Gazette des Ardennes: journal des pays occupés — November 1914 - Dezember 1915

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La vie réelle aux pays occupé* [Série S).

"H LA VIE DU PEUPLE

■ II

Dans ces voitures, c'est un pâle-mêle inconcevable, tout y
voisine : tabac, café, pâtes, bougies, biscuits, chicorée, tout, te
dis-je. Si on pouvait Acheter chaque fois un peu à tous, me disait,
hier, Louis, on aurait vite un stock d'épicerie à concurrencer
Satabin ou Clouet. mais on ne vit pas de cela, le pain manque ;
voilà la vérité brutale. Le numéraire fait également défaut, et c'est
là l'ombre la plus épaisse. Les usines closes, c'est la faim aux
portes, c'est la mort qui epie. L'assistance officielle ne peut suffire;
la soupe à la betterave est la provende journalière. Les cœurs sont
gros, et bien des parents refoulent leurs iarmes devant la niellée
qui a déjà faim.

Le soir, peu d'éclairage, on ■ usé de tout. La vieille lampe des
ancêtres a orgueilleusement repris sa place. Ou a brûlé de toutes
les huiles, la lampe aura grippé le coussinet de la machine. Tu te
moquais, Lina, de ma manie de collectionneur ; eh bien, cela m'a
servi ; à la place de notre ■ Astra ■, j'ai mis la vieille lampe trouvée
à Libreey : si comme éclairage, cela laisse à désirer, le plafond, lui.
commence à prendre une belle teinte bronzée, mais, sois tranquille,
c'est a la cuisine : tu m'avais tant recommandé d'avoir de l'ordre,
que je m'y suis installé ; alors, à ton retour, tu retrouveras tout à sa
place, les Allemands entrent quelquefois pour un renseignement,
mais ils ne dérangent rien.

Quand je te vantais l'utilité dp la langue allemande, tu riais, tu
m'appelais « haelieur de paille ». Eh bien, cela me sert ! Nous cau-
sons ensemble, tons, sans exception. Tous, te dis je. ne nous en
Veulent pas; lia ont un désir bien grand, celui de devenir nos amis:
et quand ils parlent de leur famille demeurée là-bas, ils le foDt avec
attendrissement en demandant des nouvelles de ceux des nôtres
qui sont - au front », et l'on sapttoye en commun sur les malheurs
de la guetta, CSri Pvil on fous trompe , tu t'en rendras compte
à ton retour.

Pour donner un coup de lime a sa scie, un soldat était entré, me
« demandant la permission de se servir de mon étau » . mais, ne
voilà-t-il pas que cette gale de Lucie envoie le gosse de Godard
dire au soldat : ■ Va-t-en à Berlin, sale Boche ! » Ce gamin de trois
ans exécuta pooctoellameat la commission. Le soldat jeta vivement
sa lime sur 1 établi se baissa et, prenant l'enfant dans ses bras,
l'embrassa hien fort et le reposa doucement. L'enfant s'en retourna
joyeux vers Lucie en disant : « Il est bien gentil, le Boche ?. Pen-
dant ce temps, le colosse pleurait; le guerrier faisait place au père.
En vraie Française, Lucie, regrettant son acte, s'excusait de son
mit ux, et lui de dire « Ce n'est rien, Madame, c'est un enfant. Moi
aussi j'en ai trois à Cologne ; les reverral-je ?» \A suivre)

Comment ld France traite ses blessés.

C'est un écrivain italien. M. Fabrizio Romano. qui nous l'apprend
dans un ai ticle amplement documenté, publié par le journal • Yit-
lûrta », de Kouie.

Nous n'avons coutume de pratiquer le dénigrement sous aucune
forme, mais puisque la presse française, d'inspiration officielle, a
cru devoir publier des nouvelles tendancieuses et fausses sur le
fonctionnement du service sanitaire des armées française et alle-
mande, il est bon d'opposer à ces contre-vérités le jugement d'une
persounalité neutre

M. Fitbrizîo Romano commence par décrire les graves pertes
causées à 1 armée tram/aise par la tactique de son généralissime,
lequel semble décidé à payer de milliers et de milliers de vies le
moindre pied de terrain gagné.

Aussi, écrit-il. les villes françaises ont-elles changé en ambu-
lances leurs églises, leurs écoles et autres édifices publics.

Néanmoins, après tant de mois de guerre, les services sanitaires
français peuvent encore Ôtre considérés comme inexistants. Ces
services tuent autant de soldats que l'ennemi, peut-être même
darantage.....

Les grandes Compagnies de chemins de fer ont formé des trains
sanitaires modèles, et les journaux en ont parlé en termes enthou-
siastes. Mais pas un seul de ces convois n'a encore été mis en
service.

Dans les bateaux-hôpitaux qui transportent les blessés de la mer
du Nord à Cherbourg, il n'y a — vérité incroyable! — pas de mé-
decins. Une de ces ambulances flottantes a transporté à Cherbourg
quelques centaines de blessés de la bataille de l'Yser. Le trajet
dura cinq jours et, pendant tout ce temps, aucun blessé ne vit de
médecin. Les chirurgiens semblent faire défaut. Examinons un peu
un train-hôpital français. J'en ai vu un ces jours-ci, qui venait de
Reims. Il était uniquement composé de wagons à marchandises et
a bestiaux. Paa de lits; r>en que de. la paille sur un plancher mal-
propre. Les wagons ne sont ni chauffés, ni éclairés. J'ai vu de
mes propres yeux un infirmier allumer des allumettes pour exami-
ner un blessé qui gémissait horriblement----

Pauvres blessés.' ifs étaient malproprenient tenus, déguenillés,
misérables, //s n'avaient "i pain, ni eau, ni médicament, ni infir-
miers. Et le train se remit en route, avant même que les personnes
présentes, douloureusement émues, aient pu leur apporter quelque
soulagement

L'Angleterre et le droit des gens
L'Angleterre vient d'ajouter un nouveau chapitre â l'intermi-
nable série de violations du droit, sur laquelle repose son prestige

hypocrite.

Le « Dresden ■, ce vaillant petit croiseur allemand qui fut si
longtemps la terreur des navires britanniques, vient de succomber
dans un honteux guet-apens.

Il avait jeté l'ancre à 100 mètres de la côte du Chili, dans [t$
eaux neutres de la baie de Cumberland, en face de l'île Juan Par-
nandez. pour réparer une avarie de machine et faire du charbon
C'est là qu'en dépit de toute rètrle internationale, il fut surpris et
coulé par les croiseurs anglais « Kenl •. • Glasgow » et le croiseur
auxiliaire - Oratna ». Le commandant du navire allemand ayant
protesté contre cette violation de la neutralité du Chili, le chef de
l'armée britannique répondit qu'il avait l'ordre de détruire le
« Dresde n » partout où il le rencontrerait.

Jamais la fameuse « morale anglaise » ne s'est encombrée de
scrupules superflus. Les scrupules, c'est bon pour les autres I II jt
des Anglais qui ne s'en cachent point. Citons, à l'appui, la rtrae
■ Nation ■ qui, parlant de l'attaque contre le ■ Dresden ». aveu-
froidement ■ qu'il est douteux qu'elle ait eu lieu conformément aax
lois et aux usages de la guerre ».

Voilà un aveu qu'il convient de retenir.

Franchise américaine.

Le journal américain « Springfietd Republican • publie use
intéressante lettre, signée Carroll Livingston lïiker, qui conatttae
un sévère appel à ia conscience de ses concitoyens, et particulière-
ment de certains grands fournisseurs de matériel de guerre.

L'auteur de cette lettre ouverte relève le bel exemple de h
maison Common Wealth Steel Cy., laquelle a repoussé, pour <Ua
raisons de morale, d'importantes et avantageuses commandes <b
munitions pour le compte des alliés. Cet exemple, écrit Livingstoi
Itiker. s'oppose de façon lumineuse et sympathique à l'âpre soif dv
gain qui anime tant d'autres. Notre Président nous a prié de ne pas
troubler la politique de neutralité observée par notre gouvern*-
ment, Partout on s'émeut de voir s'entre-tuer des millions d'etrss
civilisés que nous appelons tous nos amis. Notre gouvernement
leur offre d'une main ses bons offices en vue du rétablissement de
la paix, tandis que, de l'autre, il protège ces monstres de chez non»
qui font de l'or en vendant les armes meurtrières qui facilitent les
hécatombes. Il est inconcevable qu'un Américain, ayant le senti-
ment de la justice, puisse ne pas protester et que nos associations
religieuses n'aient pas adressé au Congres une supplique, en vue
de mettre lin aux pratiques inhumaines de ce me rca utilisai
natioual

Soldats et gens de presse

Tandis qu'en France l'homme de presse continue de salir I armé*
ennemie dans ses quotidiens — car il est lui-même fort bien à Paria,
entouré des siens — le troupier français conserve, vis-à-vis de bou
adversaire, l'esprit juste et le jugement chevaleresque.

Témoin le correspondant militaire de la - Nouvelle Gazette de
Zurich ». qui rapporte du front l'impression que le soldat françaii
reconnaît volontiers les qualités de son adversaire. 11 raconte fit
Villers-au-Bois. le commandant français lui fit l'éloge de lahraroore
des Bavarois, contre lesquels il combattait, et parla avec respert
des officiera qui marchent ainsi à l'assaut en tête de leurs hommes.
De même, ajoute le correspondant suisse, le courage de la Garde
prussienne trouve, parmi les Français, de sincères admirateurs.

Injuste répartition des allocations de guerre en France.

L' ■ Alsace », journal paraissant à Belfort, constate certains abus
dans' la répartition des allocations de guerre aux pauvres de France
La question sera posée à la Chambre, sous forme d'interpeUatïta.
par M. Bartbe, député de l'Hérault, Celui-ci disposerait d'un ampli
dossier établissant l'injustice méthudique dont se seraient rendu»
coupables les autorités de certaines contrées, en se laissant gaider
par des considérations politiques et religieuses.

L'ignorance des faits de la guerre en France.

La presse française continue d'être mécontente de la censurait
du gouvernement qui la pratique avec une rigueur implacable
« Lyon républicain . demandait, l'autre jour, à M, Millerand, qnani
il se déciderait à renseigner le peuple français sur les opération
militaires. Alors que depuis plusieurs semaines la bataille fait raja
en Champagne, le gouvernement a attendu que parût le comnM-
niqué allemand pour avouer, à son tour, [ existence de cette bataille,
où 300.000 hommes se trouvèrent engagés. Le peuple, ajoute lejow-
nal lyonnais, a le droit de tout savoir.

Le général Pau fait l'éloge de l'armée allemands.

Une dépèche de source suédoise affirme que pendant son séjour
à Bucarest, lors d'une réception chez le prince Uantacuzène, 1*
général Pau, parlant de l'armée allemande, affirma que celui qui ne
l'avait yias vue de près ne pouvait se rendre compte de sa bravoure.
C'est, aurait-il dit, une armée de héros, sans exemple dar ' l'histoire-
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