarant que
1 action gouvernementaie ne doit se porter que sur
les hommes les piU8 apleS) sans distinction politi-
que, à gérer les intérêts légionaux.
» Nous n avons jamais compris autrement le rôle
du gouvernement dans les élections départemen-
tales. »
Apercevez-xous, maintenanti 0h l’on veut en ve-
nir, avec cette tactique à double fond ?
On commence par engluer ies électeurs :
Mes bons aînis, mes chers amis, on ne veut
Que votre bien. Laissons la politique tranquille
cette fois-ci. Ne nous occupons que de nos intérêts
de clocher. Peu importe l’opiniou des candidats ;
tendez les bras à ceux qui vous combleront de
pompes à incendie et de chemins vicinaux...
On espère ainsi empaumer les crédules, qui vo-
leront pour M. le marquis ou pour M. le vicomte
parce que M. le marquis a de gros biens au soleil,
parce que M. le vicomte donnera six médailles d’a-
luminium pour les concours orphéoniques.
Mais attendez le lendemain du scrutin, vous ver-
rez comme ils changeront de ton.
Je les entends d'ici crier, dans un formidable
tutti :
— Victoire! Le vicomte X... est élu ; le marquis
Z... est élu aussi. Et que l’0n ne nous dise pas que
c’est à cause de leur influence locale et en dehors
de toute politique. Non, n0s braves paysans savent
bien ce qu’ils font. Ils les ont nommé comme sou-
tiens de l’ordre moral, comme protestation en fa-
veur de la monarchie, comme ennemis des répu-
blicains...
Voilà le double jeu que l'on se propose de jouer,
et dont il importe de dénoncer à l’avance les pi-
peries.
Votre masque ne tient pas, messieurs ; on voit
votre grimace dessous !
Pierre Véron.
a titre D’échantillon
S’il faut en croire le proverbe : Ah uno disce
omnes, les révélations auxquelles donnera lieu la
vérification des pouvoirs seront vraiment édi-
fiantes.
Gomme spécimen, en effet, voici quelques-uns
des griefs relevés par le docteur Le Maguet, adver-
saire du catholique M. de Mun.
Bien entendu, nous laissons de côté les détails
habituels, tels qu’alfichcs blanches, fermetures
arbitraires d’établissements, etc., etc...
Nous ne parlons que des faits spéciaux.
M. Le Maguet cite les suivants :
« 1° Les billets à bandes collées, portant le nom
de M. Le Maguet, proclamés sous le nom de M. de
Mun, et, par précaution, wis au nombre des billets
devant être brûlés, aux termes de la loi. »
Probablement en vertu de l’axiome : le feu pu-
rifie tout.
« 2° Dans plusieurs coin®unes, on a déclaré plus
de votes que ces communes ne comptent d’élec-
teurs. »
On nous dira peut-être que c’est un miracle. La
multiplication des votes, Pour faire pendant à la
multiplication des pains.
« 3° Des citoyens, connus pour leurs opinions ré-
publicaines, venus pour assister aux opérations
électorales, en dehors de la salle du scrutin, ont été
chassés de la commune à coups de pierres. »
» Les affiches de M. le docteur Le Maguet sont
arrachées par ordre des vicaires.
» M. le docteur Le Maguet lui-même est sommé
de se retirer de la salle du scrutin. »
Le contraire de l’Evangile.
Que le premier qui n’est pas sans péché leur
jetle la première pierre.
Et la bande de modérés enragés fait merveille,
comme les chassepots de Mentana.
« 4°. Dans les communes, les paysans trouvent à
boire sans payer, à la condition de voter pour M. de
Mun. »
Remarquablement joli le 4°.
Application inattendue du proverbe : In vino ve-
ritas, et de la formule : Arroser la victoire.
Un deinier grief relevé par M. Le Maguet :
« Prédications des curés, tendantes à effrayer les
pays? ns en les menaçant des plus grands malheurs,
tels que le partage de leurs biens, la violence en-
vers leurs femmes et leurs filles s’ils ne votaient
pas pour M. de Mun. »
Violence envers leurs femmes ! Nous ne savions
pas que l’abbé Dangerville fût républicain. Violence
envers leurs filles ! Même observation en ce qui
concerne l’abbé Beaujart.
Il est même dommage qu’on ait omis un troi-
sième chapitre :
Violence envers leurs fils !
Celui-là aurait été dédié à M. de Germiny.
Fi ! les oublieux !
Jean Ralph.
--♦-
Le Charivari, dans un précédent numéro, rele-
vait l’odieux procédé du journal Y Univers, essayant
de faire retomber sur les républicains la responsa-
bilité d’une tentative d’assassinat commise sur la
personne d’un prêtre de province.
Or, d’après des renseignements fournis par un
journal local, non suspect de radicalisme, le mobile
de l’attentat aurait été la jalousie du mari.
Et voilà comment les sycophantes noirs écrivent
l’histoire 1
Loriquets enragés !
Paul Girard.
--<-
LA POLITIQUE DE BÉBÉ
Que faire en un salon, à moins que l’on n’y parie
politique?
C’est l’unique conversation du moment. C’est le
thème inépuisable.
Et, par malheur, inextricable.
Donc, l’autre jour, on causait des élections en
général et des ballottages en particulier.
Plusieurs journaux étaient là, passant de main
en main, avec les résultats du scrutin nouveau.
Bébé, un gamin de six ans, écoulait.
Tout en écoutant, il avait pris une des feuilles
errantes.
Sur celle-là, les résultats du vote étaient énumé-
rés avec ces deux abréviations :
Cons..., pour les conservateurs.
Rép..., pour les 363.
Et Bébé, qui sait lire, ma foi ! s'approchant de
son père en lui montrant la première désignation :
— Dis donc, papa... ça veut dire conspirateurs,
hein?
E. Villiers.
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Charivari ne paraîtra pas demain vendredi.
BULLETIN POLITIQUE
Altention à la manœuvre ! Ou la prépare de lon-
gue main, comme l’atteste une circulaire d’un des
plus poignocrates de tous les préfets, le farouche
Ducrest de Villeneuve.
Il tient à prouver, ce préfet modèle, qu’il unit la
prudence du serpent à la force du lion.
Prenant un ton paterne, il se fait le conseiller des
électeurs de son département, par l’intermédiaire
de ses maires.
Cela pourrait se chanter sur l’air de la Grande
Duchesse :
Dites-lui...
Seulement, c’est : Dites-leur.
« Dites-leur qu’ils doivent choisir l’homme qui
peut le mieux représenter leurs intérêts et dont les
capacités connues, comme 1 honorabilité à 1 abri de
tout reproche, peuvent seules inspirer la con-
fiance. »
En apparence, n’est-ce pas, rien de plus pur que
le fond du cœur d’un préfet qui parle ce langage
inspiré par la Morale en action ?
Mais d’imprudents commentateurs se sont heu-
reusement chargés de nous montrer le dessous des
cartes.
Ainsi la Gazette de France, qu’on trouve toujours
là quand il y a une bévue à commettre, la Gazette
de France, Titus de la maladresse, qui croit avoir
perdu sa journée quand elle n’a pas taillé sa bonne
douzaine de pavés de l’ours, la Gazette de France
dit :
« Nous sommes heureux de constater qu’en ré-
ponse au caractère politico-officiel que le parti ré-
publicain chercherait à donuer à certaines can-
didatures conservatrices, les agents administra-
tiis répondent d’avance en laissant aux influences
locales le ch0ix des candidats et en déclarant que
1 action gouvernementaie ne doit se porter que sur
les hommes les piU8 apleS) sans distinction politi-
que, à gérer les intérêts légionaux.
» Nous n avons jamais compris autrement le rôle
du gouvernement dans les élections départemen-
tales. »
Apercevez-xous, maintenanti 0h l’on veut en ve-
nir, avec cette tactique à double fond ?
On commence par engluer ies électeurs :
Mes bons aînis, mes chers amis, on ne veut
Que votre bien. Laissons la politique tranquille
cette fois-ci. Ne nous occupons que de nos intérêts
de clocher. Peu importe l’opiniou des candidats ;
tendez les bras à ceux qui vous combleront de
pompes à incendie et de chemins vicinaux...
On espère ainsi empaumer les crédules, qui vo-
leront pour M. le marquis ou pour M. le vicomte
parce que M. le marquis a de gros biens au soleil,
parce que M. le vicomte donnera six médailles d’a-
luminium pour les concours orphéoniques.
Mais attendez le lendemain du scrutin, vous ver-
rez comme ils changeront de ton.
Je les entends d'ici crier, dans un formidable
tutti :
— Victoire! Le vicomte X... est élu ; le marquis
Z... est élu aussi. Et que l’0n ne nous dise pas que
c’est à cause de leur influence locale et en dehors
de toute politique. Non, n0s braves paysans savent
bien ce qu’ils font. Ils les ont nommé comme sou-
tiens de l’ordre moral, comme protestation en fa-
veur de la monarchie, comme ennemis des répu-
blicains...
Voilà le double jeu que l'on se propose de jouer,
et dont il importe de dénoncer à l’avance les pi-
peries.
Votre masque ne tient pas, messieurs ; on voit
votre grimace dessous !
Pierre Véron.
a titre D’échantillon
S’il faut en croire le proverbe : Ah uno disce
omnes, les révélations auxquelles donnera lieu la
vérification des pouvoirs seront vraiment édi-
fiantes.
Gomme spécimen, en effet, voici quelques-uns
des griefs relevés par le docteur Le Maguet, adver-
saire du catholique M. de Mun.
Bien entendu, nous laissons de côté les détails
habituels, tels qu’alfichcs blanches, fermetures
arbitraires d’établissements, etc., etc...
Nous ne parlons que des faits spéciaux.
M. Le Maguet cite les suivants :
« 1° Les billets à bandes collées, portant le nom
de M. Le Maguet, proclamés sous le nom de M. de
Mun, et, par précaution, wis au nombre des billets
devant être brûlés, aux termes de la loi. »
Probablement en vertu de l’axiome : le feu pu-
rifie tout.
« 2° Dans plusieurs coin®unes, on a déclaré plus
de votes que ces communes ne comptent d’élec-
teurs. »
On nous dira peut-être que c’est un miracle. La
multiplication des votes, Pour faire pendant à la
multiplication des pains.
« 3° Des citoyens, connus pour leurs opinions ré-
publicaines, venus pour assister aux opérations
électorales, en dehors de la salle du scrutin, ont été
chassés de la commune à coups de pierres. »
» Les affiches de M. le docteur Le Maguet sont
arrachées par ordre des vicaires.
» M. le docteur Le Maguet lui-même est sommé
de se retirer de la salle du scrutin. »
Le contraire de l’Evangile.
Que le premier qui n’est pas sans péché leur
jetle la première pierre.
Et la bande de modérés enragés fait merveille,
comme les chassepots de Mentana.
« 4°. Dans les communes, les paysans trouvent à
boire sans payer, à la condition de voter pour M. de
Mun. »
Remarquablement joli le 4°.
Application inattendue du proverbe : In vino ve-
ritas, et de la formule : Arroser la victoire.
Un deinier grief relevé par M. Le Maguet :
« Prédications des curés, tendantes à effrayer les
pays? ns en les menaçant des plus grands malheurs,
tels que le partage de leurs biens, la violence en-
vers leurs femmes et leurs filles s’ils ne votaient
pas pour M. de Mun. »
Violence envers leurs femmes ! Nous ne savions
pas que l’abbé Dangerville fût républicain. Violence
envers leurs filles ! Même observation en ce qui
concerne l’abbé Beaujart.
Il est même dommage qu’on ait omis un troi-
sième chapitre :
Violence envers leurs fils !
Celui-là aurait été dédié à M. de Germiny.
Fi ! les oublieux !
Jean Ralph.
--♦-
Le Charivari, dans un précédent numéro, rele-
vait l’odieux procédé du journal Y Univers, essayant
de faire retomber sur les républicains la responsa-
bilité d’une tentative d’assassinat commise sur la
personne d’un prêtre de province.
Or, d’après des renseignements fournis par un
journal local, non suspect de radicalisme, le mobile
de l’attentat aurait été la jalousie du mari.
Et voilà comment les sycophantes noirs écrivent
l’histoire 1
Loriquets enragés !
Paul Girard.
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LA POLITIQUE DE BÉBÉ
Que faire en un salon, à moins que l’on n’y parie
politique?
C’est l’unique conversation du moment. C’est le
thème inépuisable.
Et, par malheur, inextricable.
Donc, l’autre jour, on causait des élections en
général et des ballottages en particulier.
Plusieurs journaux étaient là, passant de main
en main, avec les résultats du scrutin nouveau.
Bébé, un gamin de six ans, écoulait.
Tout en écoutant, il avait pris une des feuilles
errantes.
Sur celle-là, les résultats du vote étaient énumé-
rés avec ces deux abréviations :
Cons..., pour les conservateurs.
Rép..., pour les 363.
Et Bébé, qui sait lire, ma foi ! s'approchant de
son père en lui montrant la première désignation :
— Dis donc, papa... ça veut dire conspirateurs,
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