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2* Année. — N- 257.

Charlcville, le 7 Septembre 1916.

Gazette

JOURNAL DES PATS OCCUPÉS PARAISSANT QUATRE FOIS PAR SEMAINE

On s'abonne dans tous les bureaux de poste

LITTÉRATURE • CIVILISÉE

On Mit que l'indignation factice est l'arme de pré-
dilection dea politiciens et dea journalistes de la Qua-
druple-Entente. Le jour où la Térité percera le* nuéea
épaisses du mensonge et de la calomnie, le monde
civilisé sera -écœuré d'avoir subi, aux heures les plus
tragiques de ion histoire, pareille impoature.

On ic rappelle le bruit que la presse alliée a fait
autour de la condamnation absolument légale de
l'espionne anglaise Edith Cavcll, convaincue d'avoir
pratiqué la trahison sur une grande échelle.

Comme 1* « héroïne de Looa » Emilienne Moreau,
décorée de la croix de guerre pour avoir fait' acte de
franc-tireur en tuant a coujji de revolver plusieurs
soldat* allemands, Edith Cavcll « fait ion entrée au
Ciel artificiel de l'hypocrisie antiallemande. Mais la
presse alliée n'a pas soufflé mot de la condamnation a"
mort, le 16 mai 1916, par le conae-il de guerre de Mar-^
•eille, d'une jeune femme de 28 ans, M"* Pfaadt,
dont le francophile «Journal de Genève» a annoncé
l'exécution dans un télégramme daté de Marseille,
sa août.

Que nos lecteurs se représentent la vacarme qui eût
éclaté, s'il a'était agi d'une espionne anglaise ou fran-
çaise jugée par un conseil de guerre allemand !

Mais à part ce* faits, qui parlent un clair langage,
à part cet exemple* pratiqua du principe des « deux
poids, deux mesures u, cher aux propagandiste* alliés,
la « littérature de guerre » des grands quotidiens de
Paris, de ceux qui façonnent l'âme du peuple, regorge
de page* d'une brutale éloquence. Ouvrons par exem-
ple le « Malin » et voyons un. peu de quel genre est la
« littérature », qu'inspire'à L'organe du chauvinisme
boulevardier la (('conscience civilisée» qu'il prétend
représenter. ~'

En seconde page nous trouvons un toman-feuilie-
ton de M. Gaston Leroux, intitulé « La colonne iAfer-
nale «.

C'est le récit des aventures de guerre d'une bande
de brigands qui se posent en défenseurs et en ven-
geurs de fa France. Lè numéro du a3 juillet ii)iti con-
tient -une description particulièrement satanique des
méthode* de.cet «justiciers» de la .civilisation!

Vêtant emparés de trois officiers allemands, ils
* les ont attachés sur les volets de fer et les ont glissé*
sur le feu, le colonel au milieu», pour le* brûler
vifs ! Et l'auteur se plaît à décrire en long et en
large les gémissements, le* clameurs désespérées,
l'affreux supplice de ces trois victimes, expirant sur le
gril «pour leur vieux Dieu allemand », — tandis que,
dans la chambre d'à côté, une espionne allemande
(naturellement 1) subit un autre supplice, dont voici
le tableau ;

u En face, sur la porte qui faisait communiquer la cuisine
avec la cellier ... 11 > avait un gros papillon, tout palpi-
tant encore, un al gros papillon qu'il avait fallu trois .baïon-
nettes pour le fixer la d'une façon un peu certaine.

H - Rosenheini avait été crucifiée là dans la belle roue
de «oie qu'elle mettait pour descendre à sou comptoir.,, ,>

Ecœuré, notre lecteur repoussera Bans doute celte
vision. « Littérature d'apache» perfsera-t-il, et de la
plus mauvaise 1

Cette «littérature» est-elle vraiment si loin de la
réalité, telle que la crée la haine malsaine, chère aux
Barrés et aux Capus ?

Citons un excemple : ■ Sous le litre : Ma pièce,
souvenirs d'un canonnier, l'artilleur Paul Lintier a
publié dans I'« Humanité » un journal de guerre, où
nous trouvons le récit suivant de l'assassinat d'un
soldat allemand, qui s'était rendu, par un fantassin et
un paysan français : .

k A deux, ils le saisirent et, l'ayant fait asseoir sur une
chaise, dans la cuisine, ils lui tirèrent une balle dans la
tête. Puis Ils le laissèrent, toujours assis, la tél« pendante,
saignant du front entre.ses jambes mil le carrelage, pour
reconnaître" les alentours de la maison et du jardin. Ils ne
trouvèrent rien de suspect. Quand ils revinrent, la cuisine
était vide ; il ne restait là qu'une mare de sang devant la
chaise. Mais, vers la porte et dans l'escalier, il y avait dea
traces rouges et ds entendirent des gémissements venant
du grenier. -

k Nous demandons au bonhomme : *

« — Alors, qu'es,t-ce que vous avez fait de votre Bocher

« — Il est encore dans mon grenier, nous répond-il
placidement. _ .

« — Il va falloir le tirer de là. Il v* puer.

« — Oui, je'm'en vais faire un trou ce soir du côté de
mon fumier.

u Et, comme je dis qu'au lieu de tuer cet homme sale-
ment, il* auraient bien pu le prendre, puisqu'il se rendait ;

« — Ah I me répond le bonhomme, ne m'aurait-il pas
tué si j'avais été tout seul P Je ne suis pourtant pas mili-
taire, moi. Et il ajoute :

« — On en détruira jamais assez de ces salauds-là. »

Ça c'est une tranche de réalité vécue. Mais ici encore,
le vrai coupable, c'est sans doute moins ce paysan qui
se fait assassin ; ce sont encore et surtout ceux qui,
par leurs excitations sans foi* et sans mesure, sèment
dans l'âme du peuple qui les écoute, l'aveugle haine
et le cruel cynisme.

BULLETINS OFFIOIELS ALLEMANDS

Grand Quartier général, le & septembre IttlO.
Théâtre de la guerre à l'Ouest.
La' grande bataille de la Somme continue. Entre La
Forçat et la Somme nos troupes sont engagées dans une
chaude lutte. Au Sud du fleuve, elles se défendent contra
l'ennemi qui attaque lur un iront large de ao kilomètres,
allant de Barleux jusqu'au Sud de Chilly. La village d»
Chilly a été perdu.

Sur la rive droite de la Meuse "de nouvelles attaques des
Français, contre nos lignes à l'Est de Fleury cl contre la
-position conquise le 3 septembre, à la gorge de Souvillc,
sont repoussées. ; ■

Théâtre de la guerre à l'Eti.
Front du feldmaréchal Prince Léopold de -Bavière,
La situation est sans changement.

Front du général de cavalerie Archiduc Charles.
Dans d'opiniâtres combats des bataillons allemands ont
chassé de nouveau, au Sud-Est de Brxezany", l'ennemi qui
tenta plusieurs contre-attaques. Eu fait de prisonniers le*
troupes alliées ont capture, dans ces deux derniers jours,
s officiers aOo hommes.

Dans les Cai-palhes des escarmouches eurent lieu à
plusieurs endroits. On se bat au Sud-Ouest de Zahie et d«
ChipoLb ; de forts contingents russes ont été rejetés, avec
pertes sanglantes, au Sud-Ouest de Fundul Moldowi.

Théâtre de la guerre aux Balkans.
Des troupes allemandes et bulgares prirent d'assaut las
fortifications avancées de la téle de pont de Tutrakan. La
ville de Dobric est prise par les Bulgares. La cavalerie
bulgare a plusieurs fois dispersé des bataillons roumains.

Des hydravions allemands bombardèrent Constants»
ainsi que des unités légères de la flotte- russe. Nos dirigeable*
'ont bombardé,.avec bon succès, Bucarest et les installations
' pétrolièics de Plocsli.

Grand Quartier général le C sepleuibie 1016.
Théâtre de la guerre à l'Ouest.
Des deux côtés de la Somme la bataille continue avec
une violence toujours pareille; -38 divisions anglo-françaises
attaquent. Au Nord de la Somme leurs nouveaux assauts
sont repoussés avec pertes sanglantes. L'adversaire gagna
un peu de terrain ci et là ; Cléry est entre ses mains. Au
Sud du fleuve, dans une lutte d'infanterie mouvementée,
notre première position sur le front de Carieux 'jusqu'au
.Sud de Chilly a élé maintenue contre le nouvel effort de*
Fiançais. Là seulement, où les tranchées les plus avancées
étaient complètement comblées, elles furent évacuées. De*
attaques qui eurent lieu plus lard -ont été repoussées inté-
gralement, avec les plus lourdes pertes pour l'ennemi. De*
régiments de Mecklenburg, de Holstein et de Saxe se dis-
tinguèrent particulièrement.

Au soir,' le chiffre des prisonniers faits au Sud de la
Somme, dans les combats des deux derniers jours, attei-
gnait 3i officiers 1,437 hommes, appartenant à dix divi-
sions françaiseè ; comme butin nous comptions a3 mitrail-
leuses. -,

Trois avions ennemis ont élé abattus en combat aérien
et par nos canons spéciaux.

Théâtre de la guerre à l'Est.
Front du feldmaréchal Prince Léopold de Bavière.
Au Nord de la ligne de Zloczow-Tarnopol des.attaque*
russes échouèrent sous notre feu. •

Front du général de cavalerie Archiduc Charles,
Entre la Zlota-Lipa ef le Dnjester les Busses ont repria
leurs attaques. Après de vains assauts ils refoulèrent finale-
ment le milieu du front.

* Dans le* Carpalhes l'adversaire a remporté de petits
■avantages dans les combats signalés au Sud-Ouest de Zabie

et de S,ohjpoth. A beaucoup d'autres endroits il attaqua

hier en vain.

Théâtre de la guerre aux Balkans.
Sept ouvrages fortifiés de Tutrakan, entre autres de*
batteries cuirassées, sont enlevés d'assaut. Au, Nord de 1
Dobric, de fort* contingents roumano-rmses ont été re-
pousses par nos vaillants camarades bulgares.

LA GUERRE AERIENNE.

Berlin, 3 septembre 1910. (Officiel.) _
Dans la nuit du a au 3 septembre plusieurs dirigeablea
de marine ont copieusement bombardé la forteresse de
Londres, le* placea fortifiées de Yannouth «t Harwich,
ainsi que des usines d'importance militaire dans les Comtés
du Sud-Est et au Humber, De grands incendies et de
fortes explosions permirent de constater partout les bons
effets du bombardement. Tous les dirigeables de marine
jont rentrés indemnes, malgré le feu nourri dirigé contre
•ux. En même temps des dirigeables de l'armée ont at-
taqué lé Sud de l'Angleterre.

Le Chef de l'Etat-Major de la Marine.

BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

Fans, SI août 1916, soir.
Sur la Iront de la Somme, noire artillerie s'est montrés Iris
active au cours de la journée-. Au Nord, une attaque allemand,*
é la grenade sur nos position; du bois de Maurepaa a été
aisément repoussèe. Au Sud de II i nous avons réussi

des opérations de détail qui noua ont périma de réaliser quelques
progrés au Sud du village d'Estrèes et au Sud-Ouest du bois do
Soyécourl, où nous avons fait des prisonniers. Canonnade l.ubi-
luello sur le reste du front

Paru, 1" septembre 1916, 3 h.
Sur le front de la Somme, activité- de notre artillerie dans les
régioni dEslrèea et de Soyécourl Entre l'Oise et l'Aisne, nous
avons exécuté un coup de main sur une tranchée ennemie devant
Nouvron et ramené des prisonniers. En forêt d'Aprcmiit, rua .
petits tentative des Allemands k la Croix-Saint-Jean a échoué.
A t'Est du bois le l'rêlre, nos tirs de barrage onL f«t avorter
un coup de main que préparait 1 ennemi Nuit calme sur le rcslV
du front. >

La guerre aérienne : Maigre la brume et tes nuages qui ont
régné sur la plus grande partie du front, notre aviation s'est
montrée particulièrement sclivo. Sur le front de la Somme qua-
tre appareili allemands ont élé abattu» L'un d'eux, mitraillé de
très prés par l adjudant Dormes, s'est écrasé sur le sol près de
Manancourt. C'est le huitième appared ennemi descendu jusqu'à
se jour par ce pdoto Les trois autres se sont abattus au Sud
et au* Sud-Est de Pèraniic. Deux autres appareils ort été vus
tombant désemparés dans la même région. En Champagne un
avtahk aéneusement louché en combat aérien tst tombé dans
ses lignes au Nord de Sommepy. Un autre avion ennemi atteint
par nos canons spéciaux a dû atterrir au Nord-Est de Somme*
Suippcs. Les deux aviateurs, ont été faits prisonniers. Enfin,
près de Ricquebourg (Oise), un appareil allemand ayant atterri
dans nos lignes par suita de panne, les passagers ont été
capturés.

Pan?, 1« septembre 1016, Soir.
En dehors d'une lutte v d'artillerie assez active sur le front de
la Somme et dans le sectour de Fleury (rive droite de la Meuse),'
aucun événement important a signaler au cours de la journée.

La ffuerr» aérienne : Trois avions allemands ont élé abattus
eet après-midi par le ur de nos canons- spéciaux. Les deux
promiora sont tombés sur la rive droite da l'Oise, le troisième
près de Douaumont Vers quinte heures, un avion ennemi s jet*
deux, bombes sur Giromagny ; un blessé ; tes dégâts mstèriela
sont insignifiants.

-Paris, 2 septembre 1916, 3 heures.
Sur le front de la Somme, assez grande activité des deux
artilleries, notamment dans le aecteûr de Maurcpas et immé-
dialeinsnt au Sud de la rivière. Les Allemands ont dirigé des
attaques violentes et répétées sur les éléments de tranchées
conquis par nous le 31 août au Sud d'Entrées. Us ont réussie ou
prix de pertes sensibles, à réoccuper quelques éléments Eu
Champagne, des reconnaissances allemandes ont été, disperseea
.à ta grenade a l'Ouest d'Auberivc 'et au Sud de Tahure. Une
patrouille russe ■ mis eu fuite un paru ennemi au Nord-Ouest
d'Auberive, après un vit combat. Sur la rive droite de la Meuse,
la nuit a été agitée par suite -*le lu nervosité de 1 ennemi qui II
violemment bombardé nos positions aux abords de l'ouvrage de
ThiaumonE et déclanchè sans raison, a plusieurs reprises dea
tirs de barrage. Une attaque allemande sur 1e village de, Fleury
a été arrêtée net par nos feux. A l'Ouest de Ponl â-Mousson, .
après une préparation d'artillerie, les Allemands ont essayé de
sortir de leurs tranchées près de Fay-cn-Haye. Nos lira de
barrage ont fait avorter cette tentative Au Nord-Ouest de Jlegnié-
ville un tort détachement ennemi qui tentait d'ahorder nos lignes.
1 la faveur d'une explosion de mine, a élé aisément repoussé.
Partout ailleurs, nuit calme.

BULLETINS OFFICIELS ANGLAIS

(»onl occidental.)

Londres, 31 août 1916, 2 b. ut 10 h. soir.

Au cours de l'opération signalée hier soir, au Sud de Marlin-
puich 2 officiers et 124 homme* se sont rendus. Us upp.ii tiennent
ï un régiment bavarois, et la promptitude avec laquelle ils ont
nus bas lea armua, aans lenter do rejoindre- leurs ligues, est tout
à fait caractéristique. Des émissions do gaz cxeculots sur un
large Iront, prés d'Arras et dans les environs d'Araicnliorcs, ont
donné d'excellents rèsulUls. La nuit dernière, le bombardement
4e tiéthune a provoque une violente riposte de noir* urtiJbcrie.

Aux environs du bon des Fourcaux, 1 ennemi est sorti de sca
tranchées eu vus d'attaquer. Mais il a,*i* immédiatement airelé"
par le feu de nos mitrailleuses et son attaque n'a pu se déclencher.
Dans la matinée, la guerre do mines ses; poursuivie avec une
serlaine activité de part et d'autre vers Nouville-Saiiit-Vausl et
dans 1* saillant de Loos Au co-irs de la journée, lo bombarda-
ssent a été asaoz intense dans différents secteurs. Parmi les
prisonniers signalés ce malin se trouvaient huit officiera.

Î LLILLLIUN DE LA •.GAZE1IL DES AHDb\NB!iM lfi

LA VICTOIRE

1 -i Ki. Al-Ki li.

L* sosur, en lui apportant le petit déjeuner, s'infor-
mait de 1s nuit. 11 aimait son pas silencieux, l'ombre qu*
répandait sur son visage U cornette, sa voix tranquille,
ses gestes accoutumés.

ïl™ Cray un entrait. Depuis qu'elle guettait les paroles
libératrices du médecin, puis suivait les progrès de la
santé reconquise, elle négligeait si bien lea artibcea coulu-
mici* de sa toilette, qu'elle n'était plus qu'une femme
4gèe, indifférente a son âge, ignorante au rente de lu tou-.
chante gruvité dont la paraient, avec la souffrance endu-
rée, ses année* enba visibles. Elle désirait avec toute la
force d'un coeur angoissé qu'André renonçai a ses anciens
projets. Déjà, il avait promis de la rejoindre quelque
temps a la campagne. Chaque matin, tandis qu'il se levait
«4 s'habillait, elle »e jurait de lui demander davantage, et
n'osait pas, espérant toujours pour le lendemain une oc-
casion plus propice.

Madeleine arrivait avec 1* courrier et les journaux.
Avant même qu'elle ouvrit la porte, André devinait que
c'était elle ; un léger retard l'Impatientait. Cependant, U
La considéiait avec le même étonnement. Cette jeune fille
qui 1 avait soigné, et qui l'entourait encore de tant de pré-
cieuses attentions, lui faisant la lecture, écrivanLsos lettres,
était-ce bien la même, aujourd'hui à son côté comma une
sosur aimante, qu'il rencontrait arec un ennui agacé dans
la salon de sa mère t

Elle comprenait, sans qu'il 1* formulât, tout ce qu'il
voulait ; jamais set mains délicates, en renouvelant son

rasement, n'avaient pesé sur lui ; dans sa vivacité sagace
y avait aussi un* touchante réserve. Combien 11 l'avait
•onuue | L'avait-U assez raillé*, epiaad «11* avait subi Un,
>>en d'IoQrmièr* 1 et 1* premier blessé, pour lequel «11*
«■nployoll s* science, c'était lui.

Toutes ces jeune iilles qu'il détestait pour leur caractère
si indépendant, leurs allures si libre*, l'audace naïve de

leur vêtement, cacheraient-elles donc, semblable* i Made-
leine, les mûmes -qualité» ? 11 lui souhaitait en secret, tandis
qu'il la contemplait, un bon mari qui la chérirait. Et pour-
quoi n'épousciait-elle pas son frère Pierre ? Ainsi 11 De 1*
perdrait pas tout entière. - ^

Midi sonnait ; le plus souvent, da déjeunaient tous trois
dsns la chambre sur la table où Madeleine disposait lee cou-
verts, à moins que, très solide, André n'assistât,au repas
daus la grande salle à manger, avec lea amis qui lui of-
fraient l'asile de la maison. _

Les journées étaient chaude* encore : l'été prolongeait
son ardeur dans un beau mois de scplembr*. Une promfe
nade dans le jurdin, le thé sous le* arbres, un peu de mu-
sique, animaient l'après-midi. Dca amis venaient, son frère,
Le Dorai, des oflkieis, parfois un journaliste, Kouard /aussi
qui profitait de ce congé inopiné pour fréquenter les cafés-
concerts et le* théâtre* rouverts, et racontait, avec un hu-
mour faubourien, les dernières nouveautés.

Facot débarqua du Catois avec sa femme et ses deux en-
fants, la femme apportait un gros bouquet de fleurs et
chsque enfant un petit. Lui, n'avait pas songé à flâner dans
Paris ; André sauvé, U avait rejoint s* famille.

Ah 1 l'accident avait fuit du bruil dans le village ! L*.
mère Plcquet pleurait et disait de* neuvainca. Et les gens
se pressaient chez lui pour le questionner, l'éclusier, 1*
•uré, de* tourbiers, l'instituteur qui, an parlant d'aviation,
exhibait devant les autres le plus possible de mois techni-
ques, M.Silvien.le propriétaire du ohfteau, même te maire.
Eu attendant, U surveillait le haugai, l'atelier; tout était
propre, ordonné.... Cependant, il se serait langui, s'il
n'avait pas ramené de Paris un chien lou|>, une bêle su-
perbe qu'un ami lui avait donnée. El il fallait voir combien
•e ohieu, qui s'appelait Flick, était Intelligent, dévoué a
•es maîtres, et tcrnblo pour les étrangers, Un pouvait lais-
ser les enfants i la maison : avec Flick, lis étaient bien
(ardés. M. André, certainement, l'aimerait.

Amusé, épanoui, André écoutait Pacot, dont les fleurs,
eoupées dans le jardin du Catois, évoquaient la terre
picarde.

— A bientôt, Pacot, dit André en lui serrant la main.
Une autre fois, nous aurons plus de chance.

M"* Crayan avait entendu. Elle sortit, presque défail-
lante, et appela Madeleine. Qu'y avait-il donc ? Um* Crayan
le lui expliqua : chaque jour, elle se jurait d'arracher k
André, par les raisons de la raison et du cosur, la promesse
de ne plus continuer ses expériences, et n'en trouvait pas
le courage, trop sûre qu'il ne l'écouterait pas. Aujourd'hui
même, André avait annoncé i Pacot son prochain retour.
11 ne fallait pas perdre de temps. Mais elle, Il ne l'écoute-'
roit pas ; il ne l'a mi u jamais écoutée. II écouterait Made-
leine, Madeleine pour laquelle il ne pourruït jamais avoir
assez de gratitude. Que Madeleine lui parlât au nom de
M1** Crayan ; qu'elle lui exposât le* craintes de la pauvre
fcvnme, oe que M™* Crayan souhaitait, ce qu'elle implorait;.
Madeleine le convaincrait. L* jeune fille en doutait. André
avait toujours attaché peu d'importance à ses propos. Na-
guère, il n'admettait même pus qu'elle parût s'intéresser k
•es projets : que serait-ce si elle voulait les contrarier I Elle
devinait son sourire dédaigneux, quand elle abonderait un
pared sujet. Néanmoins, parce que M"" Cravan la suppliait,
•lie ne refusa pas.

L'occasion s'offrit bientôt.

Rétabli et sur le [«mit de quitter Elampe^, André voulut
monter jusqu'au ohamp d'aviation. Afin qu'il s'y rendit
plus doucement, sa mère prit une voiture, et non une au-
tomobile. André était assis dans le fond de la voiture avec
M™ Crayan, tandis que Madeleine occupait avec Pierre 1*
strapontin. Ils arrivèrent bien avant l'heure où s'était pro-
duit l'accident, car la nuit descendait maintenant plus vite.
C'était une de ces journées un peu fraîches de septembre,
qui sont déjà des journées d'automne. 11 n'y avait sur lo
champ militaire et sur le champ de Boulet presque per-
sonne, car la plupart des officiers étalent partis pour le*
grandes manœuvres, et le circuit de l'Ouest se courait. Il*
pénétrèrent sur le ohamp; rien ne révélait la place où un
mois plutôt un homme- avèit failli se. tuer. C&ux-là même,
qui avaient conteihpU la victime à lems pieds, s'étaient le
lendemain élancés dans le ciel.

Madeleine dit à André :

— C'est ici que vous êtes tombé. '
11 regardait.

— Que tout cela a été rapide !.... trois ou quatre se-
condes. Mais, en de- pareils moments, lu puissance des sens
se_décuple. J'ai senti que l'appareil ne fonctionnait pas, j'ai

aïs sur le coup, sans
iser un ilvc.,.

appela sa promesse. Son

essayé encore d'agir sur le déclic, et puis — et tout cela, si
précipité, se confondait presque — j'ai vu, oh [ si distinc-
tement, là, près de la barrière^ une tache blanche, une rubc
&* femme. L'autre jour, je voulais demander si c'était' vous.
L* médecin vous a défendu de me r6pondic.

— C'était moi.

— C'était vous — A l'instant où j'ai vu celle robe; je me
1* suis dit. Et puis c'a été la chute.

— Et vous avez pensé que vous alliez niuuia } interro-
gea-t-elle, timide.

11 dit avec simplicité :

— Oui. Et j'ai pensé que c elait une belle moil .. En
effet, si j'avais du mourir, je 1
souffrance, et pour irotr tenté de

Elle murmura sérieuse :
—- C'est vrai.

Alors, confuse, Madeleine se
âme pourtant se révoltait. Non seulement elle jugeait peu
naturel de se substituer à. M°" Crayan, mais tout ce qu'il y
avait en elle de juvénile confiance s'opposait à combattra
l'idée qui exaltait André. Il pouvait triompher : de quel re-
mords serait troublé sa vie, si elle, le décidait à renoncer
«t qu un jour un autre découvrit ce qu'il avait cherché I

M"* Crayan s'arrêtait avec Pierre, et les deux jeunes
gens U devançaient. Madeleine, néanmoins, voulut tenir
son engagement. —*

— Maintenant, qu'allez-vous faire P
—• Mais, recommencer.

Et, souriant, il ajouta :

— Est-ce que vous me lo déconseillez ? -

— Mol 1 fil-elle, brusquement, oh non !
Ils demeurèrent tous deux silencieux.

— Madeleine, dit enfin André, Je vous ai prise longtemps
pour une petite Parisienne frivole. Je n'oublierai jamais d*
quels soins vous m'avez entouré.... Il ne faut pas m'en
vouloir si naguère....

Elle sourit : -

— Je ne vous en veux pas.

Et, soudain, d'avoir entendu l'accent de sa voix poux
confirmer des paroles si banales, la jeune fille eut peur

d'elle-même.

{A suivre.)
 
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