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2* Année.

N- 270.

Charleville, lo 30 Septembre 1916.

Gazette

JOURNAL DES PAYS OCCUPÉS PARAISSANT QUATRE FOIS PAR SEMAINE
On s'abonne dans toiA les bureaux de poste

LE PRIX DE LA REVANCHE

Ce n'est pas l'heure d'écrire ni de parler, disait
l'autre jour, à la tribune de la Chambre, un député
français. Et il se mit » calculer, alignant les chiffre»,
pour dresser le funèbre bilan de cette guerre faUïe,
dont certain» attendent peut-être encore, pour la
France, la « revanche » tant rêvée, appelée depuis qua-
rante-six ans.

La Revanche ? Pour comprendre à cette heure'toute
la tragique ironie de ce mot, il suffira d'ajouter quel-
que^chiffres de détail au bilan d'ensemble :

l^flsace-Lorraine, dont la reprise est le but de
guerre officiel du gouvernement français et de tous les
partis qui le soutiennent, comptait, en igio, environ
i million 874,000 habitants, soit 937,000 hommes.

Or, la France a déjà perdu dans cette guerre au
moins un million de morts, c'est-à-dire plus que le
chiffre des Alsaciens-Lorrain» qu'elle désire s'adjoin-
dre. Et parmi les habitants de l'Alsnce-Lorraine,
20,4,260, c'est-à-dire environ ioi,i3o hommes seule-
ment sont de langue française, La France a donc déjà
•aorifié, en chiffres ronds, dix fois plus d'hommes à
ion idéal de revanche qu'elle n'en pourrait « délivrer «
parlant sa langue. Et les millier» d'Alsaciens-Lorrains
qui ont également payé de leur sang l'obstination de
leurs ii libérateurs » ne sont pas comptés dans ce calcul.
Et pourtant, eux aussi manqueront à l'appel!

En face, de ces chiffre» qui sont des faits, comment
ne pas voir toute la disproportion qui existe entre le
but et le» moyens, entre Vhypothétique résultat et son
prix, dès aujourd'hui terriblement réel et payé comp-
tant ! Ce prix, dont chaque jour augmente l'énormité,
sans que, d'autre part, le but apparaisse moins loin-
tain et sa réalisation moins chimérique I

BULLETINS OFFICIELS ALLEMANDS

Grand Quartier général, lo 28 septembre 1910.
théâtre de la guerre à l'Ouest.
Groupe d'armée du Kronpnnz Iïupprccht de Bavière.
Entre l'Ancre et la Somme les Anglail et les Français ont
' renouvelé leurs forte» attaques, après un feu de préparation
qui a presque surpasié encore le» expériences antérieures.
Sur la plu» grande partie du front de combat, notre iné-
branlable infanterie, commandée par les généraux Sixt von
Armin, von Hugel et von Schenck, et efficacement secondée
par l'artillerie et l'aviation, a victorieuiement repoussé l'en-
nemi. Pré» de Thiepvai et à l'Eu d'Eaucourt-PAbbaye, ie
oombat acharné n'est ps» encore terminé. Les attaques dé-
bouchant de la ligne de Morval—Bouchavesnes, que l'adver;
saire répéta vers le loir, sam tenir compte de» perte» san-
glante» subie» lor» d'un premier assaut complètement in-
fructueux, furent particulièrement violentes. Des détache-
ments ennemi», qui avaient pénétré, furent aussitôt rejeté»
hors de no» lignea ; dan» quelques éléments de tranchée au
Mord-Ouest de Rancourt et à l'Est de Bouchavesne», l'ennemi
parvint à se maintenir, _

Nos aviateur» ont abattu hier 7 avions, dont 4 daas la
région de la Somme.

Une petite escadrille d'avion» ennemi», qui a «urvolé à
l'aller et au retour le territoire hollandais, attaqua aans
succès Allost.

Lon d'un bombardement de Bruxelles par des avion»
anglais, i5 maisons ont été détruites, i5 Belges tué» «t
a8 blessés.

Théâtre de la guerre à l'Est.
■Front du feldmaréchal Prince Léopold de Bavière.

De faibles poussée» russes à l'A» (k l'Ouest de Riga)",
ainsi qu'entre les lacs de Miadziol et de Narocz, furent facile-
ment repoussées.

Le» parties de notre position près de Korytnica, signalée»
comme perdues dans le communiqué du a a septembre, ont
été reprises hier, après un rude combat, par une contre-
attaque pleinement réussie~des troupes du général von der
Marwitz, qui nous rapporta encore d'autre» avantage».
Toutes" le» tentatives de l'ennemi pour nous re-
pousser à nouveau échouèrent. Le 4™* corps d'armée russe d«
Sibérie a subi, d'après les rapport» de no» troupea*>des pertes
équivalent à l'anéantissement de ce corps. 4i officiers, a.800
hommes restèrent prisonniers entre nos main» avec 1 canon
et 17 mitrailleuses.

Front du général de cavalerie Archiduc Charles.
Pour améliorer notre position, nous avançâmes nos
lignes à l'Ouest de Folw Kraenolesio (entre la Zlota Lipa «t
la Narajowka), faisant prisonniers i3o Russe» et prenant
4 mitrailleuses ; des contre-poussées restèrent sans succèi.
Dans les Csrpathes l'ennemi attaqua sur plusieurs point»;
' il est repoussé, ci et là après corps à corps. Au Nord-Est dfl
Ki ni baba des contre-attaques sont encore en train.

En Transylvanie,
Près de Hermannstadt on se bat avec succès et opiniûtroté.
Théâtre de la guerre aux Balkans.
Sur les fronts aucun événement d'importance particu-
'lièrc. ~ f

Nos aviateurs jetèrent de nouveau un grand nombre de
bombe» sur la ville de Bucarest, qui brûle encore a plusieurs
^endroits, 6 la suite des derniers bombardements.

Grand Quartier général, le 2B septembre 1916;
Théâtre de la guerre à l'Ouest.

Groupe d'armée du Kronpnnz Rupprecht de, Bavière.

Après les attaques ennemies du 37 septembre, que nous
avons parées en infligeant à l'adversaire des pertes san-
glantes, la bataille de la Somme s sensiblement diminué
hier d'intensité. Une vigoureuse attaque anglaise entre
l'Ancre et Courcclette fut repoùssée sur son aile Ouest en "
corps à corps ; nous abandonnâmes de petits éléments de
tranchée. Au Nord-OueBt et su Nord de Courcelette l'attaqua,
s'effondra dans notre feu. Près d'-Eaucourt-l'Abbaye une fai-
ble attaque échoua également.

Théâtre de la guerre à l'Est.
Front du feldmaréchal Prince Léopold de Bavière.
A part une faible et infructueuse poussée russe su Nord-
Ouest de Goduzicbki et une canonnade accrue par endroits,
aucun événement.

Le chiffre de» Russes capturés, le 37 septembre, près de
Korytnica s'est accru à 4' officiers et. plus de 3,000 hommes,
notre butin à a canons et 33 mitrailleuses. ,

Front du général de cavalerie Archiduc Charles.
Dans lea Carpatbes les combats continuent. Aucun évé-
nement essentiel.

En Transylvanie
la résistance de l'ennemi faiblit dans le secteur de Heri
mannstadt. Les forces roumaines sont jetées contre k
montagne.

Théâtre de la guerre aux Balkans. _
La situation est sans changement.

BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

Paris, 23 septembre 1916, ioir.
Sur lo liont de la Somme, la lutte d'artillerie o été use»
violenLo dans la région do Bouchavesnes et dan» le aectour Belloy-
Berny. On ne signale- aucune action d infanterie. Dana le» Voatroa,
l'ennemi a fait une tentative contre nos positions, >u Sud du col
Sauilc-Mane. Après un assez vit combat t 1» grenade, il a été
rejeté dans ses tranchées. Aucun événement important sur U
reste du front.

Paris, 24 septembre 1916, 3 heures.

Au Nord de la Somme, notre artillerie s'e»t montrée active »u
cours de la nuit. L'ennemi a faiblement réagi. Ce matin un*
atLuque allemande, lancée sur la ferme du bois Lab6 et «ur nos
position» au Sud, a été prise sou» Le feu violent de nos mitrail-
leuses et de nos canons. L'ennemi s'est disperse avant d'avoir pu
aborder nos lignes, laissant de nombreux cadavres sur la
terrain. Sur la rive droite de la Meuse, nous avons facilement
repoussé plusieurs tentative» allemandes sur la cote du Poivra
et au Sud-Est de Thiaumont.

La guerre aérienne : Dans la journée d'hier l'aviation ennemie
■'étant montrée plu» active que de coutume, no» escadrilles de
chasse ont livré sur la plus grande partie du front do véritable»
batailles aériennes. Nos pdotes ont remporté de grand» succès
et dominé incontestablement l'adversaire. Sur le Iront de la
Somme, vingt-neuf combats ; quatre avions ennemis sont abattu».
L'un tombe dans le bois de» Vaux ; deux autres, attaqués succea-
iivement par le sous-lieutenant Guynemer, descendent en H ani-
mes, après quelque» minutes de combat ; le sous-heutenant
Guyueuier, do ce fait, s dans la même journée descendu son 17"
et son 13* avion. Le quatrième enfin s'est écrasé sur le sol au
Sud de Miscry. Troia autres appareils allemands, sérieusement
touches, tombent désemparés vers Estrées. Dans ta région dg
Péronne, quatre avions ennemis sont contrainte d'atterrir dans
leurs lignes. Il se ^confirme d'autre part qu'un des avions alle-
mands donnés comme sérieusement touchés dans 1» journée du
22 septembre a été abattu entre Miscry et Villers-Carbonnel. Plu»
au Sud, entre Chaulnes et l'Avrc, six appareils allemande ont été
abattus : l'un d eux tomba en flammes pré» d% Chaulnes, au
cours d'un combat livre par quatre de nos appareil» à un groupe
de six avions ennemis ; le second est tombé t -Licourt, 1*
troisième a Parvillers , le quatrième est vu s'écrasant sur le sol
au Sud do Marchè-le-Pol ; le cinquiémo et le sixième, abattus par
le même pilote dans un combat qui nul. aux prises une de nos
escadrilles, avec un groupe de six avion» allemands, tombent
dans la région d'Audechy et l'un d'eux dan» no» ligues. Dan» la
région au Nord de Chaton», un Fokker tombe en flammes à
proximité do nos ligne», un autre Fokker paraît sérieusement
touché. Dans la région de Verdun, un avion ennemi, mitraillé de
prea, glisse »ur l'aile et descend sur la cote du Poivre. A l'Est
de Sainl-Mihtel, un Fokker pique verticalement dans aes lignes.
En Lorraine, un de nos pilotes poursuit un appareil allemand
jusqu'à 20 kdomètics dans ses lignes, tue le passager et contraint
l'avion à descendre en vrille. Un autre avion ennemi s'abat dans
1» foret de Gremecey. Enfin dans les Vosges deux avions enne-
mi» piquent dans leurs lignes d'une façon anormale à la suite
de combats avec nos pdotes.

Paris, 24 septembre 1016, soir.
En dehors d'une lutte d'artillerie- assez violente au Sua do la
Somme et dans les secteurs de Thiaumont et da Fleury (riva
droite de la Meuse), on ne signale aucun événement important
sur l'ensemble du front.

La guerre aérienne ; Dans la nuit du 23 au 24 icptembre, sept
de nos avions ont lancé quarante-six obua de 120 et quatre de
151) sur les usines du la région de Romhach et de Thionville. La
capitaine de Bcauchamps et le lieutenant Daucourl, pilotant
chacun un appareil sont parti» aujourd'hui à 11 heures de leur
.camp d'aviation et «ont allés jeter doute bombes sur les usines
d'Essen (Westpbalie). No» aviateur» sont rentré» indemne» à leur
terrain d'atterrissage après avoir accompli un raid de huit cent»
kilomètres.

Paris, 25 septembre 1816, 3 heure».
Sur le front de la Somme, vive» actiona d'artiilerie au cours
de la nuit dans différents secteurs au Nord et au Sud de 1*
rivière. Sur la rive droite de la Meuse, noua »vona aisément
repousse une attaque allemande sur uu de no» ouvrage» S l'Est
du bois de Vaux-Chapitre. La lutte d'artillerie continue interne
dan» le seçleur Thiaumoiit-Fleury-Vaux-Chapilre.

La guerre aérienne ; Des avion» ennemis ont jeté hierl dé»
20 h. 30, une dizaine de bombes »ur la région de LunèvUle. Une
■"lamine » été légèrement blessée. Les dégât» matériels sont in-
tignifiants. Dans 1» journée d'hier, un avion ennemi, attaqué par
un de» nOtre», est tombé désemparé au Nord de Misery. Trois
autres appareils sérieusement touchés ont été contraints d'altcmr.

Dans la nuit du 24 au 96, douze de nos avion» ont lancé quatre-
vingl-dix-huit obus sur le village et la gare -de Gmscard. Dans
la même nuit, sept de nos avions ont lancé cinquante obus de 129
sur le» usine» de Thionvule, de Rombacb et sur 1# gare d'Audun-
1* Roman. Un incendie ■ été vu a Rombach à la suite du bon**
barde ment.

BULLETINS OFFICIELS ANGLAIS

(front occidental.)

Londres, 23 «eptembre 1016, I h. et 11 h. soir.

Au Sud de l'Ancre, nou» avons réalisé la nuit dernière uns
nouvelle avance à l'Eat de Courcclette. Nos troupe» »e «ont
•mparèei d'un important »y»téme de tranchée» ainsi que d'un
«erUin nombre de prisonniers et elles eut avancé leur» ligne»
sur un front d'environ S00 mètres. A l'Ouest de la ferma du
Uouquct, une Irè» violente contre-attaque ennemie diclanchés
hier~a la tombée de la nuit a été repoussèe avec de fortes pertes.
L'artillerie allemande a montré une très grande activité au cour»
de 1» nuit en différents points du front d» baladle. A J'E»t de
Bèthuno, notre [au d'artùlene a fait exploser un dépôt da
muntions ennemi.

Nou» avons encore fait quelque» progrès au Sud de l'Ancre
•t établi des postes avancés dans les premièrea ligne» de
tranchées ennemies. Lea résultat» de notre bombardement d'hier
ont été dans un aeul secteur : 10 emplacements de batterie.»
détruils, 14 autre» fortement endommagés et fi dépôt» de muni-
tion» sautés. Aujourd'hui, nos canons ont allumé un grand
incendie dan» un village qui est un centre important de ravitiulsn
ment pour l'ennemi. Grande activité aérienne hier ; une cinquan*
laine de no» avions sont »llé» bombarder un nceud important da
chemins de fer et ont causé de grand» dégâts ; deux trains d*
munitions ont sauté, provoquant de violentes explosion», D'autrss
escadrille» ont également réussi à bombarder des voies ferrées,
des aérodrome» et d'autre» emplacement» nuhtaires. De plus.,
de nombreux combat» aériona ont été livres. Trois appareil»
ennemis ont été détruit» et cinq auUe» descendu» endommagé»,
an dehors de ceux qui furent contraints d'abandonner le combat
et d'atterrir .brusquement, maia no» aviateur», trop occupé» par
leurs adversaires, n'ont pu constater leur état sur le sol. -Cinq
de no» »ppareils no sont pas rentrés. —

* Londres, 24 septembre 1916, midi 30 et 10 h. 50 soir.

Au Sud de l'Ancre, l'artillerie a montré de part et d'autre une
très grande activité au cour» de la nuit. A l'Est de Neuvihe-Soinlr
Vaast, nos troupes ont pénétré dans les tranchée» ennemies, d'où
elles ont ramoné un eertain nombre de prisonniers.

Au Sud de l'Ancre, l'ennemi a lancé trois attaques successive»
contre nos' ligne» â l'Ouest de Lesboeuta. n a été repouiaé
chaque fois en subissant des pertes. L'activité aérienne' a encore
été considérable. Hier, nos aviateurs ont réussi cinq bombarde-
ment.-, sur des gares, occasionnant do grands dégâts. Dan» un
combat aérien 11 y a au choc des deux avions. L'aviateur ennemi
est tombé verticalement, tandis que notre aviateur, après une
chute da plusieurs milliers de mètres, réussissait a redevenir:
maître de son appareil et k retraverser heureusement le» lignes.
Il avait volé plu» de trente kilomètres avec une machine isns
direction. En tout nous avons détruit cinq appareils ennemis si
deux autres sont tombés très endommagés. Cinq des notre»
manquent.

Londres, 25 septembre 1916, 1 h. 10 soir.
Au Sud de l'Ancre, l'enneini a aujourd'hui attaqué un de no»
postes avancé» k l'Eil de Courcelette, mais il a été repoussé.
La nuit dernière, nous avons (ait sauter des mines au Nord de
Neuve-Chapelle et su Nord d'Hulluch. Les travaux ennemis ont
été trèa endojnmagéa. Des raids ont été exécutés dan» le»
tranchée» allemandes en plusieurs points de la partie Nord du
champ de bataille.

EN FRANCE

LE DISCOURS DE M. ROUX-COSTADAU.

Dans la même séance parlementaire du ao septembre,
où M. Brizon a tenu le discours déjà résumé dans la « Co-
lette d, M. Roux-Costadau s'est exprimé dans le même sens.
Voici ce discours, qu'aucun journal parisien n'a reproduit J

Af. le président. La parole est à M. Roux-Costadau.

M. Roux-Costadau. Je n'avais pas l'intention de prendra
part a ce débat, mais j'y suis incité par les provocation» cte
la censure. Il est bon qu'une juste leçon soit infligée de

FEUILLETON DE Lu. tGAZBTTB DUS AHDBNNES» Va

LA VICTOIRE

Par Paul ACKER.

Le hasard l'éclaira un soir, où Ut dînaient chez les Le
Henné Le» homme», aprè» le café, prolongeaient si peu
«Uniment au fumoir leur conversation que M"0 Le Bienne
et Madeiein* vinrent le leur reprocher. Il» discutaient avec
Mâmation. En pénétrant dans cette pièce, où dans uns
fumée épaisse s'échangeaient les propos, Madeleine distin-
gua, la voix sèche de ion mari. «Tour moi, monsieur,
àbait-U je déclare que mon travail m'appartient I moi
muI Je ne permet» à personne non seulement de • y im-
miscer, mais eruorc de s'en préoccuper. - Pu nitme à
votre femme ? demanda l'interlocuteur. » André, qui aper-
cevait Madeleine, ne répondit rien. C'était un mois aupa-
ravant qu'il avait accueilli ai mal sa présence à 1 atelier.
Madeleine avait alors pensé qu'il redoutait d'être dérangé
pour de rutiles curiosités. Maintenant, elle entendait ce
qu'il avait dit : de sa vie, il faisait deux parts bien dis-
tincte», l'une gui s'écoulait daus son atelier inviolable, et
l'autre'qui s'écoulait dans sa mai-ou . entre les deux, il
n'acceptait rien da commun. Parce qu'elle ne connaissait
pas le passé d'André, sinon dans ses grandes lignes — le
passé un peu aventureux d'un homme qui cherche sa voie
— aile imagina qu'après avoir cédé aux mouvements de
•on coeur, il la considérait de nouveau comme un être fri-
Tole, qui ne pouvait et ne devait rien comprendre à ce
■u'il tentait. La rai»on d'ordre général qui déterminait une
pareille conduite lui "échappait. Comment, d'ailleurs, l'au-
rait-elle découverte, elle qui ne voyait dans l'amour que
l'union intime de tou» lea sentiments et de tous les efforts P
Mai» de même que rien n'avait trahi le chagrin que lui
•sus» la scène de l'atelier, rien ne trahit la clarté que jeta
sn son esprit la phrase saisie au fumoir. Quand André
•/Irritait des obligation» que leur imposaient leur» rela-
tion», elle se déclarait toujour» prête à y renoncer. S'U
apngeoit, elle ne lui demandait plu» : «A quoi songes-tu? »

parce qu'elle avait horreur de son odieuse réponse : « Mai»

à rien», et surtout de ce baiser compatissant dont il lui
effleurait le front aussitôt, eu h figurant mériter ainsi le
pardon. Madeleine affecta de se désintéresser complètement
de ses travaux, maie, résolue à devenir pour lui ce qu'elle
voulaiWétre, elle attendit une occasion favorable.

Le printemps argent* les grand» peuplier» et reverdit
les branches repoussées de» saules. De nouveau, chaque
matin, les trompes des petits patres sonnèrent dans le vil?
lage. Puis ce fut l'été. Souvent André s absentait ; U par-
tait pour Paris, pour Reims, ou pour Etampes, parfois
éloigné toute une semaine. Il donnait à sa femme de va-
gues renseignements ; Madeleine en obtenait aussi, sans le*
solliciter, au hasard d'une conversation avec M™* Pacot.
Elle apprit ainsi qu'André essayait, par des expériences ré-
pétées et malheureuses, de transformer eu traction verti-s
cale la traction horizontale d'une hélice. La honte d'avouer
son ignorance empêchait Madeleine d'interroger Pacot.
Mime, un après-midi, où celui-ci offrait de lui montrer dans
tou» ses détails l'atelier, elle avait rcfuBé »i sèchement qu'il
ne »'y était plus risqué. Comme la vie, malgré »a tristesse,
■'enfuyait I Tant de petites choses régulières, en dehors de
la maison, lu remplissaient, des visites aux pauvres gens,
des soin» aux enfants, une assistance discrète, niais vigi-
lante. Dans ce village sans médecin ni pharmacien, Made-
leine tenait lieu, un peu, de l'uu et de l'autre : on la cher-
chait, tandis qu'on dépêchait un homme au bourg voitin'
Eli*; connaissait chaque maison, chaque habitant, et son
cœur affligé e'ulfSehuït è ce coin perdu. Mm* Crayon, qui,
de temps en temps, apparaissait ou Calois, s'étonnait tou-
jours^ avec lu même vivacité, qu'une femme pût y vivre.
Aussi sltribua-t-eile à cet exil la raison de la mélancolie
où Madeleine s'abîmait. Il fallait distraire cette petite ;
M™" Crayan l'emmena tout le mois d'août dans une plage
du Nord, où André les accompagna. Madeleine eut alors
son mari a elle, comme elle ne l'avait pas eu depuis leur
voyage en Allemagne, mois »a lie rte lui défendit d'exercer
une séduction qui peut-être eût forcé André a s'expliquer.
Elle l'aimait trop hautement pour le conquérir par des
moyens misérables.

De retour au Catois, la vie recommença, pareille, tandis
que les feuilles bombaient, que le vent sifflait à travers U
marais, et que le ciel livide ta chargeait da pluies. LTilver
rameua les chasseur» : il» descendaient du train dan» la

nuit, animaient un instant le village endormi, «'enfers
maient dans les huttes, puis, «il» piquette » du jour,
tapis derrière les hublots, ébranlaient de leur» détonation»
roulante» le silence de» étangs. Les vols triangulaires d'oies
sauvages rayaient le ciel. Toute la vie se répéterait-elle
ainsi, fidèlement, chaque année ? La révuite remplaça en
Madeleine la tristesse. Elle ne se plierait plus à un ryle
jusque-la accepté dans l'espérance que, bientôt, André, de
lui-même, l'en délivrerait. Elle réclamerait toute na part
d'épouse, et d'abord elle voulait savoir ce que son mari
avait fait.

Ln matin de janvier, André annonça qu'il passerait à
'Amiens l'après-midi. Madeleine décida aussitôt de se ren-
dre à l'atelier. Elle sortait du pavillon, quand elle rencon-
tra, sur l'allée, Pacot et sa femme. Ils s'a>anuèrent et ils la
saluèrent, embarrassés.

— Qu'est-ce qu'il y a doue ? questionna Madeleine.

— Eh bien, voilà, madame, dit Pacot, qui roulait sa
casquette cntie ses mains. Le patron est parti pour Amiens,
11 ne rentrera que vers six heures...

11 poussa du coude sa femme :

^- Dis-lui. ^

M™* Pacot acheva, moin? hésitante :

— Pacot, madame, voudrait vous montrer l'appareil.

— L'appareil 1 il est doue terminé! I s'ceiia lu jeune
femme.

— A peu près, dit Pacot.

— Mais quand l'a-t-on construit P

— Il y a deux mois qu'on y travaille... bredouilla Pacot.
Encore une aile à fixer et ça y seu... J'ai cru... J'ai pensé
que cette fois, je devais... il fallait... cnlin j'ai voulu vous
montrer... seulement j'avais peur de vous mécontenter...
J'ai consulté ma femme... Elle était de mon avis. Je lui ai
demandé de m'accornoagner jusqu'ici..,

Madeleine, silencieuse, le suivit. •
Dans cet atelier, où 11 n'y avait, la seule fois où Made-
leine y était entrée, que dus outils, un*, forge, des pièces
d'acier, un aéroplane sa ramassait, devant elle, sur ses
roues, tout neuf, mais armé d'une seule aile, grande, brilr
lante, incurvée, tandis que l'autre s'appuyait, droite, con-
tre le mur.

Madeleine contemplait, stupéfaite, ca travail de toute
Une année qu'André lui avait dérobé.

— Explique à madame, conseilla Mm° Pacot à son mari.

— Ah I madame, c'est très simple. Un tube d'acier sur
lequel tout est ajusté, et le moteur le plu» puissant. Les
panneaux mobiles glissent sous les surfaces portantes, Avec

"ce déclic, ils s'étendent en éventail. Et le déclic marchera,
on l'a essayé six fois déjà et avec succès. Et l'hélice, voua
voyez, elle est hoiizoqtale; ch. bien i en l'air, elle pourra
exercer une traction verticale... Ça, c'est M. André qui l'a
trouvé. On débraie ce-levier comme ceci...

Tandis que Madeleine écoutait, une douloureuse colère
contractait son Yisage. •

Pacot continuait ses explications. De temps en temps
Mmo Pacot disait un mot.

— Comme vous êtes au courant, madame J observa tris-
tement Madeleine.

. — Ohl ht M™ Pacot, avec un bon regard vers son mari,
tous les jours Pacot me purlede l'appareil.

Elle s'excusa de partir ; ses enfants la réclamaient.

— Alors, Pacot, reprit Madeleine, l'appareil est au"
point.

— Oh 1 oui. Il n'y a plus qu'à poser la seconde aile et..*
( Il s'arrêta, inquiet, puis, cependant, il termina :

— Et on l'essuie^.

— On l'essaie, et quand ?

— Après-demain matin.

— Ah 1 par exemple !

Ce cri jaillissait d'un cœur meurtri, épouviind- aussi.
André essaierait l'appareil I.... oui, évidemment, puisque
l'appareil était (frêt... Madeleine n'avait pas son^é à cela,
bouleversée de découvrir ce qui lui était caché depuis si
longtemps. Oui, évidemment, André allait essuyer t*appSn
rerl, affronter la mort, et il ne lui avait rien confié.,, Après-
demain, samedi, il serait parti, il lui aurait donné le baiser
négligent qu'il lui donnait chaque matin, en fa quittant ;
elle l'aurait vu partir, ignorante, et peut-.'iie ne l'aurait-
elle revu que mort. Oh 1 c'était abi minable 1

— M. André, interrogea Pa ot, ne vous nvait donc pas
encore dit, quand il comptait es ayer l'aptûraî] 11

Madeleine se ressaisissait :

— 11 ne m'avait pas dit l< jour exact.
Et elle ajouta .

— C'est facile, n'est-ce pas, de monter sur ï*; liègeJ
C'est par la qu'on se hi-se.

{A stij»ri.\ *• ■
 
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