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2- Année. — N> 287.

Tirage : 130,000 Exemplaires.

Cliarleville, le 29 Octobre 1916.

Gazette

JOURNAL DES PATS OCCUPÉS PARAISSANT QUATRE FOIS PAR SEMAINE
"~ On s'abonne (tans lous les bureaux de poste

SUCCÈS ET VICTOIRE

Le poussée française tu Nord da Verdun, qui aboutit t
h rsoccupstion du fort de Douaumont, iuccndié et aban-
sjonrjé par la garnison allemande, constitue une opération
A» détail ' réuni* «* succès local que nul ne songe à
amoindrir. Suces» moral plui que stratégique, que la presse
française aaura mettre an valeur, «n ce moment surtout, où
I paraîtra bon da détourner Pattcnbon du public dea
grands événement» militaires qui suivent leur cours en
Roumanie, et sans douW aussi de la Somme, où la grande
ptffenuYS ilf.é» n'» pas réuni a rompre la ligne de résis-
tance allemavnde.

Le critique militaire suisse des « Bailer Nachrichttn m,
|s colonel Egtl, apprécie ainsi l'affaire de Douaumont :

« Quioonqua n» aa laisse paa éblouir par dea succès
momentanés, se demandera, bien entendu, quel but les
Françaia pourauivent en attaquant au Nord de Verdun. Est*
•a uné offensive de grande envergure ou n'eat-co qu une

rmisée inattendue ? U ne peut a'agir, évidemment, que
une opération de détail. Cela ressort déjà de l'étroitease
du front d'attaque. » s*

Le critique suisse estime qu'une attaquo de ce genre ne
peut avoir la but d'enfoncer la ligne ennemie. Il rappelle
qu'à la Somme lea Anglo-Français attaquèrent sur un front
de 40 kilomètres, sans réussir à percer, malgré tout le ter-.
rnin gagné. Il arriva donc à la conclusion que le Comman-
dement françaia aura cherché une-diversion, pour atténuer
l'effet dea défaite* roumaines:

Car il n'est pas douteux que la prise de Constanlza., auî-
Tie de celle de la téte de pont de Cernavoda, qui garde le
grand pont sur le Danube, et finalement J'avance de Fal-
kcnhayli par les défilé» du Nord, que la presse ail.h e avait
- déclares imprenables, a fait grande impression. La presse
française ne cache paa la gravité de la situation, bien que
les journaux que nous avons sous lea yeux n'aient encore
connaissance ni 4e la prise de Cernavoda ni de celle de
Prédéal. Dana json article' de tête, le « Temps » du â5 octo-
bre écrit :

« Comme il était à prévoir, lea Austro-Allemands ont
dirigé contre-les fronts roumains, du Sereth a la mer Noire,
l'effort de leurs meilleurs généraux, avec toutes, lea troupes
et les terribles artilleries lourdes dont.ils pouvaient disposer.

u L'armée roumaine se compose Je troupes fraîches, mail
qui n'ont paa fait la guerre depuis quarante ans. Elle au
heurta à des soldats aguerris par deux ans de guerre, pour-
vus d'une puissant» artillerie lourde ; alfa plia et fut ra-
menée vers les Carpathes, où elle résiste. Elle commence .
son apprentissage de la guenc inodirne: En Dobroudja,
nos alliés n'ont toutefois pas pu résister auiai solidement
que dans lea cols de Transylvanie. Lea gros canons de
lnackeuscn ont été plus puissants que l'énergique défense
des troupes roumaines et russes, qui n'ont pu tenir. Le
chemin de fer est détruit, et les télégrammes allemands an- -
poncent même la njise de Constant*». »

Dans 1' « Echo de Paris u du »5 octobre M. J. Herbette
est plus explicite encore. Il donne un long aperçu de la
situation en Dobroudja :

k L'armée Mackenseu a atteint le aa octobre le but vers
lequel elle s'était mise en marche le i" septembre. EUs a
eoupé le chemin de fer qui traverse la Dobroudja et occupé
le grand port roumain de la mer Noire, Constantes.

« Elle a accompli son effort en deux fois. Du i" au
to septembre, elle a enlevé Tourtoukaïa, pris possession de
Silistria et tenté une attaque bruaquée contre-le chemin de
fer Tschernavoda—Constanlza. Cette attaque brusquée n'a
pas réussi, parte que les Russes avaient envoyé des renforts,
et peut-être aussi parce que l'ennemi, ayant avancé da
quelque 80 kilomètres en quinze jours, n'avait pas été suivi
par uns quantité suffisante d'ailillerie lourde. Rejetée au
Sud du front Rachova-Touzla qui constituait pour lea Russo-
Roumains uns -bonne ligne de défense, l'armée Mackenscn
n'a plua guère fait parler d'elle pendant quatre semaines.
Elle se renforçait sans doute en matériel. Nos alliés, au con-
traire, asmblent s'être affaibli» pour envoyer des renforts sur
le front de* Corpcthes. "Le 18 octobre, les troupes alleman-
des, bulgares et turques recommençaient leui poussée, et

enfonçaient aux deux ailes le fiont russo-roumain, qui du
Danube à la mer mesurait 76 kilomètres environ. Elles ne
paraissent avoir trouvé devant elles, ensuite, aucune position
organisée k l'avance. Nos alliés ont engage quelques ren-
fort», et le bruit courait même avant-hier, ù Bucarest, que
l'ennemi avu.it été arrêté vers neuf heures du mutin ; mais
s'était une illusion.

« Près de la mer, l'aile aToile de l'armée Mackenscn
n'avait qu'à progresser d'une vingtaine de kilomètres, sur
un terrain faiblement ond*ulé, pour ullcindie la voie ferrée
et envelopper Constanlza par 1 Ouest. Le'long du Danube,
au contraire, la distance à fianchir était un peu plus guindé
et le terrain est coupé par une seiie de lavms qui mènent
au fleuve ; aussi l'avance de l'ennemi a-l elle été plus tardive
de ce côté, cl c'est aujourd'hui seulement que nous appren-
drons, ai nous devons l'apprendre, son armée au _« pont de
Tschcrnavod» ». (C'est fait. — La Réd.) On appelle ainsi
une série d'ouvrages — punis, viaducs et talus — qui tra-
versent I» vallée marécageuse du Danube sur une largeur
totale de i5 kilomètres. Le pont principal a vingt arches
et mesure 1,005 mètres de long. Ou voit qu'il ne suffit pas
d'en tenir une extrémité pour passer facilement le fleuve.

«Réduits aux nouvelles que l'ennemi u lancées hier, nous
ne pouvons pas avoir la prétention du nous faire une idée
complète et exacte des choses. Essayons simplement de nous
en faire une idée raisonnable. Ne rabaissons pas le succès
ds l'ennemi, ce qui serait puéril. .Ne depréetona paa lea
chances de nos alliés, ce qui serait malfaisant.

a La conquêtc.de la Dobroudja est une grande satisfaction
d'orgueil pour les Bulgares, qui depuis une trentaine d'au-
nées au moins ne cessaient de revendiquer cette province.
Perdraient-ils maintenant Monasttr, qu'ils auiuieut encore
gagné au change en prenant Constanlza. Leur roi doit leur
apparaître plui que jamais comme le créateur de l'unité na-
tionale. Plus que jamais, ils seront résolus & buivtc sa poli-
tique, c'est-à-dire à suivre l'Allemagne. Si nous spéculions
sur leur soi-disant la*situdc, nous commettrions la pire 'des
absurdités, lis ne seront las que lorsqu'ils seront vaincus (1)

u Le commandement allemand s'est bàlé d'occuper Cons-
tanlza pour saisie dans ce grand entrepôt le plus de mar-
chandises possible, — céréales, pétrole, benzine r.oljnimcnt.
La ville avait été évacuée, parait-il, depuis plusieurs jours
déjà. On assure que les stocks de marchandises ont été soit
emportés, soit détruits. Si nous pouvions un atoir la cer-
titude, ce- serait un sérieux soulagement.»

On ne connaît pas encore exactement l'importance du
butin fait à Constanlza. Mais certaines informalons parve-
nues aux journaux de Vienne le disent considérable.

Co qui est, d'aillcuis, plus important c et que la prise
de Constanlza coupe la Roumanie de -fh Mit Noirs cl lui
coupe la plu» Importante voie de ravitaillement. Avec cette
franchise qu'il retrouve parfois. Hervé met sou* les yeux
de ses lecteurs-l'imporlauce de l'événement («Victoire» du
«4 octobre) : ,

«Une bien mauvaise nouvelle arme:

s Un radio allemand, que nous a%oits tout 1Ϋ*1 de
croire exact, .snnonce_l» prise de Constanlza, le port rou-
main de la Mer Noire, le seul port ruuitrain en eau profonde
de nos alliés, ou les Allemands ont dù trouver pas mal d'iip-
provisïonnemenls de blés.

« Mackenscn a rejeté les troupes russo-roumaines sur
le chemin de fer de Tsernavoda 1 Constanlza, la seule voie,
ferrée par laquelle l'armée russo-roumaine de Dobroudja
pouvait se ravitailler facilement

« Si, après cet atout, ce soufflet, qui iltcint tout -tes
Alliés, nous ne faisons pas le nécessaire, pour sauver la Hou*
manie, qu'est-ce qu'd nous faut pour comprendre le dan-
ger que. courent nos vaillants petits alliés ?

u Inutile de faire comme l'autruche et de fermer le»

yeux pour no pas voir le péril..... »

. La presse italienne n'est pas moma inquiète.

Le uJournal de Genive » du ao'oclobre irésuiM ces in- "
quiétude» dans la correspondance de M.lan que voici :

u Le « Popolo d'Italian est informé de Rome que le
prince Ghika, ministre roumain a-eu une conférence avec
M. Sonnino et que de celle conversation _îj résulte que 1
d'énorme» renforts russes atteindront bientôt le front rou-
main.

«Mais eea assurances ne persuadent pas U rédaction de -
os journal, laquelle attaque vivement l'Entente à cause de
ses lenteurs. Plusieurs parties de cet article ont été sup-
primée» par 1» censure. Toutefois, on peut en saisir le sens
général.

FEUILLETON DE La tGAZBTTE DES ARDB\NES> 10

le wma « le «ei

Par Pierre Mael.

PREMIERE PARTIE.

Au moment où le sous marin apparut, il fut salué par
le» vivat* enthousiastes dei bateaux dragueurs et radou-
beur» occupes à renflouer la pauvre carcasse coulée.

Lorsque Philippe de Jeumonl se présenta devant Tami-
sai de Kervénan, il trouva le vieil officier radieux.

De toutes parts U avait reçu des télégrammes de félici-
tations avec des nouvelle» de victoires. Mais il était vrai-
semblable qu'après leurs premières manoeuvres maladroite»
si la surpr'se de leurs premier» revers, les Anglais tente-
raient quelque effort furieux de revanche. La France n'avait
donc qu'à redoubler de vigilance et a se tenir prèle à pour-
•uivre la série triomphale de se» succès.

Jeumont quitta donc Ilresl,-lai^anl le commandement
du u Vengeur » à l'enseigne -Durée, et courut tout d'une
traite jusqu'à Pari» pour y prendre de nouvelles informa-
tions et se mpttre, au besoin, à 1» déposition du gouverne-
ment.

Hais, là, une nouvelle ternble devait lui parvenir qui
allait modifier ses plans et le jeter, à corps perdu, dan« la
voie de I or lion personmlli- . I ... - viMip.nn implacables

A peine étail-i] descendu a l ie Ici ou il logeait d'habi-
tude, lue Bergère, qull reçut la dépêche suivante':

« Ktrjlec h tirulr:. Le Louiirn mort, Alice enlevée, s

A la lecture de ces lignes' un en d'atroce douleur jaillit
de la poitrine de Philippe

Kfi lie. li. t eta.t le nom du manoir des Jeumont, situé
dans un «ils charmant de L ris lire d'Auruy. C'éluil 15 qu'il
avait laissé, doux mois plus tôt, sa jeune sœur Aine, â^'ée
de quatorze ans, oiptiLl.ne comme lui, tous la gaide d un
vieux serviteur île sj famille, Pot Le Louain, et de sa femme,
s- liant bien qu une telle protection etuil suffisante dans un

« Le plan leuIonique, écrit en substance l'organe so-
cialiste interventionniste, est donc en plein et heureux dé-
veloppement : les Bulgnro Allemands sont à Constanlza. 11
démonlrc encore une fois que l'Entent* a donné ou va don-
nant une autre preuve de la lenteur avec laquelle elle court
aux délibérations cl prépare la défense contre lcB,allaque»
de l'ennemi. En son temps, nous avons lancé le cri d'alarme;
il ne fut pas écoulé. Les communiqués officiels s' efforcèrent
de déotontrer que rien n'était en danger et même que la
situai ion des Roumains s'améliorait graduellement. Au-
jourd'hui même, tandis que la Roumanie perd un important
;débouche sur la nier Noire, on a le mauvais goût de lancer
des nouvelles de icnforts russes, lesquels, même s'ils étaient
réels et considérables, arriveraient comme les légendaires
carabiniers d'Offenbach. Et que fait l'armée de S.»Ionique ?
Elle se hmile à piquer tondis qu'elle devrait mordre à sang; •
au lieu de la renforcer avec de nouvelles troupes, l'Entente
perd son temps dans la discussion de petites divergences
.intérieures. Qu'est-ce qu'on attend donc ? ,

Veut-on vraiment consolider dans l'opinion publique
l'impression que les Empires centraux réussissent toujours
là où ils veulent réussir ? Enfin, veut-on vraiment donner
•la preuve évidents) que dans l'Entente il y a trop de gens
pour commander, et d'une manière trop autonome pour,
obtenir, ne disons pas des succès définitif», maïs du moins
^quelque chose qui prépare ces succès ? Où l'Entente altemt
un succès diplomatique, il n'y a par une suffisante prépara--
tion de l'appui militaire: ainsi, lorsque la Roumanie a dé-
claré la guerre aux Empires centraux et s'est rangée aux_
oôlés de l'Entente, on ne préparait pas convenablement les
forces qui devaient servir à arrêter et à neutraliser l'action
offensive des Allemands, qu'on pouvait bien prévoir.

«On u cru qu'avant la fin de 1916 l'Entente aurait fini
as pnrtie avec la Turquie. Au contraire, rien jusqu'à présent
ou pis encore que rien : Il y a l'occupation de Constanlza
par les Bulgaro-Allniunds. u

Le « Journal de Genève u ajoute :

«Cette explosion de pessimisme, signalée à titre docu-
mentaire, exprime surtout lu douleur du public italien pour
l'insuffisance des secours envoyés a la Roumanie, qui jouit
en Italie de la plus vive sympathie.

u Le «Cornera dcfla Sera » reçoit, d'autre part, de son
«orrcàpondant de Londres la nouvelle qu'un personnage
compétent a déclare, à propos de la perte de Constanlza,
que le sucées obtenu par les Allemands a sans doule une
valeur morale, mais que deux années de guerre apprennent
que souvent la chute d'une ville n'a qu'une influence limitée
sur la situation militaire.

Le col de Prédéni, ajoute cet informateur, c»t la seule
porte qui, il elle était uns. mains des eiiurum, scruit une
menace grave tt immédiate ; mais les Roumains l'ont dé-
fendu jusqu'ici avec un magnifique élan et il n'y a pas de
raison de dourtex que leur valeureuse résistance sur ce point
finira par briser l'effort des ennemis. »

- Or le col de^Prédéal est a présent aux moins des
'*Austro-Allemands, qui l'ont déjà sensiblement dépassé ver»

- le Sud,

BULLETINS OFFICIELS ALLEMANDS

Grand Quartier geuéial, la 28 octobre 1919
Théâtre de la guerre à l'Ouest.
Groupe d'armée du Krunprmx Hupprecht de Bavière.
. Sur la rive Nord de la Somme les combats d'arlillerie
ont repris hier. Une forte préparation d'arlillerie précéda
les attaques des Anglais, parties de la ligne de Gucudecuurt
—Lesbœuts et des trançais débouchant de la région de Mor-
vol, dans la soirée. Nos troupes ont repoussé les adversaires
alliés par feu d'artillerie el de mitrailleuses,''au .Nuid Est de
Morval même à l'arme blanche, en lui infligeant des pe: les
•anglantcs. Nos positions ont été totalement maintenues.
Groupe d'armée du Kronpnnz allemand.
A l'Est de la Meuse également, de nouvealis el rudes com-
bats, avantageux pour iAus, ont eu lieu. Apiès un violent
feu d'nittllcrie d'importantes forces françaises se lancèrent
à l'assaut hors de la forêt de 'Ihiauinout, des deux côtés du
fort de Douaumont et dans le Bois Fumin. Toutes ces atta-
ques s'effondrèrent avec de grandes pertes devant nos posi-
tions. .

Théâtre de la guerre à l'Est.
Groupe d'armée du feldmaréchnl Prince Léopold de Bavière,
Après avoir bombardé pendant deux jour» le secteur à
l'Ouest do Louok, lea Rusées attaquèrent hier, près de Za-
•jurcy. L'attaque échoua complètement avec ds lourdes
perles pour l'ennemi.

front du yénéraj de caualerw Archiduc Charlei.

De» deux côtés de Dorna-Watra des troupes austro-hon-
groises pénétrèrent dans le» positions rutse» et prirent
d'assaut plusieurs hauteurs. 8 officier» et plu» ds 000
hommes furent fait» prisonniers.

Au front Est de Transylvanie le» combats continuent
dans le» vallées-frontière. Au Sud de Kronstadt nos troupe»
coalisées enlevèrent par »urprise une position de hauteur
roumaine et élargirent leur succès par une poursuite serrée
de l'ennemi jusque dans la vallée du Partxuga.

A part cela, la situation n'a pas varié essentiellement,

ÏTiédfre de la guerre aux Balkans.
Groupe d'armée du jeldmaréchal «on itfucfcensen
Dan» la partie Nord de la Dobroudja nos détachement»
poursuivant l'ennemi ne trouvèrent jusqu'ici que peu de
résistance. Tout témoigne d'une retraite hâtive de-l'adver-
saire.

5oo dispersé» furent capturés, amsi que quelques colon-
ne» de munition» et-de bagages.

Front de Macédoine. r
De» attaque» aerbei contre les positions germano-bulga-
res dan» 1» boucle de la Cerna échouèrent, de infime que
de» poussées partielle» do l'adversaire sur les versants Est
de la Moglena et »u Sud-Ouest du lac de Dojran. A 1» Strou-
ma, escarmouches de patrouilles, Près d'Orfano, violent feu
d'artillerie.

BULLETINS OFFICIELS FRANÇAIS

Fans, 23 octobre 1916, soir
Au Nord de la Sonmic, un» opération de dÉLad, effectuée au
eourg de la journée, noua ■ permfb de progresser sensiblement au
Nord-Est de Morval. Le chiffre dos pnsoumera fatia par nous
hier .mu Nord-Ouest de Sailly-Saillisel se monte à quatrc-vuigta
environ. Au Sud de là Somme, la lutte d'arlillerie a été purticu-
hèrenicnt vive a>n* 1* région des bois de Chaulues. P.uiout
Ailleurs, journée calme.

- La guerre aérienne . Ce matin, des avions allemands ont jet*
plusieurs bombes sur Nancy, On ne signale aucune vicdmc. Les
degàls matériels sont peu importants.

Paris, U octobre lMfl, 3 heures.
Sur 1» front de 1» Somme, lutlo d'artillerie sases violente dan»
les régions de Biachea el d'Ablaincourt. .Aucune action d infan-
terie. Rien à signaler sur le reste du front

La guerre aérienne : Sur le front de_Ja Somme, un de nos
avions a attaqué, t 1» mitrailleuse, les tranchées ennemies dans lis
bois de Saint-Pierre-Vsast. Sur le front de \crduu, hier, uulgru
une brume épaisse, noire aviation sest montrée, active et a livré
une vingtaine da combat». Trois avions ennemis o.il été abattus:
l'un au Nord d'Aianncs, le second près à Ornes ; le troisième a
été ru tombant, avec une aile brisée, au Nord de Romugiu', a la
suite d'un tombal livré par une cie nos escadrilles a un groupe
adverse. Dans la région de Verdun, un de nos pilotes cal des-
cendu i cent métrés du iol pour incendier un hangar el mitrailler
une automobile, tn Lorraine, doux appaicils allemands ont 6ul
contraint» datlerrir avec des avaries En Alsace, un de nos pi-
lotes a abattu un sviatik qui est tombe prés de Ccrnay, Dans !a
journé* du 23 octobre, mit bombardiers oni jeté trois projectile»
do gros calibre sur la gare de Spincourt el une vingtaine sur dci
bivouacs ennemis à Aiannea

BULLETINS OFFICIELS ANGLAIS

{Front occidental.)

Londres, 23 octobre 1916, 9 h. 40 soir.
Cet aprés-midi, di(I*reutea opérations exécutées sur >■< 1rs
droite, au Sud du l'Ancre, ont avance nos lignes a l'Est, do Guei.de-
court et de Lesbœufa sur un front de pkis d un kilomètre. Au
cours de la jqmnee, nos trsii<,hécs ont été violemment boaibardsss
vers 1» Sam. Cet après-midi Icnnumi a op6re une conccntratioà
•n vue d'une attaque au Sud de Grandcourl, mais il a étû arrêts

paye aussi paisible et aminé d'autant de patiiotitme que
l'est la Bretagne.,

La terrible dépêche, survenant au retour de la glorieuse

campagne qu'il venait de faire, jetait donc le jeune officcr
dan» le» plu» affreuse» perplexité*. Que a'était-il passé ?
Quelle malignité criminelle uvait voulu frapper ainsi, dan»
•es plus chères affections, le hé rot qui, à ce moment même,
consacrait sa fortune et sa vie au sen ice- de la rrance P

.Nulle hypothèse ne venait expliquer au jeune homme
1» cause et le» circonstances de' ces terrible! événements.

Philippe reprit le train de Bretagne le soir mfinc de sou
arrivée.

A Auray, où il était connu, i! apprit toute l'affreuse vé-
rité. Et sur-le-champ, escorté de quelques palans, il cou-
rut jusqu'au château de Kerilec'h, disUnt de trois lieues
environ et dominant, du haut d'un rocher, le cours de la
sharmante rivière le Loc h.

A moula de deux kilomètres du manoir, il eut la confir-
mation de la terrible nouvelle reçue à Fans.

Sur l'horizon clair, des silhouettes noires se profilaient.
C'étaient les ruines encore fumantes du manoir paternel.

Avec de» larme» de sang sous les paupières, Philippe
franchit la grille d'entrée et, foulant aux pieds les pierres
branlante», lea poutres et le» aoliTSS i demi consumées, il
parcourut le» chambre», le» pièce» de toutes dimensions,
Isa dépendances, même, ravagées par l'incendie. Et, après
avoir pleuré a sanglots le malheur qui venait de fondre sur
les siens et »ur lui, il se jura de le venger utilement sur
les auteurs de ce crime aus-i lûihc qu'abominable.

Mais ces auteurs, il fallait les connaîlro. Philippe se lit,
de nouveau, raconter les événements.

Nul ne pouva.t mieux le renseigner 0 cet égard que les
témoin» même» du drame.

De ces témoins, le plus Important, le plui véridique,
était la malheureuse Anne I* louum, la vcuie du vieux
Pol, dont le corps, déjà nus en bière, reposait dans ta petite
chapelle proche du tnnnoir, on le parquet de V'onnes, ac-
compagne de» autontf1! militaires, I ait jrardé pour les
constatations jud.cuires et l'enquête déjà.commencée-.

Jeumont, après une pre mière entrevue e\cc le* magis-
trats, retourna donc a Auray pour y recueillir le témoi-
gnage de ta pauvre femme, grièvement blessée, qu'on, y
avait transportée en attendant quille put, sans danger, su-
bir son transfert t l'hôpital de Vannes.

11 l'y trouva accablée et alourdie par la commotion. Elle
se ranima pourtant à sa vue.

Ce fut avec un torrent de larmes qu'elle l'accueillit et,
pendant lea première* minutes, elle ne sut que proférer
de aoutdes plaintes, des gémissements mêlés d'exclamaliona
de désespoir.

(1 Ah I monsieur Philippe ! monsieur Philippe I Ma
petite Alice ? ma pauvre petite Alice I 11

Anne Le Louant, en effet, n'était pas seulement la ser-
vante dévouée de lu famille de Jeumont. Elle était uus«i la
nourrice d'Alice quelle aluit allaitée et élevée depuis le
jour où su un re était moite après sa délivrance. LU*1 avait
assiste à la tiuyédie ; elle avnt vu tomber son mari, la poi-
trine trouée de OOlipa de feu.

Au moment où les assainis avaient voulu s'emparer
d'Alict, elle § eluil jetée entre eux el l'enfant.

Alors 1» vaillante femme avait engagé une lutte déses-
pérés contre les ravisseurs.

Llle leur avait opposé une résistance fui eu-e, et l'en
n'avait arraché la jeune fuie de «es brns qu'après avoir
fuppé lu nourrice de quatre coups de poignaid, dont deux
l'avaient presque mortellement blessée.

Llle-eut pourtant la foiec de répéter au jeune officier ce
qu'elle avait d.'j,1! u.onte uu\ magistral» instructeur».

L'attaqua du manoir.

Cinq jouis plus lôt, le» hululants d'Auray, de PluviimT,
de Vanne», de lous les villages épars sur la cvtc du Uôrbi-
han, depuis Sarxeau jusqu'à Bell «il Etal, aussi bien que
des Iles de la Petite Mer, avaient pu voir dans le end nua-
geux apparaîtra un point noir, [tare-il à un oi«enu étrange
et gigantesque, le même qui deux.semaines plua lût, s'était
montré a lirc*t et sur la pointe Saint-Mathieu

Pendant toute la journée, le volucre maudil avait plané
sur la région, a l'iti^t ir des épen ieis qui fn. itl.iil la liriv
de leur regard perçant a_vant de fondre sur la proie qu'il»
découvrent

< u ne s'élait point alarmé de la présenre du h il Ion fu-
neste , on s'en était même amusé quelque peu *

Maintenant que les journaux de Palis el du lu province
avaient divulgué l'existence de la niai hine enn nue et ex-

pliqué qu'elle venait d'accomplir son rôle d^pion, on ne
■'étonnait plus de Ta vorr.

On se disait qu'elle venait la pour surveiller les aboids
de Loriunt, où 1» llolle anglaise tenait bloquée six va.sseuux
.français. Et l'on allait jusqu'à railler l'effort impuissant de
l'ennejiii, qui le prepaïait, ussurait-on, à bombaider la \ille
et l'arsenal, protégés par les défenses élevées tant sur ks
oAtea d« Larmor et de Gavres que sur les falaises, ksi ai pd 1
de Groix. On parlait même d'un débarquemeiii possible de
l'ennemi dans celte dernière Ile, et du plaisir que pren-
draient les deux bataillons d infanterie enfeirnés dans Se»
retranchement», a jeter les Anglais a la mer.

Depuis la grande nouvelle de la destruction de Ôlbi il-
tar, accomplie en quarante-huit heures, a la faveur d'un
coup de main hardi, lu confiance de* Français était devenue
presque de la présomption. Un ne doutait plus de rien, et
les gur» vaillants de la eôle se sentaient capaJalea des plus
folles audaces, i rencontre de l'ennemi exécré.

Personne ne pouvait donc soupçonner que, dans h s
Qams du détestable aérostat, se cannaient en ee moment
même de» hommes animes des pires intcnlions.

Les exploits de Philippe de Jeumont avaient eu, en
effet, un immense retentissement. Limiveis entier connais-
sait son nom, a cette heure, et savait le tour de force ac-
compli par le « Vengeur'», la part glorieuse qu'il avait pnse
au combat de Tanger et le rôle formidable qu i! se préparait
à jouer encore pendant cette terrible guerre. Ni le « Gviu-
noie », ni le u Narval », ni lea autres sous-mnr n», ne pou-
vaient rivaliser avec cet engin nouveau, dù à I initiative et
su péril») de l'ancien officier de manne.

11 va sans dire que les Anglais avaient été les premiers
informes de tous ces détails et qu'ils avaient conçu le désir
arden; de posoeder le secret de l'inventeur. Pc* soin tues
considérables avaient été promises à celui qui le découvri-
Vait le premier el l'ordre était donné aux divers comman-
drills de vaisseaux de surveiller étroitement les abords des
côle* et des rivages et de donner implacablement la t liasse
au formidable et invisible ennemi devenu la terreur des
géante de 1 Océan. •

On avait ainsi connu, non seulement le nom ei les
hauts faits de Jeumont, mais aussi son ége, ea famille, son
heu de n.'i*«.ince.

(A tuivre.)
 
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