2
l'éclipsé
PRIHE-S fiE L'ECLIPSE
1" PKIMK : LA HEVàjW SEï
L'idée qui fait bouillonner les cerveaux, l'espoir qui fait
bondir les cœurs ont pris, — Binon un corps, — un buste !...
La Revanche vit désormais, — d$Mi le marbre et le stuc, —
celui-at popularisant celui-là I
Un artiste a pétri pour nous cette image de nos rêves,
L'Éclipse offre à ses abonnés la statuette de la Revanche.
Chacun voudra avoir cette figure sous les jeux.
La statuette de la Revanche., avec soa piédestal, priée dans
nos bureaux : 6 francs ; emballée avec soin et prête à être ex-
pédiée : 1 francs.
Le port reste à la chargt au destinataire.
2« PRIME S Album do la LUNE et de rECLIPdK
Cent dessins les plus célèbres de Gill, réduits au moyen d'un
procédé graphique tout nouveau, formant un album élégant
et portatif.
Les dessins ainsi reproduits sont d'une délicatesse et d'une
fidélité parfaite, et de plus on les a finement.coloriés.
Le prix de l'Album, pris au bureau, est de 6 franess. (Ajouter
1 franc pour le recevoir franco dans les départements.)
Dans quelques jours, nous mettrons à la disposition
des collectionneurs qui voudraient faire relier la cin-
quième année de YEcUpse, un frontispice et une table
des matières pour 1872. — Prix :30 centimes.
AU PALAIS DE LA... PÉNITENCE
Nous sommes en carême.
La scène se passa dans les profondeurs de cet édifice ver-
saillais qu'on appelle communément le palais de la présidence,
et que M Thiers a qualifié dans son dernier discours, bien in-
volontairement, a-t-il ajouté, — de palais de la.. Pénitence.
C'est l'heure du repas quotidien.
Repas maigre, et composé de deux assiettées de mollusques
bivalves.
Deux assiettées, qui me semblent en contenir, Dieu me par-
donne ! — deux douzaines complètes.
Vingt-quatre huîtres; oui, voilà le compte exact.
Mais le Chef du pouvoir exécutif semble indiquer d'un
doigt étonné, qu'il s'attendait à un autre total.
En attendait-il donc trente ? — La force de l'habitude !
C'est — bien involontairement — que ce nombre de trente
me vient à l'esprit. Et ie ne voudrais pas, oh, non ! qu'on vît là
une allusion téméraire à un groupe de législateurs que... qui...
enfin un groupe... t
Loin de moi cette pensée !
Sinon, quels noms donnerais-je aux six huîtres qui font dé-
faut devant l'illustre homme d'Etat, à ces huîtres que M. Thiers
ne sera pas forcé d'avaler.
Sont-ce les huîtres de l'opposition ?
Je ne me permettrai pas de sonder ce mystère !
Mais, enfin, que devons-nous conclure du geste interroga-
teur de M. Thiers ?
Dit-il au garçon qui le sert : — « Le nombre trente m'est
cher ; il me faut mes trente ? »
Ou bien, lui dit-il, en souriant :
— « Garçon, chez moi, je n'aime pas qu'on me serve des cho-
ses qui me rappellent... des gens respectables, assurément,
mais d'un esprit borné !...
Qui le saura jamais 1
C'est au publie à se demander ce qui peut bien se passer
dans la tête du grand citoyen que la France a vingt-sept fois
élu, — quand on apporte devant lui des huîtres, jusque dans
les profondeurs du palais de la Péniteace.
Le cousin Jacques.
UNE SÉANCE SECRÈTE
de l'internationale
Soyez sans crainte, lecteurs, il ne s'agit pas de l'Interna-
tionale que vous croyiez ; mais de l'autre.
De l'autre, beaucoup plus vraie, beaucoup plus dangereuse,
de celle que les lois ne peuvent atteindre puisque les lois sont
faites par ceux qui en font partie.
De l'Internationale des souverains, en un mot.
» > ■ .
Émus des conséquences que pourraient avoir pour eux cer-
tains événements qui viennent de se produire en Europe, s'ils
Se renouvelaient, les affiliés de cette puissante Société vien-
nent de se réunir.
Il s'agissait pour eux, d'examiner la situation dangereuse
qui leur est faite depuis quelque temps.
Et de prendre des décisions suprêmes pour arrêter le mal.
L'Éclipsé, qui a des agents partout, a pu se procurer le pro-
cès-verbal exact de cette séance intéressante, dans laquelle
ont été prises des déterminatiuns dont la gravité n'échappera
à personne.
Nous laissons la parole à notre sténographe.
La séance est ouverte à minuit précis.
Tous les souverains d'Europe sont présents en grand cos-
tume.
Seulement, ce sont des costumes étrangers.
Par politesse internationale, le czar s'est habillé en géné-
ral prussien, Guillaume en colonel russe, François-Joseph en
amiral anglais, Victoria en couturière belge, Léopold en tam-
bour-major italien, Victor-Emmanuel en capitaine de cosaques.
Le fauteuil de la présidence est occupé par l'empereur d'Al-
lemagne.
Assistent également à la séance, les souverains ea disponi-
bilité qui ont été convoqués pour prendre part à la discussion
à laquelle ils sont aussi très intéressés.
La reine Isabelle cause, amicalement avec le jeune Acaédée,
Et l'impératrice Eugénie, accompagnée du jeune Véloci-
pède IV, se lait offrir des bonbons par Orelie Il,r, ex-roi d'*.rau-
canie.
A minuit cinquante, après avoir consulté une superbe montre
dont il serait peut-être bien embarrassé de montrer la facture
acquittée, le président Guillaume prend la parole :
Le Président Guillaume.—Chers cousins, chères cousines!..
Des événements très importants pour nous tous, ont rendu
cette réunion indispensable.
Depuis quelques années souffle sur les trônes un vent dont
l'âpreté et la persistance ne peuvent que nous être très désa-
gréables-
La.reine Isabelle. — Parfaitados !...
Le président Guillaume. — Eu dépit de nos efforts coura-
geux pour envelopper nos peuples dans une vaste et solide
toile d'araignée que nous tissons laborieusement en entre-
mariant nos fils, nos neveux, nos filles et nos nièces, les peu-
ples se montrent de plus en plus impatients du joug légitime
que nous voulons leur imposer.
François-Joseph. — Ya, ya!... -drès pien tit !...
Le président Guillaume . — En vain nous nous efforçons
de resserrer les liens qui nous unissent entre souverains ; en
vain nous nous comblons réciproquement d'invitations à dî-
ner et de décorations ; en vain nous nous donnons mutuelle-
ment des titres et des grades dans nos armfiSs ; en vain mon
cousin le czar m'a fait général russe ; en vain je l'ai fait colo-
nel prussien ; en vain je suis fait chef d'escadron autrichien
par mon bien-aimé François-Joseph ; en vain je l'ai mis à la
tôie d'un de mes régiments de mes cuirassiers jaunes... Ri^n
n'y fait !... L'esprit révolutionnaire gagne, et plus les rois af-
fectent d'être bien ensemble et de s'entr'aider afin de mieux
résister à la démagogie, plus nos peuples, par fin sentiment
de bravade insolente, affichent la prétention criminelle de se
rapprocher pour saper notre autorité 1...
Victoria. — Goddam !... Le beautifui langage. :
Le président Guillaume. — De toutes parts nous som-
brons ; à chaque instant un de nos trônes craque i... Il n'est
que temps de rechercher les causes de cette débâcle et de
l'arrêter.
Les causes !... elles lie sont pas difficiles à trouverait c'est
pour vous indiquer la principale que nous vous avons réunis,
v Si ceux de nous qui sont encore aujourd'hui sur leur trône
veulent échapper au désagrément de s'en voir flanquer à ba?,
ils n'ont qu'à rechercher comment cet accident est arrivé aux
autres.
Isabelle et Eugénie rougissent.
Le président Guillaume. — Pour ne parler que de l'exem-
ple le plus récent, je vous signalerai le détrônement de ce
galopin d'Amédée ici présent
Amédée,.se tèvihï vivement . — Permettez, permettez !.,. Dé-
trônement volontaire.
Lr «président Guillaume, sévèrement. —Je le sais fichtre
bien, jeune polisson !..• et c'est justement ce dont je me plains.
Amédée. — Cependant; sapristi J... j'étais bien libre de m'en
aller d'un endroit où personne ne voulait de moi!...
Le président Guillaume. — C'est ce qui vous trompe, petit
monarquiilon en pain d'épicesl... On n'est pas libre à soi tout
seul, entendez-vous, de gâcher un bon métier dont d'autres
vivent ; et si j'avai3 été monsieur ton père, je t'aurais ...
Viltor-Emmanuel.—- Olu... cher cousin, je lui ai dit tout ce
que je pouvais lui dire... Cet enfant-là fera le désespoir de ma
vieillesse.
Le président Guillaume. — Cest que vous l'avez.mal élevé ,
voilà tout i... Il n'y a qu'à voir si mon Fritz me ferait un tour
pareil I. . Si je lui disais : Demain tu vas aller régner sur l'Es-
pagne, il irait et n'en reviendrait que lorsque je le lui aurais
permis.
Orelié, timidement. — Je prendrai pourtant la liberté de
faire observer à l'honorable président que souvent on ne fait
pas ce que l'on veut sur un trône. Ainsi, moi, par exemple,
je....
. Le président Guillaume. — Oh i... vous... ça ne compte
pas... vous n'êtes qu'une panadel...
Amédée. — Mais pourtant... que vouliez-vous que je fisse ? ..
A moins de faire mitrailler la moitié des Espagnols pour ré-
gner sur l'autre, je ne pouvais rester là-bas...
Le président Guillaume — C'est laque je vous attendais.-.
Je le disais bien que votre père vous avait élevé comme un
quincaillier!... Ah! vous en êtes encore aux fadaises de la pitié
pour le peuple!... Ëh bien, c'est du propre i... (S'aâressant à
Victor-Emmanuel, avec véhémence) : Ah ! ça, voyons , décidé-
ment, mon croûton de cousin, est-ce que c'est vous qui avez
inculqué ces principes déplorables à ce jeune drôle?
Victor-Emmanuel, un peu embarrassé. — J'avoue que le
sang de mes sujets...
Le Président Guil-atjme, débordant de colère. — Taisez-
vous!... j'en ai assez!... Je ne m'étonne plus maintenant si
nous courons tous à notre perte avec une éducation pareille !...
Voulez-vous que je vous dise!... Eh bien, Vous nous mènerez
tous à Chislehurst avec votre sensibilité imbécile!... Il ne
faut pas être bien malin pour prévoir que si les rois se laissent
redemander leur tablier sans massacrer au moins un tiers de
la population, la population se fera un jeu de nous redemander
tous nos tabliers !... Et nous y sauterons tous !...
Le Czar. — Mille millons de consommés à la chandelle !...
C'est bien parlé !...
Le Président Guillaume- — Aussi, c'est pour conjurer les
immenses dangers auxquels nous exposent les naïfs. . (je tour-
nant v¥>s Amédée qu'il foudroie du regard) les gâte-métier, que
je viens vous proposer de voter, seanee tenante, la résolution
suivante qui sera pour nous t°us ua engagement d'honneur.
« Les souverains réunis en congres solennel, jurent sur tout
« ce qu'ils ont de plus sacré au monde, c'est-à-dire sur leur
« liste civile, de ne pas se laisser détrôner et de ne pas quitter
« leurs États avant d'avoir falt tuer un- nombre raisonnable de
« leurs sujets.
« Ce nombre pourra dépasser cent cinquante mille ; mais il
« ne pourra jamais être moindre de douze mille cinq -cents
« même pour les plus petits royaumes ».
Cette proposition excite un vioîeift enthousiasme. Tor les
souverains en activité ou sans solde, se lèvent comme un seul
homme et étendent la main pour prêter serment.
Orelie,-roi d'Araucanie. — Pardon, monsieur le Président...
mais j'ai un scrupule...
Le Président Guillaume,avec humiur. — Ah!... voilà eniore
de sales habitudes pour un monarque.
Orelie. — J'ai une crainte, si vous aimez mieux. Comme
d'un jour à l'autre, je puis reconquérir ma couronne, et que
mes sujets ne sont que douze mille cinq cent onze, si je m'en-
gage à en faire tuer douze mille cinq cents pour conserver
mon trône, il ne m'en restera plus que onze... et ça n'en vaudra
peut-être plus beaucoup la peine...
Le Président Guillaume, avec autorité. — Apprenez, mon-
sieur mon cousin, que ça en vaut toujours la peine... pour le
principe. Je le répète : c'est votre mollesse qui nous perd!...
Un souverain qui se respecte .brûlerait Paris pour régner sur
Batignollesl... la séance est levée, allez!...
La foule des souverains s'écoule, munie des plus mauvaises
intentions.
Z'o&r sténographie conforme ■
LÉON BIENVENU.
_
1,'ABT D'EFFRAYER LES LAPINS
et
DE S'EN FAIRE BEAUCOUP PLUS
Trois mille livres dt renies
N'en déplaise à l'auteur de la brochure célèbre: L'ari d'élever
les lapins, et de s'en faire trois mille livres de rente, élever des la-
pins est un art, att prix où est la carotte, qui, comme la poésie,
rapporte seulement de la gloire à notre époque.
Un proverbe latin (ne pas imprimer lapin), le dit parfaite-
ment : honos alil artes.
Mais si« l'honneur nourrit les arts, » il les nourrit bien mal,
avouons-le.
C'est à se croire au bouillon Duval.
Et il n'y a guère que les poètes qui puissent se déclarer sa-
tisfaits de cet ordinaire.
Quant aux éleveurs de lapins, qui sont gens pratiques, ils
ont compris depuis un bout de temps qu'ils devaient chercher
de meilleurs moyens de faire fortùne/^^R
Abandonnant donc les lapins, la plupart se sont mis à exercer
toute serte de métiers plus ou moins honnêtes, sociétés indus-
trielles ou autres, mais qui leur rapportent en somme infini-
ment plus que de distribuer le pain et le son aux rongeurs sus
dénommés.
D'autres, après avoir mûrement réfléchi, sont entrés dans la
presse réactionnaire.
Histoire de ne pas abandonner complètement la « feuille de
chou. »
Et au lieu de pratiquer l'élevage des lapins, il ont alors bril-
lamment inauguré l'art de semer la terreur dan3 l'âme des êtres
timides qui dévorent les feuilles en question.
C'est ce que nous appelons : Part d'effrayer les lapins.
Excellent métier ! car les lapins sont en grand nombre dans
le clapier français, et ils sont en outre très-prolifiques.
Or, l'effrayeur de lapins, homme intelligent, est devenu gras
rapidement, et ses paroles sont cruss maintçnaat comme des
actes de foi.
Mais touchons quelques mots de cet art fructueux.
L'article premier du manuel de l'effrayeur de lapins est le
suivant : Mentir effrontément et ne s'arrêter qu'à la limite que
défi nd de franchir ce Chérubin conciliant, appelé la Loi sur les
fausses nouvelles.
Très-dur pour les républicains, ce Chérubin, armé d'une épée
flamboyante, ferme les yeux, et surtout les oreilles, quand il
s'agit de lapins effrayés par les « honnêtes gens ».
Si l'effrayeur de lapins dit, par exemple : « Hier, à Barcelone,
on a fait rôtir deux mille personnes sur la place publique, »
le Chérubin sour.t et ne dit mot.
Mais quand quelqu'un s'écrie: « Bazaine a capituléI » Le
Chérubin (nous l'avons vu pendant le siège) se met en colère
et traite ceux qui donnent cette nouvelle de bandits payés
par la Presse.
Mais oublions le passé. L'effrayeur de lapins jouit surtout,
depuis deux ans, de la considération générale, "f •
Ses articles : ont des ora-des et il les vend à un nombre
énorme d'exemplaires.
Souvent il est pris en faute. Des communiqués, des rectifi-
cations, lui tombent à verse snr la tête. Mais loin d'affaiblir
son autorité, les démentis qu'il reçoit sont regardés par ses
lecteurs, comme des « penécutions » du gouvernement républi-
cain.
Et le journal de l'effrayeur de lapins en est plus consolidé
que jamais.
Jadis le drapeau rouge était la plus belle des ressources de
l'effrayeur de lapins. Aujourd hui, l'Internationale est pour lui
une véritable mine ; un placer toujours abondant ; une affaire
transcontinentale féconde.
Si VInternationale n'existait pas, il mourrait de faim, le pau-
vre homme.
Quand les élections partielles montrent que le pays voit clair,
et ne veut plus envoyer à la Chambre les centenaires qui tirent
le pays à trois monarchies, l'effrayeur s'écrie :
— La main de l'Internationale est là ! Tout est perdu !
Il n'y a guère, l'effrayeur de lapins s'efforçait d'insinuer que
M*. Thiers lui-même, ce républicain par nécessité, — « s'ap-
» puyait sur la gauche, donnait la main aux rOuges, pactisait
» avec l'émeute,... et qui sait ? obéissait peut-être à l'Interna-
it twnale ! >
Et les lapins de trembler, en rond, dans leurs terriers.
l'éclipsé
PRIHE-S fiE L'ECLIPSE
1" PKIMK : LA HEVàjW SEï
L'idée qui fait bouillonner les cerveaux, l'espoir qui fait
bondir les cœurs ont pris, — Binon un corps, — un buste !...
La Revanche vit désormais, — d$Mi le marbre et le stuc, —
celui-at popularisant celui-là I
Un artiste a pétri pour nous cette image de nos rêves,
L'Éclipse offre à ses abonnés la statuette de la Revanche.
Chacun voudra avoir cette figure sous les jeux.
La statuette de la Revanche., avec soa piédestal, priée dans
nos bureaux : 6 francs ; emballée avec soin et prête à être ex-
pédiée : 1 francs.
Le port reste à la chargt au destinataire.
2« PRIME S Album do la LUNE et de rECLIPdK
Cent dessins les plus célèbres de Gill, réduits au moyen d'un
procédé graphique tout nouveau, formant un album élégant
et portatif.
Les dessins ainsi reproduits sont d'une délicatesse et d'une
fidélité parfaite, et de plus on les a finement.coloriés.
Le prix de l'Album, pris au bureau, est de 6 franess. (Ajouter
1 franc pour le recevoir franco dans les départements.)
Dans quelques jours, nous mettrons à la disposition
des collectionneurs qui voudraient faire relier la cin-
quième année de YEcUpse, un frontispice et une table
des matières pour 1872. — Prix :30 centimes.
AU PALAIS DE LA... PÉNITENCE
Nous sommes en carême.
La scène se passa dans les profondeurs de cet édifice ver-
saillais qu'on appelle communément le palais de la présidence,
et que M Thiers a qualifié dans son dernier discours, bien in-
volontairement, a-t-il ajouté, — de palais de la.. Pénitence.
C'est l'heure du repas quotidien.
Repas maigre, et composé de deux assiettées de mollusques
bivalves.
Deux assiettées, qui me semblent en contenir, Dieu me par-
donne ! — deux douzaines complètes.
Vingt-quatre huîtres; oui, voilà le compte exact.
Mais le Chef du pouvoir exécutif semble indiquer d'un
doigt étonné, qu'il s'attendait à un autre total.
En attendait-il donc trente ? — La force de l'habitude !
C'est — bien involontairement — que ce nombre de trente
me vient à l'esprit. Et ie ne voudrais pas, oh, non ! qu'on vît là
une allusion téméraire à un groupe de législateurs que... qui...
enfin un groupe... t
Loin de moi cette pensée !
Sinon, quels noms donnerais-je aux six huîtres qui font dé-
faut devant l'illustre homme d'Etat, à ces huîtres que M. Thiers
ne sera pas forcé d'avaler.
Sont-ce les huîtres de l'opposition ?
Je ne me permettrai pas de sonder ce mystère !
Mais, enfin, que devons-nous conclure du geste interroga-
teur de M. Thiers ?
Dit-il au garçon qui le sert : — « Le nombre trente m'est
cher ; il me faut mes trente ? »
Ou bien, lui dit-il, en souriant :
— « Garçon, chez moi, je n'aime pas qu'on me serve des cho-
ses qui me rappellent... des gens respectables, assurément,
mais d'un esprit borné !...
Qui le saura jamais 1
C'est au publie à se demander ce qui peut bien se passer
dans la tête du grand citoyen que la France a vingt-sept fois
élu, — quand on apporte devant lui des huîtres, jusque dans
les profondeurs du palais de la Péniteace.
Le cousin Jacques.
UNE SÉANCE SECRÈTE
de l'internationale
Soyez sans crainte, lecteurs, il ne s'agit pas de l'Interna-
tionale que vous croyiez ; mais de l'autre.
De l'autre, beaucoup plus vraie, beaucoup plus dangereuse,
de celle que les lois ne peuvent atteindre puisque les lois sont
faites par ceux qui en font partie.
De l'Internationale des souverains, en un mot.
» > ■ .
Émus des conséquences que pourraient avoir pour eux cer-
tains événements qui viennent de se produire en Europe, s'ils
Se renouvelaient, les affiliés de cette puissante Société vien-
nent de se réunir.
Il s'agissait pour eux, d'examiner la situation dangereuse
qui leur est faite depuis quelque temps.
Et de prendre des décisions suprêmes pour arrêter le mal.
L'Éclipsé, qui a des agents partout, a pu se procurer le pro-
cès-verbal exact de cette séance intéressante, dans laquelle
ont été prises des déterminatiuns dont la gravité n'échappera
à personne.
Nous laissons la parole à notre sténographe.
La séance est ouverte à minuit précis.
Tous les souverains d'Europe sont présents en grand cos-
tume.
Seulement, ce sont des costumes étrangers.
Par politesse internationale, le czar s'est habillé en géné-
ral prussien, Guillaume en colonel russe, François-Joseph en
amiral anglais, Victoria en couturière belge, Léopold en tam-
bour-major italien, Victor-Emmanuel en capitaine de cosaques.
Le fauteuil de la présidence est occupé par l'empereur d'Al-
lemagne.
Assistent également à la séance, les souverains ea disponi-
bilité qui ont été convoqués pour prendre part à la discussion
à laquelle ils sont aussi très intéressés.
La reine Isabelle cause, amicalement avec le jeune Acaédée,
Et l'impératrice Eugénie, accompagnée du jeune Véloci-
pède IV, se lait offrir des bonbons par Orelie Il,r, ex-roi d'*.rau-
canie.
A minuit cinquante, après avoir consulté une superbe montre
dont il serait peut-être bien embarrassé de montrer la facture
acquittée, le président Guillaume prend la parole :
Le Président Guillaume.—Chers cousins, chères cousines!..
Des événements très importants pour nous tous, ont rendu
cette réunion indispensable.
Depuis quelques années souffle sur les trônes un vent dont
l'âpreté et la persistance ne peuvent que nous être très désa-
gréables-
La.reine Isabelle. — Parfaitados !...
Le président Guillaume. — Eu dépit de nos efforts coura-
geux pour envelopper nos peuples dans une vaste et solide
toile d'araignée que nous tissons laborieusement en entre-
mariant nos fils, nos neveux, nos filles et nos nièces, les peu-
ples se montrent de plus en plus impatients du joug légitime
que nous voulons leur imposer.
François-Joseph. — Ya, ya!... -drès pien tit !...
Le président Guillaume . — En vain nous nous efforçons
de resserrer les liens qui nous unissent entre souverains ; en
vain nous nous comblons réciproquement d'invitations à dî-
ner et de décorations ; en vain nous nous donnons mutuelle-
ment des titres et des grades dans nos armfiSs ; en vain mon
cousin le czar m'a fait général russe ; en vain je l'ai fait colo-
nel prussien ; en vain je suis fait chef d'escadron autrichien
par mon bien-aimé François-Joseph ; en vain je l'ai mis à la
tôie d'un de mes régiments de mes cuirassiers jaunes... Ri^n
n'y fait !... L'esprit révolutionnaire gagne, et plus les rois af-
fectent d'être bien ensemble et de s'entr'aider afin de mieux
résister à la démagogie, plus nos peuples, par fin sentiment
de bravade insolente, affichent la prétention criminelle de se
rapprocher pour saper notre autorité 1...
Victoria. — Goddam !... Le beautifui langage. :
Le président Guillaume. — De toutes parts nous som-
brons ; à chaque instant un de nos trônes craque i... Il n'est
que temps de rechercher les causes de cette débâcle et de
l'arrêter.
Les causes !... elles lie sont pas difficiles à trouverait c'est
pour vous indiquer la principale que nous vous avons réunis,
v Si ceux de nous qui sont encore aujourd'hui sur leur trône
veulent échapper au désagrément de s'en voir flanquer à ba?,
ils n'ont qu'à rechercher comment cet accident est arrivé aux
autres.
Isabelle et Eugénie rougissent.
Le président Guillaume. — Pour ne parler que de l'exem-
ple le plus récent, je vous signalerai le détrônement de ce
galopin d'Amédée ici présent
Amédée,.se tèvihï vivement . — Permettez, permettez !.,. Dé-
trônement volontaire.
Lr «président Guillaume, sévèrement. —Je le sais fichtre
bien, jeune polisson !..• et c'est justement ce dont je me plains.
Amédée. — Cependant; sapristi J... j'étais bien libre de m'en
aller d'un endroit où personne ne voulait de moi!...
Le président Guillaume. — C'est ce qui vous trompe, petit
monarquiilon en pain d'épicesl... On n'est pas libre à soi tout
seul, entendez-vous, de gâcher un bon métier dont d'autres
vivent ; et si j'avai3 été monsieur ton père, je t'aurais ...
Viltor-Emmanuel.—- Olu... cher cousin, je lui ai dit tout ce
que je pouvais lui dire... Cet enfant-là fera le désespoir de ma
vieillesse.
Le président Guillaume. — Cest que vous l'avez.mal élevé ,
voilà tout i... Il n'y a qu'à voir si mon Fritz me ferait un tour
pareil I. . Si je lui disais : Demain tu vas aller régner sur l'Es-
pagne, il irait et n'en reviendrait que lorsque je le lui aurais
permis.
Orelié, timidement. — Je prendrai pourtant la liberté de
faire observer à l'honorable président que souvent on ne fait
pas ce que l'on veut sur un trône. Ainsi, moi, par exemple,
je....
. Le président Guillaume. — Oh i... vous... ça ne compte
pas... vous n'êtes qu'une panadel...
Amédée. — Mais pourtant... que vouliez-vous que je fisse ? ..
A moins de faire mitrailler la moitié des Espagnols pour ré-
gner sur l'autre, je ne pouvais rester là-bas...
Le président Guillaume — C'est laque je vous attendais.-.
Je le disais bien que votre père vous avait élevé comme un
quincaillier!... Ah! vous en êtes encore aux fadaises de la pitié
pour le peuple!... Ëh bien, c'est du propre i... (S'aâressant à
Victor-Emmanuel, avec véhémence) : Ah ! ça, voyons , décidé-
ment, mon croûton de cousin, est-ce que c'est vous qui avez
inculqué ces principes déplorables à ce jeune drôle?
Victor-Emmanuel, un peu embarrassé. — J'avoue que le
sang de mes sujets...
Le Président Guil-atjme, débordant de colère. — Taisez-
vous!... j'en ai assez!... Je ne m'étonne plus maintenant si
nous courons tous à notre perte avec une éducation pareille !...
Voulez-vous que je vous dise!... Eh bien, Vous nous mènerez
tous à Chislehurst avec votre sensibilité imbécile!... Il ne
faut pas être bien malin pour prévoir que si les rois se laissent
redemander leur tablier sans massacrer au moins un tiers de
la population, la population se fera un jeu de nous redemander
tous nos tabliers !... Et nous y sauterons tous !...
Le Czar. — Mille millons de consommés à la chandelle !...
C'est bien parlé !...
Le Président Guillaume- — Aussi, c'est pour conjurer les
immenses dangers auxquels nous exposent les naïfs. . (je tour-
nant v¥>s Amédée qu'il foudroie du regard) les gâte-métier, que
je viens vous proposer de voter, seanee tenante, la résolution
suivante qui sera pour nous t°us ua engagement d'honneur.
« Les souverains réunis en congres solennel, jurent sur tout
« ce qu'ils ont de plus sacré au monde, c'est-à-dire sur leur
« liste civile, de ne pas se laisser détrôner et de ne pas quitter
« leurs États avant d'avoir falt tuer un- nombre raisonnable de
« leurs sujets.
« Ce nombre pourra dépasser cent cinquante mille ; mais il
« ne pourra jamais être moindre de douze mille cinq -cents
« même pour les plus petits royaumes ».
Cette proposition excite un vioîeift enthousiasme. Tor les
souverains en activité ou sans solde, se lèvent comme un seul
homme et étendent la main pour prêter serment.
Orelie,-roi d'Araucanie. — Pardon, monsieur le Président...
mais j'ai un scrupule...
Le Président Guillaume,avec humiur. — Ah!... voilà eniore
de sales habitudes pour un monarque.
Orelie. — J'ai une crainte, si vous aimez mieux. Comme
d'un jour à l'autre, je puis reconquérir ma couronne, et que
mes sujets ne sont que douze mille cinq cent onze, si je m'en-
gage à en faire tuer douze mille cinq cents pour conserver
mon trône, il ne m'en restera plus que onze... et ça n'en vaudra
peut-être plus beaucoup la peine...
Le Président Guillaume, avec autorité. — Apprenez, mon-
sieur mon cousin, que ça en vaut toujours la peine... pour le
principe. Je le répète : c'est votre mollesse qui nous perd!...
Un souverain qui se respecte .brûlerait Paris pour régner sur
Batignollesl... la séance est levée, allez!...
La foule des souverains s'écoule, munie des plus mauvaises
intentions.
Z'o&r sténographie conforme ■
LÉON BIENVENU.
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1,'ABT D'EFFRAYER LES LAPINS
et
DE S'EN FAIRE BEAUCOUP PLUS
Trois mille livres dt renies
N'en déplaise à l'auteur de la brochure célèbre: L'ari d'élever
les lapins, et de s'en faire trois mille livres de rente, élever des la-
pins est un art, att prix où est la carotte, qui, comme la poésie,
rapporte seulement de la gloire à notre époque.
Un proverbe latin (ne pas imprimer lapin), le dit parfaite-
ment : honos alil artes.
Mais si« l'honneur nourrit les arts, » il les nourrit bien mal,
avouons-le.
C'est à se croire au bouillon Duval.
Et il n'y a guère que les poètes qui puissent se déclarer sa-
tisfaits de cet ordinaire.
Quant aux éleveurs de lapins, qui sont gens pratiques, ils
ont compris depuis un bout de temps qu'ils devaient chercher
de meilleurs moyens de faire fortùne/^^R
Abandonnant donc les lapins, la plupart se sont mis à exercer
toute serte de métiers plus ou moins honnêtes, sociétés indus-
trielles ou autres, mais qui leur rapportent en somme infini-
ment plus que de distribuer le pain et le son aux rongeurs sus
dénommés.
D'autres, après avoir mûrement réfléchi, sont entrés dans la
presse réactionnaire.
Histoire de ne pas abandonner complètement la « feuille de
chou. »
Et au lieu de pratiquer l'élevage des lapins, il ont alors bril-
lamment inauguré l'art de semer la terreur dan3 l'âme des êtres
timides qui dévorent les feuilles en question.
C'est ce que nous appelons : Part d'effrayer les lapins.
Excellent métier ! car les lapins sont en grand nombre dans
le clapier français, et ils sont en outre très-prolifiques.
Or, l'effrayeur de lapins, homme intelligent, est devenu gras
rapidement, et ses paroles sont cruss maintçnaat comme des
actes de foi.
Mais touchons quelques mots de cet art fructueux.
L'article premier du manuel de l'effrayeur de lapins est le
suivant : Mentir effrontément et ne s'arrêter qu'à la limite que
défi nd de franchir ce Chérubin conciliant, appelé la Loi sur les
fausses nouvelles.
Très-dur pour les républicains, ce Chérubin, armé d'une épée
flamboyante, ferme les yeux, et surtout les oreilles, quand il
s'agit de lapins effrayés par les « honnêtes gens ».
Si l'effrayeur de lapins dit, par exemple : « Hier, à Barcelone,
on a fait rôtir deux mille personnes sur la place publique, »
le Chérubin sour.t et ne dit mot.
Mais quand quelqu'un s'écrie: « Bazaine a capituléI » Le
Chérubin (nous l'avons vu pendant le siège) se met en colère
et traite ceux qui donnent cette nouvelle de bandits payés
par la Presse.
Mais oublions le passé. L'effrayeur de lapins jouit surtout,
depuis deux ans, de la considération générale, "f •
Ses articles : ont des ora-des et il les vend à un nombre
énorme d'exemplaires.
Souvent il est pris en faute. Des communiqués, des rectifi-
cations, lui tombent à verse snr la tête. Mais loin d'affaiblir
son autorité, les démentis qu'il reçoit sont regardés par ses
lecteurs, comme des « penécutions » du gouvernement républi-
cain.
Et le journal de l'effrayeur de lapins en est plus consolidé
que jamais.
Jadis le drapeau rouge était la plus belle des ressources de
l'effrayeur de lapins. Aujourd hui, l'Internationale est pour lui
une véritable mine ; un placer toujours abondant ; une affaire
transcontinentale féconde.
Si VInternationale n'existait pas, il mourrait de faim, le pau-
vre homme.
Quand les élections partielles montrent que le pays voit clair,
et ne veut plus envoyer à la Chambre les centenaires qui tirent
le pays à trois monarchies, l'effrayeur s'écrie :
— La main de l'Internationale est là ! Tout est perdu !
Il n'y a guère, l'effrayeur de lapins s'efforçait d'insinuer que
M*. Thiers lui-même, ce républicain par nécessité, — « s'ap-
» puyait sur la gauche, donnait la main aux rOuges, pactisait
» avec l'émeute,... et qui sait ? obéissait peut-être à l'Interna-
it twnale ! >
Et les lapins de trembler, en rond, dans leurs terriers.



