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. -N".

265.

PRIX

5 CENTIMES

Charlevillc, le 21 Septembre 1916.

Gazette

JOURNAL DES PAYS Of rglBÉS PARAISSANT QUATRE FOIS PAR SEMAINE

O» s^nbomie dans tous les bureaux de poste

GUERRE AUX ENFANTS !

On sait que c'est l'Angleterre qui, au nom des
grands principes du Droit et de la Civilisation, fait une
guerre systématique à la population civile de l'Alle-
magne* en s'efforçant de l'affamer par son blocus, ce
fameux « bâillon » dont le ministre'"Churchill vanta
prématurément, avec une joie féroce, J-'clïicaciiâ bar-
bare. M. Churchill s'est trompé. Le peuple allemand,
condamné à mort par les faux prophètes de L'Entente,
s'obstine à vivre malgré tout, et son active énergie
saura finalement triompher de l'arme infâme qui me-
nace en première ligne les faibles et les inoffensifs, les
vieillards, les femmes et les enfants.

Certains Neutres cependant, de ceux qui ne subis-
sent pas les suggestions mensongères de la propagande
antial leurra n de dont le monde est inondé, se sont
justement émus. En Hollande, des personnes de
cœur ont conçu le noble projet d'offrir une géné-
reuse hospitalité à un certain nombre d'enfants alle-
mands des classes pauvres. Parmi les cruautés de la
guerre, — les unes inévitables, les autres superflues,
— c'était là un geste noblement et simplement humain,
Mail les calomniateurs professionnels, les excita-
teurs peu scrupuleux restent insensibles à ta beauté
morale. L'initiative des philanthropes de Hollande n'a
fourni qu'un nouveau prétexte à leur propagande hai-
neuse. C'est le fameux « Telegraaf » d'Amsterdam,
journal au service de l'Angleterre, qui a jeté le cri
d'alarme. A Londres et à Paris, la presse docile a aus-
sitôt fait chorus. L' « Echo de Paris », si prompt à
se réclamer des grands principes chrétiens, n'a pas eu
honte de publier sous le titre platement insultcur
« La Croisade des petits Boches a un article dont la
vilenie s'étale déjà dans les premières phrase*, que
nous tenons à citer textuellement. Le journal de
Barrés écrit :

« La Hollande souffre depuis quelque temps-d'un
fléau, auprès duquel les dix plaies d'Egypte ne furent
que des invasions bénignes. Je veux parler de ce que
l'on appelle làVhfls : la Croisade des Enfants allemands,
cette invasion infantile de petits Boches imposée par
les Allemands sous couleur de charité (!)

La jtyuctUQa vaut la.-j> ejne de nous intéresser; elle
nous fournit une preuve indéniable de la gé'rie alimen-
taire croissante de nos ennemis, comme elle nous in-
cite à veiller à ce que notre pression économique ne
soit pas amoindrie pour complaire à une fausse inter-
prétation de sentimentalité {!).... »

Et l'organe très chrétien continue sur ce ton, re-
prochant aux philanthropes hollandais de «faire volon-
tairement échec aux efforts militaires des Alliés», — ce
qui n'est autre chose que l'aveu cynique de la guerre
faite aux enfants par les prétendus défenseurs de la
civilisa Hua 1

Celte ignoble campagne, menée contre une œuvre
humanitaire n'ayant aucun rapport avec la guerre des
armées, n'est pas restée sans réplique. Et c'est un jour-
nal hollandais, la « Toeliomst » du 26 août igiô qui
■'en est chargé. Voilà cette réponse, où l'on sent frémir
la juste indignation :

« Les amis de l'Entente s'opposent au séjour d'un
millier d'enfants allemands dans notre pays. N'ont-ils
donc pas honte ? Leurs épouses au moins ne leur ont-
elles pas dit leur fait comme îl convient ? Ont-ils donc
oublié, tout comme leurs amis anglais et français, les
principes élémentaires de la bienséance, pour ne pas
parler de noblesse et'de sentiment chevaleresque., —■
Fi donc 1

« Jadis, quand les Belges, et non pas seulement des
enfants, mais des hommes valides se répandirent en
Hollande, non pas seulement au nombre de mille,
mais par centaines de milliers, les Hollandais germa-
nophile^ ont contribué de grand coeur, tout comme les
autres, à alléger le sort de ces émigrés. Et maintenant?
— Fi donc I

« Et les arguments invoqués ? L'Allemagne, dit-on,
est une « forteresse assiégée » ! Quelle sottise 1 Un pays
ne saurait ètr# une forteresse ; cela ne répond ni à la^.
terminologie* de notre langue, ni au simple bons sens. ^
L'Allemagne n'est d'arlleurs nullement assiégée ! L'en-
nemi est loin de ses frontières, à l'exception d'un petit
coin d'AUace. Ses armées, par contre, sont campées
solidement en territoire ennemi....

« On dit encore que les enfants allemands portent
atteint» à noire neutralité ! Comment peut-on débiter
pareille insanité ! Mais alors l'accueil fait aux Belges
aurait été, de notre part, un véritable acte d'hostilité;
aucun Hollandais germanophile n'a eu pourtant [a
folie de prétendre cela 1

« On insinue encore que l'accueil fait aux enfants
d'Allemagne ne peut que renforcer les désirs annexion-
nistes des Allemands. Comment donc ? Mais avant
tout •: quels sont les pays qui ont le plus annexé ;
l'Angleterre, la France, la Russie, toutes trois ensem-
ble ou- prises séparément, -— ou bien est-ce l'Allema-
gne ? Qui est-ce qui a le plus de sujets de nationalité
étrangère ? Qui est-ce qui conduit les Nègres 'et les
Hindous à l'abattoir contre leur volonté, eux qui
n'ont aucun intérêt à cette guerre ? Qui est-oe qui laissa
mourir de faim-les Irlandais ? Qui est-ce qui, d'autre
part, rendit aux Polonais leur bien-être et leur civili-
sation ? Qui est-ce qui s'appropria le sud de l'Afrique ?
Qui est-ce qui assassina Fouric et Casement ?

« On dit que les Allemands auraient coulé le « Tti-
bantia » et que leurs zeppelins survolèrent le terri-
toire hollandais. Les faits qu'on reproche à l'Allemagne t
sont inévitables en temps de guerre ; elle a d'ailleurs
indemnisé les intéressés et exprimé ses regrets lorsqu'il
y avait lieu.

« Ce que l'Angleterre, "par contre, se permet vis-à-
vis de nous et de tous les autres Neutres, est de l'arbi-
traire pur et' simple ; ses méthodes de guerre sont la-
mentablement viles.

» L'Entente interdit à la Suisse et aux autres [ d^s
neutres, dont elle foule aux pieds les libertés, d'im-
porlei en Allemagne de la farine nutritive pour en-
fants : plus cela dure, plus on se montre ainsi noble,
chevaleresque et brave 1 De toutes parts, l'olï msive
contre les enfants et contre l'initiative des quelques
philanthropes hollandais bat son plein.. — Fi donc !, »

Nous n'ajouterons rien à l'éloquence indignée de
cet article. Le journal hollandais a raison. Pour juger
cette triste campagne de haine contre d'inoffensifs
enfants. Je fait que le fameux blocus affameur a trouvé
sa'réplique efficace dans l'organisation allemande, im-
porte peu.

L'Angleterre affama les femmes et les enfants boere;
elle essaya du même procédé contre l'Allemagne. Ce
n'eBt pas son mérite, si la volonté allemande triomphe
de ses criminels desseins.

Ce qui fait le crime, c'est l'intention.

BULLETINS OFFICIELS ALLEMANDS

Grand Quartier général, le 19 septembre I91G.
Tliéât.e dt la guerre à l'Ouest.
Groupe d'armée du Kronprinz Rupprecht de Bavière.
Dans la région de la Somme, le mauvaiB temps a
empêché les grandes opérations. L'artillerie fut néanmoins
partiellement très active. A l'Est de Ginchy et devant

Combles nom abandonnâmes à l'adversaire quelques tran-
chées complèlement bouleversées et repoussâmes des at-
taques partielles près de Bclloy et de Ycrmandovillers.

Groupe d'urmée du Kronprinz allemand.

Sur la îîve gauche de la Meuse une attaque française sur
le versant Ouest du h Mort Homme» entra passagèrement
dons une du nos tranchée».

Théâtre de la guerre à l'Est.

; Groupe d'armée du feldmaréchal Prince Léopold de Bavière,

> Des troupes allemandes et austro-hongroises" du général
4L von liernliurdi enlevèrent d'assaut, sous le commandement
, - du lieutenant-général Clausius, la lètc de pont russe solide-
- ment fortifiée au Nord de Zarecze, au Stochod, et pour-
suivirent l'ennemi jusque sur la rive Est. 3i orficiers,
a.Dir hommes et 17 mitrailleuses sont tdnibés entre nos
I uiaim. *

Près de Percpelniki (entre le Serctli et la Slrypa) une
patrouille de chaleurs allemands fit prisonniers a officiers
; fio hommes. *

Front du général de cavalerie Archiduc Charles.
La contre-attaque à la Narajowka nous rapporta de
nouveaux avantages. Le chiffre des prisonniers s'est accru
a plus de 4,200. Dans les Carpalhcs, entre le Smotrec et la
région de Kirlibaba, violenta combats. Plusieurs fortes at-
taques russes sont repoussée». Dans la région de la Ludova
l'adversaire réalisa de petits Rvantages.,

Des deux côtés de Dorna Walra les Russes ut- les Rou-
mains subirent de graves pertes dans leurs vaincs tentatives
t d'assaut.

En Transylvanie
| les Roumains sont battus, au Sud-Est de Hoclzing
(Hatszeg) par les troupes du lieutenant-général von Staabs ;
ils soiit poursuivis.

#-

Théâtre de la guerre aux Balkans.

Groupe d'armée du feldmaréchal von Mackcnstn.
Les troupes alliées ont pénétré à plusieurs endroits dans
la position russo-roumaine, indiquée hier.

Front macédonien.

Dans le bassin de Florina de nouveaux combats se sont
dév eloppés.

Grand iQuarlicr général,-le 20 septembre 1910.
Théâtre de la guerre à l'Ouest.
Groupe d'année du Kronprinz Bupprecht de Baiiére.
Sur le champ de bataille de la Somme aucun événement
m d'importance pailiculièrc. Quelques poussées ennemies ont
été rejetées. Nous réalisâmes des avantages dans une attaque
à la grenade près de Fiers. On mande après coup que dans
la soirée du 18 septembre une attaque française, débouchant
de Cléry* a été repoussée.

Groupe d'armée du Kronprinz allemand.

Sur le versant Ouest du Mort-Homme les Français furent
expulsés "d'un petit élément de tranchée, où ils se mainte-
naient encore; g8 prisonniers et 8 mitrailleuses tombèrent
ici entre nos mains.

Dans la nuit du 18 au 19 septembre, nos patrouilles ont
fait prisonniers, dans de fructueuses entreprises en Cham-
pagne, 46 Français et Russes, de même que, la nuit dernière,
un certain nombre de Français au Sud du canal Rhin-Rhône.

Théâtre de la guerre à l'Est,
Groupe d'armée du feldmaréchal Prince Léopold de Bavière.

A l'Ouest de Luck, en face des troupes du général von
der Marwitz, la reprise des-attaques ennemies ne fut que par-
tiellement mise à exécution nu cours de la journte, tandis
que, sur la plupart des points, l'artillerie russe dirigea son
feu^contre l'infanterie'russe, sans réussir à faire soi tir celle-
ci de ses tranchées. Dans la nuit seulement, d'épaisses vagues
d'attaque avancèrent, pour échouèr de nouveau avec lei
plus lourdes pertes. L'adversaire, qui avait pénétrç cher
nous près de Szelwow, fut de nouveau rejeté complètement.

Front du général de cavalerie Archiduc Charles.

A la Narajowka le combat s'est poursuivi, avantagent
pour nous. De fortes attaques ennemies furent rejetées.

Dans les Carpathee déjà couvertes de neige les attaque*
russes continuent. L'ennemi a réalisé ci et là des avantages
paitiels.

En Transylvanie
les Roumains sont rejetés au delà du col de Szurduk.
Théâtre de la guerre aux Balkans.
Groupe d'armée du feldmaréchal von Mackensen.
~* Dans la Dobroudja des combats violents et mouvementée
ont eu lieu. L'ennemi qui a amené en toute haie dea
renfort*, résiste avec une grande opiniâtreté dans sa nou-
velle position.

Front macédonien.

Près de Florina et au Kamakcalan des attaques ennemies
ont été repoussées, en partie après corps à corps. A l'Ouest
de Florina des avant-gardes évitèrent le choc. A l'Est de la
ville l'adversaire a été attaqué par surprise et avec succès..

Au Sud de la Belasica Planina les Bulgares ont fait
prisonniers, le 17 septembre, 5 officiera a5o hommes, en
rejetant les Italiens hors des villages de Matnica el de Poroj,

BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

fins, M septembre 11)16, eoir.
Au Nord de la Somme, noub avons élargi nos positions sur la
partie de notre frouL ijui lait lace a Combles cl pris d'assaut, au
suil-Lst do celle localité, la lenne Le Priez, organisée en point
d appui par l'eancau. Des combats partiels* très vifs ont eu lieu
au Nord et au bud de Boucliavesnes. Nous avons intégralement
maintenu, tous nos gains. Au Nord de la tiomme, noua avons pro-
gusse a lu grenado a l'JEst de Belloy-en-Sauterrc. Rien à signaler
sur le reste du Iront.

Fans, 15 septembre J916, 3 Iieuies.
Au NjOid de la Somme, hier en lin de soirée, au Cours d'une
attaqua vivement menée, nos troupes ont emporté d assaut un
ensemble do tranchées allemandes au Sud de Rancoiul cl pou3<H
des cléments jusqu'aux lisières de ce village. Pendant la nuit, Ici
Alk-nandi ont renouvelé leurs attaques dune la région a l'Est de
Clcry. Toutes leurs tentatives ont subi un échec sanglant, notam-
ment vers l'extrémité Sud do la croupe 76" où l'ennemi a éprouvé
du tories pertes. Au Sud de la Somme, nous avons facilement
• repousse une attaque a la grenade au Nord-Est de Beray-cn-San-
torre. Entre l'Oise et l'Aisne, un coup do main sur une Hanches
ennemie de la région d'Autrèches nous a permis d'infliger quelque»
poites aux .Allemands et de ramener des prisonnier s. Sur la rive
dreulo de la Meuse, l'ennemi a essaye a deux reprises «attaquer
nos lignes a 1 ouest do la route du fort de Vaux. Nos feux de mi-
trailleuses l'ont a chaque fois rejeté dans ses tranchées de départ.
Nuit calme partout ailleurs.

Paris, 13 septembre 1910, soir.

Au Nord do la Somme, nos troupes ont réalise une avance m _
Nord de la ferme Le Priez où nous avons enlevé un système de
tranchées allemandes sur- une profondeur do cinq cents mètres
envuon. Cette avance conjuguée avec les opérations de 1 armée
britannique a sérieusement amorcé l'encerclement de Combles.
De vifs combats Ont eu hou a l'Est de la route De Bethune et au
Nord du Oouchuvesncs au cours desquels nous avons élargi noa
positions. Au Sud do la Somme, deux attaques dcctanchécs a
1C heures dans lo secteur Dcmécourt-Dcrny nous ont valu de sen-
sibles -avantagea. A l'Est do Deniécourt une tranchée fortement
tenue par l'ennemi et un petit bois ont été enlevés après un rapide
combat. Au Nord-Est do Bcruy, Irois tranchées ont ùle succes-
sivement conquises par nos troupes. Deux cents prisonniers dont
cinq ofliciers sont rcsLes entre nos mains. Nous avons pris une
dizaine do mitrailleuses. Les derniers renseignements parvenus
signalent quo le terrain conquis «et après-midi est couvert de ca-
davres allemands. Sur lo reste du front journée relativement
calme sauf dans les secteurs Thiaumont, I-'leury, Vaux-Chapitre où
il lutte d'artillerie continue, très vive

La guerre aérienne : Sur lo front de la Somme, nos pilotes se
sont aujourd'hui particulièrement distingués au cours de nombreux
combats livres au-dessus des lignes ennemies. Le sous-lieutenant
Cuyncmei' a abattu son seizième avion, lo sous-lieiitcnaut Nun-
geascr son douzième, lo lieutenant Hcurteaux son sixième, le sous-
heulonant de Rochefort son sixième. De plus, il se confirma quo
dans un des combats de ces derniers jours, le lieutenant Deumn
a remporté sa sixième victoire. Deux autres appareils allemands,
attaques tic très près,~ont dû atterrir sérieusement touchés. Sur
le front de Verdun, un appareil a été abattu au Nord de Douau-
mont ; enfin, dans les Jl osges, nos canons antiaériens 01.[ dea-r
eendu un Fokker, qui s'est écrasé sur le sol, pies de Lusse.
Notre aviation de bombardement a fait preuve* d'une grande
activité dans la nuit du 14 au 15. Un groupe de dix avions ont
lance 77 Ôbua de 120 et 8 obus incendiaires sur les gares cl les
voies ferrées de Tergnier, Chauny, sur la gare et Ici baraque-

FliUILLETON DE Lrt iGAZEÏIB DES Ali DU N NES» 22

LA VICTOIRE

Par Paul ACKblt.

Un faible soleil traînait sur les rives. Le remorqueur,
visible enfin, luttait contie le courant. Le drapeau alsacien
à la proue, il avançait durement, la coque brune avec une
large bande bleue, sa barque secouée par les vagues écu-
mante^ que battaient le» roues à aubes. Derrière lui, et
assez loin l'un de l'autre, deux longs chalands noire, char-
gés o\ù chaibon, l'ancre suspendue à l'avant, tiraient sur
le» cibles d'acier. De petites cabines élevaient à l'arrière
leurs charpentes en bois jaune, où s'encadraient d'étroites
lenêtrea aux rideaux blanc». Du remorqueur, un homme
salua gaiement Madeleine qui lui rendit son salut.

Inhabile à pailer aux femmes, car il ignorait l'art de
dégiti-i-i sa pensée et de préparer le» phrase» banales qui
amènent les phiases plus grave», André s'indignait de ce
calme peut-être sincère, peut-être affecté.

— Je partirai mercredi, el non jeudi, fit-il.

Madeleine se taisait.

—■Voue ne vous élonnez pas de mon départ P
Elle ne parut point frappée par l'accent nerveux do
cette voix.

— Je m'étonnerais, si vous oubliiez tout ce qui vous
appelle au Calois.

Ai.dré haussa le» épaules ; B

— Oh ! le Caloi» l

Ses lèvres »c serrèrent, pour retenir des mot» déjà sur
ta bouche. Madeleine «'était rcmiîe a marcher, tranquille,
indifférente. Mais il ne voulait pas qu'elle continuât à
marcher si tranquille, si indifférente, tandis que »& raison,
à cause d'elle, depuis tant de jour», et maintenant plus
que jamais, était boulevenée.

— Si je pars, lança-t-il, c'est que je vous aime 1
Madeleine l'arrêta, pâlissante.

— Oui, oui, répéta-t-U lusiilôt et pomme a'il cédait

bien plu» à un mouvement de colère qu'à un mouvement
d'amour, je vous airne. Je croyais ne jamais aimer ; je ne
voulais pai aimer. Et c'est vous que j'aime... von* pour
qui je n'éprouvais, îl y a encore quelque» mois, que de
l'antipathie. Au Calois, je n'ai tant souffert de la solitude
que parce que vous n'étiez pas là. En vain ai-jc essayé de
m'abuser ; c'était vous qui me manquiez, votre voix, votre
visage. Et, si je suis venu »i vite, après avoir repu la lettre
de ma mère, c'est parce que votre malheur me servait h
moi-même d'excuse. J'avais un prétexte pour courir vers
vous, puiique vous étiez malheureuse. Ah ! les résolu-
tion», le» principes 1.... le regard d'une femme, et tout
■'évanouit.

Elle porta la main à ses yeux.

— Mais vous, continua-t-il, vous ne m'aimez pas, vous
ne m'aimez pas 1

Il lui parlait, comme si elle était coupable.

— Non, non, vous ne m'aimez pas. Je pars : rien de
plus naturel, n'esl-ce pas P Vous n'avez ricu deviné de ce
qui se passait en moi, ni pourquoi je iuÎb venu, ni pour-
quoi je restais, ni pourquoi je pars. Et d'ailleurs pourquoi
m'ai incriez-vous P vous ne vous rappelez que mes dédains
ancien;, mes railleries. Vous ne m'aimez pas, vous ne
m'aimez pas.

D'un geste brutal il la força à découvrir son visage.
Elle laissa tomber sur lui un lent regard triste.

— Je n'ui jamais dit cela, André.

Dans le ciel, presque dégagé, le soleil descendait. En
bai de la digue, une molle ondulation courbait cl redressait
les roïcaux aux barbes violettes.

Il balbutia, tremblant, toule sa lièvre furieuse abattue :

— Vous ne m'avez jamais dit que vous 11» m'aimiez pas.
Je ne me suis pas trompé... J'ai bien entendu.

Silencieuse, Madeleine inclinait son fiunt.

— Vous m'aimez donc? înterrogca-t-il. avec une ar-
deur impérieuse. Il faut me le dire. . il faut me le duc.

Elle étendit la main :

— Je voua en supplie...

Il n'était pas de ceux qui fc contentent de prières et de
plaintes ; les mots seuls, pour lui, avaient un sens.

-1 . — —

— 11 faut me le dire, il faut me le dire...

Elle releva la tête, et fixa cette fois, sur lui, des yeux
assurés :

— Je vous aimais, quand vous ne m'aimiez pa>.

Une vapeur blanche " flottait déjà sur les prés, à la
lisière des bois. On n'entendait plus que le glissement
pressé de l'eau entre les rives, et, très loin, dani le pays
■de Bade, le roulement étouffé d'un train.

Remplie de confusion par cet aveu qu'André lui arra^
ehait, Madeleine l'implora :

— Luissez-moi, laissez-moi.

Il ne lui obéit pas, et, tandis qu'elle reprenait le che-
min de la maison, il la suivit, à quelques pas, non qu'il
n'osùt l'accompagner, mais pour la regarder marcher
devant lui, si jeune, si aisée, si belle. Une joie, „qu'rl
n'avait encore jamais ressentie, le soulevait, la joie d'ai-
mer, la joie d'être aimé, la joie aussi de s'être libéré de
tant d'hésitations, de tant de craintes et de voir, avec net-
teté en lui-même el dans ?a vie, la joie du pur amour.

Ils atteignirent ainsi la maison. Le soleil était rouge
dans le ciel clair,

— Madeleine, dit-il, el cet appui sonnait comme- un
ordre.

Elle entrait dans le jardin ; elle se retourna.

— Voulez-vous être nia femme P demanda-t-il.

— Votre femme, rmirmura-t-eUe.

Elle fut saisie d'une peur soudaine devant ce visage
contracté :

— Etes-vous sûr de m'aimer vraiment P
Il répondit :

— Je vous aime.

XIII

C'est une vérité banale qu'il est vain de mépriser
l'amour : toujours, à quelque moment, il devient le maître
souverain, et ceux-là mêmes qui senoigueillissaient de
l'ignorer subissent avec le plus de violence son pouvoir,
une fois qu'il s'abat sur eux. André lui appartint lout en-
tier dès qu'il e*i fut abandonné : plus rien n'exista que
Madeleine. Il aimait Madeleine, Madeleine l'aimait : à quoi
bon de longues fiançailles P 11 voulait emporter sa femme

avec lui, le plus vite, comme un bulin. M1"" Crayau comp-i
tait que Madeleine et André s'en iraient quelques semaines
en Italie ; jeune mariée, elle y avait promené sa jeune tem
dretse et ne concevait pas qu'on pût faire un autre voyage
de noces. Un nouvel étonnement s'ajouta à tous ceux que
lui causait, bien qu'il la ravît, ce mariage si rapidement
mené, quand André lui annonça qu'il partait avec ra
femme pour l'Alh magne du Sud. Le» seuls pay» de
l'amour, c'étaient, pour Mm* Crayan, les pajs du Midi, où
la mer reflète l'éternel azur du ciel : Imaginait-on heureux
de jeunes amants sous les bruines d'un ciel septentrional ?
André, au contraire, rcjJoutait Venise, Bcllaglo, Rome,
-Sienne, Florence, giamies villes ou petites viiks, loulcs
cosmopolites ou bien a la mode, où au détour d'unc rue,
■tu1 une place, dans une église, surgissent, inévitables, de
vagues amis empressés à ne peint vous quitter. Eii novem-
bre, on ne visite pa= l'Allemagne : là, nul fâcheux 11c trou-
blerait son bonheur.

Iout d'abord ce ne fut pas vraiment du bonheur. Chez
les natures passion nues, mais longtemps chaslei, l'amour,
souvent, se déploie avec une sorte de fièvre douloureuse. II
a le désir de l'infini, mais toujours inassouvi — car la pos-
session "de l'objet auquel il s'attache ne lui paraît jamais
nssc-z complète — il demeure frémissant et sombre. Ainsi
ta fut-il d'André, au moins durant les premiers jours : son
amour violent, sensuel, ombrageux, qui s'inquiétait d'un
geste, d'un sourire, d'un silence et qui exigeait une -pré-
sence continuelle, ressemblait parfois à de la fureur, et
Madeleine eût versé des larmes, si elle n'avait discerné que
les pleurs, au lieu d'attendrir son mari, éveilleraient en lui
de la méfiance, peut-être de la colère. Elle puisa dans son
propre sentiment,- aussi profond, mais plein de pudeur, la,
force instinctive d'endurer, sans trahir son effroi, celle ar-
dtui lyrannique et de la calmer. Compagne toujours
d'égale humeur, qui savait sans pédaitrsmc, et qui igno-
rait si justement aussi tant de choses, ne voulant être ni
l'esclave ni la maîtresse de son mari, mai» sa femme, Ma-
deleine iui révéla un autre amour plus beau, et seulement"
réalisé par l'union d« cœurs.
 
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