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f Année. — N« 261.

Charleville, le 14 Septembre 1916.

JOURNAL DES PATS OCCUPÉS PARAISSANT QUATRE FOIS PAR SEMAINE
On s'abonne dans tous les bureaux de poste

L'ENFER EN RUSSIE

En Sibérie, d'après r^umé de rapport* |ue
éVotme lu « Nordd*uttaht Allgtmeine Zeitung », dans
b district du chemin de fer Olonatz-Murman, les pri-
sonuier* all»in*rids sont livrés k dut entrepreneur»
infâmes, barbam, wna aerupulttj La journée de trt-
raU, la semaine comme le Àmanohe, Invariablement
•ommenca à quatre heurea et demie du matin et dure
Jusqu'à huit heures du *olr. Malheur à eelui qui vou-

somme des paquets. Dans ces trois hôpitaux du reste,
•tVpre* le témoignage d'un médecin, 90 % meurent
«m peu de temps.

Tel est l'enfer en Russie. La porte, comme celle
•W l'anfer du Dante, peut porter l'inscription i « Leie-
•ez tout espoir vous qui y entrez ». La m NorddeuUcht
Allgemêint ïtitung » donne les noms, les détails.
A d'autres endroits en Sibérie, les môme* horreurs se
répètent : ce sont différents cercles du même enfcrA

Inutile, cette fois, cette mise en scène savante, les
mots d'ordre, les apprètements, dont a besoin la presse
d«* alliés, quand elle veut lancer des accusations con-
tre les Allemands I Inutiles les témoignage* indiscrets,

Front du général de cavalerie Archiduc Charles.
Dans les Carpathes les Busses lancèrent une poussée ds
■Basse générale sur le front du Smolres (su Sud-Ouest sis
Zabie) jusqu'à la Bistritï d'Or. Ils furent partout repoussés
arec les plus grandes pertes par nos bravée troupes oem-
nfandéea par le général von Conta.

En Transylvanie des troupes allemandes sont entrées en
Wnlact avec les Roumains, dans le secteur de Herinannstadt
j£lNagy-Sxcben) et su Sud-Est de Hoesziug (Hatzeg).

Théâtre ds la guerre aux Balkans,
Lss opérations dans la Dobroudja se développent mé-
thodiquement.

«Uni sur l'Importance des pertes aubiei par l'ennemi pendant
lss dernières aUaquss. Le nombre dea cadavres allemands
trouvés dana lea boyaux, tranchées at abris est considérable.
Ls chiffre dea prisonniers laits par las sculas troupei françaises
su Nord et su Sud de la Somma depuis le S septembre a atteint _
actuellement T.TOO, dont une centaine d'officiers Sur la riva
droite de la Meuse, la lutte d'artillerie s'est maintenue intense
dans la réglsn 71oury-Vaux-Chapilro-Le Cfcenois. Vers deux
S«urts, Us AJlomuidt ont ds nouveau attaqué lea positions que
loua avons conquisei le 1 dans le bots ds Vaux-Chapitre - Nos
tir» d* barrage ont brisé toutes leurs tentatives. Nuit relafïve-
sasnt calme sur ls reste du front

La guerre aérienne: Malgré un Tou violent, dans la nuit du
1 septembre une de nos escadrilles a lonaé M obus sur les
sjares d'Etain, de Conllana et les usines de Rombach.

drait te repoier une minute t Le fouet du gardien
tcherkaise vola sur aon dus, Jusqu'à ge qu'il tombe,
En hiver, il y fait jusqu'à «o degrés de froid ; en été,
des miasmes mortels montent des terrains maréca-
geux, à travers lesquels ses rsHs du chemin de fer
•ont à tracer. Les prisonniers ne reçoivent ni ohaus-
•ures si vêtements, neufs, ni Hnge frais ; ils travail-
lent a peine couverte,.dana des lambeaux ; leurs pieds
nus enfoncent dans le sol humide. Quand vient enfin
la nuit, les prisonniers vont dormir dans leurs bara-
ques, qui sont ai basses, qu'on se peut que s'y éten-
dre ; et sur les grabats misérables, la pluie k travers le
toit dégoutte.

Quinze mille hommw furent dirigés vers oc dis-
trict ; des milliers moururent j Ils 'furent remplacés
par des nouveaux venus. _Vu qu'il n'y a pas d'hôpital
dans la contrée, et les malades restant parmi les au-
tres, las contagions le propagent rapidement. A
peine une baraque, où ne se trouve un phtisique,
haletant, sans secours, couché sur une planche. Mais
c'est surtout le scorbut qui fait rage ; on continue a
donner a ceux qui en sont atteints, et dont les gen-
cives sont ouvertes et saignantes, la même soupe aux
choux, ta même pain dur qu'aux autres ; affamés, les
misérables s'efforcent à le manger. Les morts ■— on
les laisse souvent parmi les vivants. Après des jours,
en hiver même après des mois, on se décide à les en-
lever. Chargés sur une voiture fomme une cargai-
son de bois, on les mène dans la forêt, où en tas on
les enterre.

Un sort encore plus terrible attend les prisonniers
répartis dans les maisons forestières, qui sont admi-
nistrées par ie généra] Dubnitzki. Là aussi, les mala-
des (les cas de fièvre typhoïde «t de dysenterie y sont
fréquents) restent parmi les autres, et des aliénés au
miiicu de cet enfer hurlent on se mettent è danser.
Les punitions qu'on y inflige aux prisonniers, sont
horribles. Un Jour, on en chassa à coups de fouet a5o
daa( une chambre étroite, sur les portes et les fenê-
tres on oloua des planches, et les malheureux restèrent
là-dedans sans nourriture, étouffant dans une chaleur
accablante pendant vingt-six heures. ,

Le lieu de rassemblement pour tous ceux qu'on
Juge enfin définitivement incapables de travail, c'est
Kotelnltch dans le gouvernement de Wjatka. Celui
qui traverse les salies des trois" hôpitaux, en. rapporte
un spectacle inoubliable : des yeux qui suppurent, dea
phtysiques à l'agonie, des malades du scorbut, qui
Ont perdu la figure humaine, des pauvres, qui à la
place des mains gelées n'ont plus que des moignons
noir», et dos corps affaissés, roués de coups, portants
•es stigmates des lanières. On les amène d'Olonetz- '
Murman à Koteinitch dans les fouigons à bestiaux,
sans paille, sans couverture Naturellement, beaucoup
meurent en route, on jette leurs cadavres sur le bord
de la voie. Ou bien souvent on leg transporte entassés .
sur des voitures. Les chemins sont mauvais ; la voiture
verse ; alors lea gardiens inhumaine les rechargent,
en te lançant les chairs pantelantes et gémissantes

les rumeurs soigneusement coordonnées, les lettres
de 'commande I L'Europe entière avait déjà reculé
d'horreur devant les méfaits-russes en Pologne et en
Finlande, en temps de paix. Aujourd'hui s'est k
fuerre, la Russie se surpasse. Mais si cette « Europe ».
dont les alliés bruyamment se proclament les cham-
pions, si celte k Civilisation » existait, elle trouverait
devant ces scandales sans pareil un cri de honte, de
pitié et de protestation.

BULLETINS OFFICIELS ALLEMANDS

Grand Quartier général, le 12 septembre 1916.
Théâtre de la guerre à l'Ouest.
Front du feldmaréchal Kronprinx Rupprecht de Bavièrt,
Des deux côtés de la Somme des tentatives d'attaques
ennemies furent en général brisées par nos feux de bar-
rage. Dans les bois des Fouroaux et de Leuxs les Anglais
tentèrent en vain de gagner du terrain dans des combats
à la grenade. Le village de Ginchy tomba, hier matin,
entre les mains de l'ennemi. Le combat d'artillerie continue
avec violence. — —
Théâtre de la guerre à t'Est.
Front du feldmaréchal Prince Léopold de Bavière.

Au Nord de Slara-Czerwiszcze uns attaque russe menée
svec des forces considérables s'effondra devant nos obsta-
cles avec de lourdes pertes.

Front du général de cavalerie Archiduc Charles.

Dans les Carpathw des attaques ennemies dans la con-
trée ds Baba Ludowa et à la Cimbrosluwa WJt. et au Capul
furent repousséeB ; en contre-pou*"te nous avons lait à la
Cimbroslawa Wlt. 170 prisonniers. —

Tlttàtre de la guerre aux Balkans».

Les troupes allemandes et bulgares sou» le haut com-
mandement du feldmaréchal von Mackenien continuent
leur avance dans4a Dobroudja.

Au front macédonien vifs combats d'artillerie dans la
contrée du Vardar et combats couronnés de succès pour les
troupes bulgares,

Grand Quartier général, le 11 septembre 1916.

Théâtre de la guerre à l'Ouest.
Front du /eldmnréc/iai Krbnprinz liupprechl de Baviirt.

Au Nord de la Somme la bataille bat de nouveau son
plein. Nos troupes sont engagées dans une lutte acharnée
«ntre .Combles et la Somme ; les Français ont pénétré dans
Bouchavesnes. Les combats d'artillerie continuent dés deux
eotés du fleuve avec grande violence.

Front du Kronprint allemand.
A droite de la Meuse des attaques françaises dans H
secteur de Thiaumont et s la gorge de Souville ont échoué
sanglsntes.

Théâtre de la guerre, à l'Est.
Front du feldmaréchal. Prince Liopold de Bavière.
La situation est sans changement. De petites poussées
russes furent rejetées au Nord de l'embouchure du Dweten
et près de Garbunowka (au Nord-Ouest de Dunaburg).-

Sur le front macédonien aucun événement d'importance
particulière.

] BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

Pans, 7 septembre lfilti, soir.

Au Nbrd de la Homme, violent bombardement dans Uiffé-
ïswiles régions du Iiont, sana action d'infanterie. Nous avons
déblajû dana une des tranchées conquises récemment par nous
Quatre lance-bombes et seize mitrailleuses qui s'ajoutent su
■flotenel déjà dénombre. Au Sud do la Somme, l'ennemi, im-
. mobilisé par la violence de nos tira d'artillerie, n'a réussi à
déclanclicr aucune contre-attaque. Immédiatement à lEst de
iDeniêcourt nous avons enlové quelque» nouveaux éléments de j
branchées au cours de combats partiels qui nous ont valu
^cinquante prisonniers. En Champagne, une reconnaissance alle-
mande accueillie par notre feu -a l'Ouest do Maisons-de-Cham-
pagne s'est dispersée, laissant des prisonniers entre nos mains,
Sur la rive droite de la Meuse, l'ennemi a bombardé nos
nouvelles, positions du bois de Vaux-Chapitre. Les prisonniers
faits dans ce secteur au cours de l'attaque d'hier soir sont au
nombre de deux cent quatre-vingts, dont six officiers. Partout
ailleurs canonnade intermittente.

La guerre aérienne : Dana la nuit du 6 au 7 septembre,
maigre les conditions almosphéiiqucs défavorables, 16 de nos
avions do bombardement ont lance do nombreur* obus do gros
/ciiliura sur les gares, bicouacs et dépôts ennemis de Hoisel,
Allns el Villocouit (front de la Somme), où un violent incendie
s ete provoque.

Pans, 8 soplembre 19JG, 3 heures.
J Su/ le front do la Somme, l'activité de notre aitiiiene seat
-poursuivie dans les divers secteurs au Nord do la nvièrC. Au
Sud de la Somme, l'ennemi a contrc-attnrjué, au cours de la
■ttuit, lea positions que nous avons * conquises depuis Berny
jusqu'au Sud de Chnulnes, aan» autre résultat pour lui que dea.
perles élevées. Uieu qu'onUe Vonnandovillcrs el Chaulnes lea
Allemands n'ont pas lancé moins do quatro attaques en masse,
chacune- précédée d'un intense bombardement. Partout noua
avons intégralement .naintenu nos gains. Deux cents nouveaux
prisonniers s ajoutent-au quatre cenU dénombres hier dans la
mémo région. Sur la rive droite de la MousS, entre le bois de
Vaux-Chaiittre cl le Chcnois, noue^avous réalise quelques progrès
k la gcenado. Une attaque allemande sur nos nouvelles positions"
^de Vaux-Chapitre a échoué sous nos tirs de barrage. Nuit calme
sur le reste du front.

Paris, 8 septembre 1916, soir.
An Sud de la Somme, des engagonlunli partiels nous ont-
permis de progresser dans le village do Vern.andovilleis, où
nous avons fait une cinquantaine de prisonniers. La lutte
d'artillerie se poursuit activement sur tout d" front de la Somme.

plusieurs attaque* sur les positions conquises par nous dans la
région Vaux-Chapitre-le Chenois L'ennemi, qui avait réussi à
reprendre pied dans une des tranchées, en a été rejeté peu
sprégSpar une vive conlre-allaquc de nos troupes au cours de
laquelle nous avons fait une centaine de prisonniers et pris
plusieurs mitrailleuses. Au Sud-Est de Thiaumont, nous avons
progressé I la grenade. Bombai dément assez violent des secteurs
de Thiaumont et do ia route du fort du Vaux. En forêt de '
Parroy, une attaque de l'ennemi sur un de dos ouvrages a été
aisément repoussée. Partout ailleurs, canonnade habituelle. -

La guerre aérienne : Dans la journée d'hier, sur le front de
la Somme, deux avions ennemis ont été abuttua dans la région
d'Epunancourt ; un autre, contraint d atterrir, a la suite d'un
Combat, prés de nos lignes, a été détruit par le tir de l'artillerie ;
trois autres appareils ennemis ont paiu sérieusement touchée,
le passager de l'un d eux s été tué par une balle de mitrailleuse.
U sa confirme que pendant la journée du 5 septembre, le ■ous-
Hourenanl Guyoeme» a abattu son qumïième avion ennemi dans
la région d'Ablalncourt.

: , ' Paris, » septembre 1916. 3 houres.

Au Sud do la Somme, nous avons enlevé au cours d'une
opération de détail un petit bois k l'Est de Bclloy-cn-Sfinterre,
■t nous avons réalisé de nouveaux progrès dans tes tranchées
ennemies a l'Est de Demècouit. Les renseignements qui nous
sont parvenus do divers secteurs du front do 1a Somme s'accor-

BULLETINS OFFICIELS ANGLAIS

tarent occidental.)

Londres, 7 septembre 1918, 10 h. soir.
Ls situation générale n'était pas modifiée aujourd'hui à l'Est
et au Sud-Est de Ginchy. Notre artillerie a dispersé les travad-
leurs ennemis. Entre Somme el Ancie les Allemands ont violem-
ment bombardé toute la journée l'arrière de nos lignes .Notre
artillerie a riposté avec succès par un tir de contre-batteries que
l'observation aérienne a réglé. Entre Souches et le canal de ls
Bassée notre ^artillerie et nos mortiiTS de tranchée ont bombardé
sans arrêt lea tranchées ennemies et au Nord-Ouest de Hollebeks
noua avons réussi un Lu sur la lete de pont du canal d'Yprss.
Hier, nos aviateurs ont fait de gsands dégâts sur les lignes do
communication ennemies et fortement endommagé un noeud im-
portant de chemins de fer, une gare'et du matériel. Un dés
aérodromes ennemis a été atteint, un appared déti uil et d autres
très ublmès. D'autres points d'importance militaire ont clé aussi
bombardes. Nos aviateurs, volant j ba5sc altitude, ont repéré
les positions BXSCtoa atteintes par nos troupes, trois appareils
ennemis ont été détruits et quatre autres descendus, fortement
endommagés. Deux de nos aviuteuis ne sont pu rcntiés

s Londres, B septembre 1616, midi et 10 h. soir.
. Eh dehors de l'activité ordinaire de 1 artdlerie et do quelques
sngagomonls secondaires à ia grenade, on na signale aujourd'hui
aucun événement important but le iront ds la Somme. Nous
avons fait hier cinquante-deux prisonniers, dont deux officiers.
Au Sud-Lsl de Cuinchy et prés de Michcbourg-t'Avoué, un coup
de main exécuté sur les tranchées ennemies nous a peroua
d'infliger des pertes sérieuses aux Allemands. Armentièros a été
bombardé hier soir. .

Les opérations do .la journée ont élé caractérisées par' un
bombardement réciproque d'une très grande violence. La
aitunlion générale n'a' subi aucune modification. Des régiments
Irlandais qui participèrent le 3 septembre, a la prise de Guflle-
mont, ont déployé les plua belles qualités de bravoure et de
mordant , ils ont largement contribue au succès de la journée.
Cet apriis-midi, nous avons lait exploser, avec d'excellents
résultats, un fourneau de mine prés du bois du chemin de fer
au Sud le la ligne Ypros-Roulers Hier, un de nos avions s -
dirigé le Ur do l'artillerie sur un aeio allemand qui ava>t atterri
dans les' lignes ennemies L'appareil a été incendié cl détruit.''
Nos avions ont jeté des bombes sur deux aérodromes et livré
de nombreux combats. Un des opparc.ls ennemis a été contraint
d'alternr.

Londres, 9 septembre Ï91G, 11 h 15 matin. '
Ls nuit dernière, un violent corps à corps s'est engagé dana ls
boia des Foureaux, où nous nous sommes emparés d'une tranchés
•t de vingt et un prisonniers bavarois, donl deux officiers.
L'ennemi a aubi de foi tes pertes au cours de cette opération.
L'oruilerie allemande s'est montrée très active contre notre
Iront su Nord de Poziéres et vers la terme du Mouquct. Une
pslile attaque d'infauteue, déelanchée dans ce secteur, a été
aisément rejelée pur nous. Un détachement qui tentait de dé-
boucher de Gourcelette a élé arrêté net par notre feu. Noua
avons exécuté plusieurs coups de main heureux vers Airas, la
redoute Hohenzollern el lo Nord de Neuve-Chapelle Nos troupes
•nt pénétré dans les tranchées allemandes, enlevant un certain
sbmbro do prisonniers et faisant subir des portos S l'ennemi.

RÉMINISCENCES

On nous écrit :

La v. Gazette » a parlé, si je me souviens bien, d'un arr
ticle de M. Octave Uzanne, publié dans la u Dépêche a, dsj ' '
Toulouse, et qui, eu fait ds violence brutale, dépassait lout
•e que les k bochophsges u les plus exaspérés (y compris
MM. Maurice Donnay, Capus si autres académiciens illus-,
tre*.) ont écrit. Le hatard m'a mis sous la main, aujoiir-

FEUILLETON DE LA tGAZBTTB DES AHDBNNES*. 19

LA VICTOIRE

Par Paul ACkLR.

L'entrée de Rouaid lui apporta une bienfaisante diver-
sion. En d'adirés circonstances il eûlr remarqué l'ennui
jou'exprimait le visage de Rouard, son air boumi, sa lippe
dégoûtée; mais, oubliant Madeleine,. sa tnslesîe, sa soli-
tude, il ne paris plus que de ion appareil. 11 développait
avec une. nervosité frémissante un dessin conçu à l'instant
même. D'abord construire un petit appareil, presque un
jouet, qui reproduirait, en réduction, le grand tel qu'il
avait volé à E lampes, mais qui, pouvant s'envoler seul, dc-

en dehors des aile» fixes, acs ailes mobiles; el ensuite se
livrer avec lui à des expériences minutieuses sur le champ
du Catuis... Un plan sur le papier trompait toujours .. Au
contraire, sur ce modèle on étudierait avec exactitude le
bon fonctionnement des hélices et des ailes. Il ue construi-
rait pas de grand tppaieil taul que le petit n'aurait pas
donne des résultats certains. On attendrait au Calois plu-
sieurs années, «'il le fallait...

Rouard l'avait, quelques minutes, écouté avec une at-
tention inquiète, puis il avait haussé les épaules , un iro-
nique sourire sur les lèvres, assis au bord de son Ut, une
cigarette à la main, il le laissait continuer, sans lui repon-
dre, comme on fait pour un malade donl il est vain d'ur-
réter le délire. André continuait ; il eut continué toi'te la _
nuit si Rouard, lassé de fumer, ne s'était cou* lie et en-
dormi.

Le lendemain il ne restait plus rien de cette fièvre.

André, calme, passa la mahnép dans l'atelier avec P,i-
cot ; vers dix heures, surpris que Rouard ne les cfH pas
rejoints, Il envoya Pacol vers lui. Rouard n'était pas 1I4P*
la maison j la mère Picquet l'avait vu traverser la passerelle
de l'écluse et se diriger vers le champ d'aviation.

Un peu avant midi, comme André rentrait, il trouva
Rouard cuii tranquillement fermait ta valise.

— Où vas-tu ? demanda-t-il.

— Je pars, dit Rouard. Je retourne b Paris. Je suis de
PariB, 11101 ; ce qu'il me faut, c'est Paris. Quand j'ai accepté
de te suivre, je croyais que c'était pour quelques mois.
Maintenant tu parles de rester tout l'hiver, toute 1 année
prochaine, et l'autre année encore, qui sait ? toute la vie,
et pourquoi ? Non, je ne peux pas. Je •crèverais d'ennui. Je
m'en vais.

André n'essaya pas de le dissuader.

— Et quand pars-tu ?

— Cet après-midi, par l'express de trois heures. Puisque
je suis décide à partir, le plus tôt sera le mieux.

— C'est bien, fil André.

Il ouvul un tiroir de sa commode, en tira un porte-
feuille :

— Voici Ion mois,
tt il sortit.

Lu mouvement spontané le portait vers les Pacot ; U
leur annonça lu nouvelle.

__ jj. ni'eu doutai, monsieur And ré, dit Pacol. Mois

bah '. Vous et moi, ça suffira bien.

Il avait toujours sa belle assurance.

M"" Paroi déposa sur la table un ragoût de mouton.

— U a l'air joliment bon, dil André

— Eh bien, iiion-ieur André, si cela ne vous gène pu
de déjeutter avec nous, vous nous feriez plaisir...

11 s'assît, Bernadette était à coté de lui; il lui coupait
»un pain, la faisait boire, et souriait à ses sourires.

— Mi 1 monsieur André, dit M™ Pacot, vous u>ez l'âme
d'un papa.

11 oa répondit < ,en , il veii.nl de songer à Itouard.

Gë Horard, qu'H avait pave comme un ouvriei (ongé-
dié, ie 11 ' tjit p.is cependant un ouvrier pareil aux autre*.
And ie revoyait le pelll restaurant du quai National, où U
avait raconte à linuuid son existeuce, où il lui avait confié
seS projets d'avenir . c'était son camarade, presque son.
ami .. tant de somvliius communs 1"S liaient l'un à l'autre,
avec ces trois années vécues cote fi côte, à l'atetier, ou dans
les meetings d'aviation. Dans ce petit restaurant, ce n'était
pas un ouvrier qu'il engageait, nmis un collaborateur... et
certe», il ne s'étail pas trompé . Rouard était un collabora-
teur inli'llijzent et expérimenté. André se rappelait ses con-
seils, ses objections toujours juste*. Mais il s'était trompé,
tu se tiguiaiit que itouaid, Parisien du faubourg, colonial

dégoûlé de la coloniale parce qu'on ne l'cnvojait pas aux
colonies, acrepteroit de s'exiler longtemps dans 110 coin de
province : rien de plus naturel, si Kouard parlait. Mais iui
il ne devait pas, il ne pouvait pas le laisser paitir ainsi.

li s'excusa de quitter les l'acoi, ul se bâta \eis la mai-
son ; Rouard était dans la cour.

— Rouard, dit-il, veux-tu, seiions-nous la inaui. Puis-
que nous nous séparons, séparons-nous comme deux amis,
qui, simplement, ue suivent plus la même voie. *

Les mûmes pensées, qui avaient travaillé André, nvaieot-
ellcs aussi assailli Rouard P II mit, sans hésitation, sa main
dans la main que lui tendait André :

— De lout cœur, dit Rouard, à la gare, je te souhaite
de réussir.

Réussir 1 Seul, le soir, André se répétait ce mot, qui
n'avait plus d'nccent sur ses lèvres. Le chien de Ha^ul l'avait
•cconipagué. Quelle solitude 1 Rouard parti, elle pesait sur
lui, plus douloureuse encore, dans celte maison déserte, si
différente de la maison des Pacot qu'animait la bonne grâce
de la femme et la gaieté des enfants. Ctrles iUmard ue
l'écoutait pas avec beaucoup d'attention, mais néanmoins
il l'écoutait, et c'était prés d'André un être vivant. Désor-
mais, qui entendrait ses craintes, ses élans, ses certitudes,
ses doutes P Le bonheur est fait dea plus humbles joies, «t
c«lui-la est heureux: qui, Bans ambition, se contente d'un
sort modeste. Allons, ne terait-U pas bien, lui aussi, d*
yivre quelque temps comme-les autres hommes ? Il avait
une mère, un Irère, une famille. Au milieu d eux, U ss
préparerait des forces nouvelles De si loin, ce foyer, qu'il
avait fui, lui paraissait l'asile le plus cher. Cependant, 11
résistait encore h son désir : en partant, ne désavouait-il
pas lout ce qu'il avait jusqu'alors affirmé, l'utilité de 1s
retraite pour nourrir l'énergie, l'utilité de la solitude pour
nourrir le* rêvés exaltants. 11 te coucha; le sommeil le dé-,
livrerait ; mais il demeurait éveillé. Le chien s'était étendu
au pied du lit ; André le caressa ; le chien, sans bouger,
répondit en lapant a\cc sa queue le parquet André s'em
dormit cnlm , quand U se réveillait dans lu nuit, le chien,
Qdèle, recommençait à f rappel le plancher comme pour
dire : je suis la.

Six jours s'écoulèrent ; André errait, oisif, de sa maison
au champ d'aviation, du champ d'ovation à la maison. H
était incapable de travailler; sa pensée allait, incertaine,
d'une idée à une nuire, sons pouvoir bc fixer, chimérique

ou déraisonnable. Le septième jour, su matin, le facteur lui
donna, dans l'atelier, une lettre de sa mère... André I'du^
vru, assuré qu'elle conLenait des reproches, mais, dès lesj ,
• crémières lignes, U fut bouleversé. ■

M"* Crayan lui snnonçait une tragique nouvelle. Uri
employé avait trouvé U Dorât mort dans le rapide ds Paris
à Lvon, le cœur peroé d'une balle ; la première enquête
couUuail à un crime, mais il avait fallu reconnaître quo
Dorât s'était tué. On avait découvert sur U voie ferrée
son portefeuille Intact : sans doute avant de le tuer, s'en!
éttit-ll débarrassé pour laisser croire qu'il mourait victime
d'un attentat. De rapides Informations apprenaient qu'il
avait hasardé et pexdu toute sa fortune dans d« mauvaises
spéculations. Ce malheur ruinait Madeleine. Mm' Crayan
lavait ramenée en Alsace, pour la consoler, la protéger et
aviser à son avenir. Ls pauvre enfant manifestait d'ailleurs -
Le courage le plus simple, □« déplorant que la mort si af-
ireusc d'un frère qui, l'ayant élevée, ne lui avait jamais
limoitfné que de la bonté.

— Je pars, dll-11 k Pacot.

Ls mof jaillit. Il n'avait pas réfléchi avant de le proa
ooncor, U ns réQéchit pas davantage après l'avoir pro-
noncé. L'express de Paris passait à Arnicas à dix heures j un
train omnibus mettait André à Amiens à dix heures moins
W quart ; li Jets dans sa valise du Hnge avec quelques effets
et se dirigea vers la gare.

. XI

Dans ls Irain qui l'emportait vers l'Alsaos, André réflé-
jhissatt.

Sans doute, la solitude de sa retraite, certains soirs, avait
ivoqué le charme attirant du foyer familial.,. mais 11 res-.
tait au Catois. Ls lettre de ss mère ns renfermait aucun,
reproche, annonçait h mort de Le Dorât, ia ruine de Made*
bine... et U psrtslt. Or, ls Un tragique de Le Dorât na Vil*
(sciait nullement. Le Dorât seul au monde, il eût déohlré la
lettre, sans davantage penser au dénouement lamentable
d'une existence qui ne l'avait jamais intéressé. Mail il y,
avait la douleur et la ruine de Madeleine. Cela seul l'aval*
décidé — U se l'avouait — d'une façon si immédiate qu'il
avait exécuté sa résolution aussitôt que prise.

(A iufurr.)
 
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