L' Eclipse: journal hebdomadaire politique, satirique et illustré — 4.1871

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L'ÉCLIPSÉ

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Prime de l'Eclipsé

A partir de ce jour, l'Eclipsé met
à la disposition de ses abonnés un
superbe buste de la République, par
Georges Hébert.

Cette figurine, en imitation de
terre cuite, mesure 50 centimètres
d« haut avec son support.

Facile à accrocher à la muraille,
elle peut également prendre place
sur un meuble, sur un rayon d'é-
tagère ou de bibliothèque, sur un
marbre de cheminée ou de console.
Elle peut orner indifféremment le
salon ou le boudoir, la chambre
à coucher ou le cabinet de travail.

Prix de la Prime

Prise dans nos bureaux, sans

' être'em'ballée ............... 8 fr.

Emballée avec soin, et prête à
être expédiée............... 9 fr.

Le Fort reste à la charge
du destinataire.

LE SUFFRAGE UNIVERSEL

La scène se passe chez les Dupépin, bonnetiers, qui se reti-
rent du commerce après trente ans d'exercice et qui ont invité
ce soir-là leurs amis pour décrocher la crémaillère.

On est au dessert.

Pendant tout le dîner on n'a guère causé que commerce, cale-
çons et tricots ; mais, vers neuf heures, un domestique qui est
descendu chez le concierge pour lui porter un bon lot de des-
sert, remonte avec le journal du soir, qui vient d'arriver, et le
remet à M. Dupépin.

Cet incident met le feu aux poudres.

— Tiens... vous recevez la Patrie ?...

— Mais oui... pourquoi.

— Pour rien... je vous demande çà, comme je vous deman-
derais si vous voulez fumer un cigare.

— C'est qu'il y avait dans votre question un ton d'étonne-
ment...

— Ah! dame... à vous vrai dire... je trouve ce journal un
peu... un peu...

— Un peu quoi...

— Puisque vous m'y forcez, je lâche le mot : Un peu panade.
Cette sortie de l'invité Berlurot jette un pétrole bien senti

sur les esprits déjà un peu échauffés par le dîner.

La conversation ne tarde pas à rouler en pleine politique. Elle
tombe naturellement sur la question à l'ordre du jour : la suffrage
universel.

Pour l'intelligenoe du récit, nous mettons en vedette les noms
des quatre principaux champions qui prennent part à la lutte,
soutenus par un auditoire passionné.

MM. Dupépin, orléaniste.

Baymond, légitimiste.

■ Grouindet, bonapartiste.

Berlurot, républicain.

Seize autres cpnvives, hommes et femmes, opinent en sens

divers et remplissent l'office d'orage parlementaire.

M. Berluret. **- Je vous dis que c'est un ballon d'essai... on
n'osera pas toucher au suffrage universel.
M. Raymond. — Avec cela qu'on se gênera.
M. Dupépin. — H le faut bien, d'ailleurs... La France ne
peut pas rester indéfiniment à la merci d'un tas de va-nu-pieds
qui n'ont pas le droit d'être électeurs.
M. Grouindet. — Sans doute. . . Dupépin a raison.
M. Berlurot — Pourquoi-ça : pas le droit d'être électeurs ?
M. Dupépin. — Dame !. . . c'est tout clair, quel intérêt ces
gens-là ont-ils à la chose publique? Ils ne possèdent rien.
Quelques dames applaudissent,:

M. Berlurot. — Pardon... Pardon !... c'est justement parce-
qu'ils ne possèdent rien qu'ils doivent avoir le droit d'essayer
de posséder quelque chose.

M Grouindet, avec chaleur. — Ah! le grand mot est lâché I..
c'est là que je vous attendais!... le voilà donc démasqué ce fa-
meux programme : la lutte entre celui qui n'a rien et celui qui a
quelque chose!...

M. Berlurot, s'échauffant. — Ah! vous êtes agaçant, vous,
avec vos phrases apprises par cœur dans le Gaulois I... Qu'est-ce
qui vous parle de chercher à prendre ee qui ne nous appartient
pas, je dis seulement...

Madame Berlurot. — Mon ami, je t'en prie, ne parle plus
politique... tu sais que le lendemain tu as toujours une indiges-
tion.

M. Dupépin. — Enfin, mot., je reviens toujours à mes mou-
tons : on aura raison de nettoyer un peu le suffrage universel
qui, en somme, ne nous a jamais fait que des bêtises.
M. Berlurot. — Eclairez-le, il n'en fera plus I
M. Baymond. — Hé, mon Dieu !... éclairez-le... éclairez-le...
c'est une rengaine ça, la preuve c'est que C'est justement dans
les grandes villes où le peuple est le plus instruit que l'on vote
de la manière la plus détestable:
M. Grouindet. — C'est très-vrai.

M. Berlurot — Permettez... la plus détestable à votre point
de vue... pas au mien. Si les légumes n'avaient pas voté oui en
1852 et en 1869, nous aurions encore l'Alsace et la Lorraine.

M. Grouindet. — Ah ! oui, parions-en... quand l'on sait au
contraire que ce sont vos républicains qui ont fait tout le mal.
Sans eux nous aurions encore l'Empire qui nous a donné vingt

ans de calme et de richesse.

Madame Grouindet, à sera mari.—Mon ami, ne t'échauffe pas
tant, tu as déjà le sang à la tête.

Elle lui prépare un grog froid.

M. Grouindet, lui prenant des mains le carafon au cognac.—
Tu sais bien quej'aime mieux l'eau-de vie à part.
Il boit un petit verre et laisse l'eau sucrée.
M. Dupépin. — Enfin, vous ne pouvez nier qu'il y ait de.s
réformes à apporter dans le suffrage universel : Ainsi, par
exemple, on parie d'un article qui n'accordera le droit de voter
qu'aux citoyens ayant un an de résidence. Quoi de plus juste?.,.
L'opinion des gens qui ne peuvent pas tenir en place et, qui dé^
ménagent tous les six mois n'a auoune espèce d'importance.

M Berlurot. —Pourquoi donc ça?... Est-ce que les travail-
leurs, les artistes qui voyagent n'ont pas au contraire plus
d'acquis, plus d'expérience, des choses que les culs de plomb
qui s'enrichissent sur place pendant vingt-cinq ans.

Mme Berlurot. — Mon ami... je t'assure que tu vas te faire
du mal en t'échauffant ainsi. En rentrant tu sens obligé de
mettre tes pieds à l'eau,

M. Dupépin. — Est-ce que c'est pour moi que vous dites ça,
Berlurot?... parce que je suis établi rue du Mail depuis 1841 !...
Mon opinion vaut la vôtre, entendez-vous... quoique vous ayez
roulé votre bosse un peu partout et fait tous les métiers...

Madame Dupépin. — Voyons Anthenor... calme-toi... Tu
sais bien que tu es très, nerveux et que les diseussions politi-
ques ne te valent rien.

M. Baymond. — Moi, je suis de l'avis de Dupépin.,, Je vou-
drais qu'il n'y eût que les gens posés qui pussent voter. .
Aussi, j'appuie le projet dont il est question, de ne permettre
d'être électeurs qu'aux hommes ayant atteint vingt->cinq ans
révolus... Encore, je trouve que c'est bien jeune!...

M. Berlurot. —Voyez-vous cal... Pourquoi pas quarante-
cinq ans?...

M. Baymond. — Avant de prononcer sur les choses qui in-
téressent le pays, ilfaut que les hommes soient rassis et mûrs;
je ne sors pas de là,,,

Madame Raymond. —- Je t'en prie Gaston... ne t'emporte

pas... tu sais ce que le médeoin t'a dit hier pour ton catarrhe...

M. Berlurot, — Rassis! mûrs!... Reste à savoir à quel âge

un homme est mûr et surtout à quel âge il commence à être

blet,

M. Raymond.— Je ne réponds pas aux personnalités bles-
saLtes. M. Berlurot veut sans doute faire allusion à mon âge.
En tous cas, si j'ai cinquante-neuf ans, j'ai du moins la con-
solation de ne pas avoir laissé le vice flétrir mes premières
années. Alors que M. Berlurot, qui a Vingt ans de moins que
moi, avait déjà culotté des pipes, j'ignorais encore l'odeur du
tabac et le goût du vin pur, (S'animnnt) A vingt-huit ans, je
me suis marié et je m'en fais gloire, j'étais encore....
Mm0 Raymond. — Assez, Gaston... assez...
M. Berlurot. — Je vous en fais mon compliment, monsieur
Raymond; seulement, je persiste dans mon dire : les hommes de
vingt ans que l'on trouve bons pour être soldats doivent être
bons pour être électeurs; et, si l'on décide qu'un citoyen de vingt-
quatre ans et demi est trop jeune pour voter, je demandé qu'à
cinquante on le trouve trop vieux.

Cet argument triomphant paraît plaire aux dames qui, en
général, ont sur les hommes de cinquante ans, comparés à ceux
de vingt-quatre, des opinions intimes très arrêtées.

M Grouindet. — Quant à moi, je trouve que l'on fera bien
d'éliminer des listes électorales tous les citoyens qui ne paient
pas une certaine somme d'impôts... Il est riiicule qu'une na-
tion aussi riche que la France soit gouvernée par des gens qui
ne possèdent rien du tout.

M. Dupépin. i» Ça, o'est très-juste... On ne me fera jamais
croire que moi, qui ai quinze mille livres de rente, je ne suis
pas plus intéressé à choisir un bon gouvernement que celui qui
vit de son travail au jour le jour.

M. Berlurot. — Nous sommes d'accord à 'cette nuance près
que, s'il faut absolument éliminer du suffrage universel une ca-
tégorie de citoyens, il vaut incontestablement mieux que ce
soit celle des gens qui n'ayant rien à désirer n'ont aucun désir
d'améliorer quelque chose.

Monsieur Dupépin, bondissant sur sa chaise. —. Berlurot!...
ce n'est pas du sang que vous avez dans les veines... c'est du pé-
trole.

Madame Oupépin. — Anthenor... je t'eu conjure au nom de
nos enfants!... ne t'emporte pas ainsi... tu es tout bleu.

Elle trempe sa serviette dans un verre d'eau et la lui appliqué
sur les tempes, en le faisant se rasseoir.

M. Berlurot. — Je ne vois pas ce que ma proposition a de
si épouvantable... Quand l'on veut améliorer un système quel-
conque, qui est reconnu défectueux, si l'on ne demande l'avis
que de ceux qui n'en soffrent pas, on n'améliorera jamais rien.
M. Grouindet. — Avec ça, qu'il est encore propre, votre
suffrage universel, qui donne le même droit à l'académicien et
à l'individu qui ne sait pas lire.
M. Berlurot. —<■ Sur ce point, vous n'avez peut-être pas

tout à fait tort, M, Grouindet__ Je ne m'opposerais pas à ce

que l'on privât de leur droit électoral les gens qui ne savent ni
lire ni écrire; à la condition, toutefois, que cette ignorance fût
de leur faute. Donnez-leur les moyens de s'instruire avant de
les punir de ne pas l'avoir fait.

M. Raymond — Sornettes que tout cela... le peuple en
sait toujours assez... ce qui lui manque c'est la foi religieuse.

M. Berlurot. — Ah!... oui au fait... il y a longtemps que
nous n'en avions parlé. Tenez, messieurs, vonlez-vous que je
vous dise : Eh bien ! vous n'êtes pas plus partisans que moi, au
fond, de la restriction du suffrage universel.
Récriminations de MM. Raymond, Grouindet et Dupépin.
M, Berlurot. — Je le soutiens; vous ne voulez ôter du suf-
rage universel que ce qui vous gêne chacun en particulier.
Qu'on en enlève d'abord l'élément républiéain, vous serez tous
trois aux anges. Quitte à vous disputer après, entre vous, poul-
ie mutiler de nouveau chacun à votre profit.

M. Raymond, qui soupire après le retour de son Chambord,
voudrait que l'on rayât des listes électorales tous les citoyens
qui ne vont pas à la messe. M. Grouindet voudrait que l'on ne
conservât le droit électoral qu'aux paysans qui croient encore
qu"à Sedan on a été obligé d'attacher l'empereur après un arbre
pour l'empêcher d'aller se faire tuer. M. Dupépin, lui, ne voit
qu'une chose, l'Internationale, qui doit, selon lui, partager se..

quinze mille francs de rente en quarante millions de parts, ce
qui le porte à fixer le cens électoral à douze cents francs de con-
tribution. Si chacun de vous enlevait du suffrage universel ce
qui le gêne, il n'en resterait pas; aussi n'en enlèvera-t-on rien
du tout et l'on fera bien, car il est piteux de voir des sens
d'ordre persister à enfiler de nouveau la route qui nous a déjà
menés plusieurs foieen plein désordre ; en février 1848 et le 31
mai 1850.

M. Raymond.— Ah ! ah! une menace 1...

M. Grouindet — Ces républicains [...toujours la violence.

K. Cupepin, aveo vigueur.— Eh ! bien soit... noua écrase-
rons de nouveau l'hydre de l'anarchie !... je suis prêt à com-
battre comme en juin 48.

M», flujiépin.- Anthenor... de grâce, te voilà cramoisi
les yeux te sortent de la tète, et tu vas avoir une attaque

Elle lui flanque un rigollot derrière l'oreille.

On passe au salon. La séance coatinue ; mais c'est toujours
la même chose.

LÉON BIENVENU.

SONNETS-SILHOUETTES

in
le r>RirsroE napoléon

11 reparaît donc, ce vampire
Faux philosophe et vrai cafard,
Qui guignait à droite l'Empire,
Tout en posant au Montagnard?

Ah! nous tombions de mal en pire,
Du Cousin s'il eût pris la part :
Certes, il serait — devenu Sire, —
Plutôt Troppmann que Dumolard.

Par bonheur l'atteint la colique,
Dans le danger, dès qu'il se pique
D'être aigle, — lui, caméléon! —

En vain sur son Oncle il se juche :
Il choît, Bonaparte-Baudruche,
Jérôme — et non Napoléon.

Jules Cauvain.

U VRAIE-BALLE

(schisme)

Nul n'ignore aujourd'hui ce que c'est que le culte delà y nie-
Planche.

Depuis 1852 ;

« On en a parlé, sous les pontons, bien longtemps. »

11 faisait suit» à (a Vénération de la Vraie-Ooix.

Plus connus sous le nom de Décembraillards, les apôtres du
Neveu de ('Somme, chacun d'eux muni d'un fragment de hv
sainte volige que l'échappé de Ham portait sur l'épaule eu
quittant son enceinte fortifiée, acceptèrent autrefois la mission
de parcourir la France et de seconder le nouveau Messie, des
pieds et surtout des mains.

Cet apostolat, facile à suivre en secret et même en voyage,
leur rapporta beaucoup plus de trente mille livres de rente.

Car il vaut mieux s'accrocher à un prétendant que de cultiver
l'art d'élever des lapins; chacun sait ça.

Aujourd'hui les sectaires de la Vraie-Planche, repoussés de
partout, à coups de pied dans leur Sedan, et d'ailleurs décimés
par là justice divine, qui vient lentement, il est vrai, mais qui
vient, essayent de relever les autels détruits et de faire fumer
l'encens de nouveau au nez de l'Auguste Absent!

Ils ont établi leur prêche sur le boulevard des Capucines, dans
un eafé.

Et leur devise à présent, que tout le monde devine, c'est :

— « L'Empire, c'est le café de la Paix !

Mais les Morny et autres Maupas ne sont plus là pour met-
tre le sabre à la pâte 1

Hélas I aussi leurs affaires marchent d'un pas de tortue. Cà
ne va pas fort, pas fort du tout. Et puis, les membres de la
vraie-planche n'ont plus la foi des beaux jours. Us doutent.
L'attitude renversante de la Corse les a aplatis, comme plomb
au laminoir.

Bref, les vieillards du boulevard des Capucines sont sénato-
rialement embêtés,

Sur ces entrefaites, les jeunes gens, les fils des morts, les
partisans tout frais achetés, les nouveaux convertis, etc., etc.,
s'impatientent et reprochent aigrement aux aînés qui survi-
vent, leur lenteur et leur temporisation.

— A quand le coup de chien? disent-ils sans cesse, entre
leurs dents déjà longues et bonnes pour la curée.

C'est en vain que le Persigny leur demande un peu de calme
et de fidélité à l'Ancien.

Les jeunes zélateurs de la Vraie-Planche n'entendent pas ■ de
cette oreille là.

Us s'agitent. Ils se voient. Ils complotent. Ils traversent le
détroit. Eugénie leur brode des écharpes. Louis leur serre la
main, et leur distribue des morceaux du projectile innocent
qu'il a ramassé à Saarbruck.

— Toutpour la Vraie-Planche\ s'écrient lesvieux de la Vieille,
à leur retour.

— Tout pour la Vraie-Balle ! hurlent les jeunes gens, qui
jettent le masque.

La fraie-Balle !

Tel est le nom du Schisme qui vient d'éclater dans la religion
bonapartiste.
Désormais, la Vraie-Planche et la Vraie-Balle, réunies pour le

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