Polska Akademia Umieje̜tności <Krakau> / Komisja Historii Sztuki [Editor]; Polska Akademia Nauk <Warschau> / Oddział <Krakau> / Komisja Teorii i Historii Sztuki [Editor]
Folia Historiae Artium — N.S. 8/​9.2002/​3

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role et avec la bouche qu’on 1’annonce54. Cette ima-
ge imposante continue de susciter de nouvelles in-
terpretations55.

2.2. Le Prologue de Jean et l’Ascension du Christ

De meme, la conyiction selon laquelle chaque
evangeliste aurait explore de faęon particuliere lun des
quatre “Mysteres” du Christ56 se reflete dans 1’icono-
graphie occidentale a partir du XIe siecle. Les deux
exemples les plus anciens proviennent de l’art ottonien:
ce sont d’une part les Evangiles de Bernward (Hildes-
heim, Tresor, ms 18), qui montrent la Nativite pour
Matthieu (f. 18), la Crucifbdon sur le portrait de Luc (f.
118v) et 1’Ascension sur le portrait de Jean (f. 175v;
fig. 2); et d’autre part les Evangiles de Bamberg (Mu-
nich, BSB, Clm 4454), avec un Christ couronne et te-
nant croix sur le portrait de Matthieu (f. 25v), un
Christ sortant du tombeau sur le portrait de Marc (f.
86v), 1’Agneau sur le portrait de Luc (f. 127v), et une
Ascension sur le portrait de Jean (f. 194v)57.

Au cours du troisieme quart du XIIe siecle, cette
illustration des quatre Mysteres apparait dans trois
manuscrits mosans lies a 1’ordre de Premontre, dans
le cadre d’un systeme typologique elabore, avec des
portraits des evangelistes: les Evangiles de Floreffe58 *,
avec Ascension pour Jean (f. 124v); la Bibie de Flo-
reffe59 avec de nouveau 1’Ascension pour Jean
(f. 199)60; et les Fuangiles d’Averbode61 (lacune pour

54 Les yeux, organe du corps apte a lui procurer un plaisir
charnel, symbolisent ici les “yeux de 1’ame”, qui seuls peuvent per-
cevoir la lumiere divine; de meme, la bouche n’est pas conęue ici
comme 1’organe servant a gouter des mets recherches, mais comme
1’organe de la Parole et, correlativement, de la contradiction de la
Parole par 1’enseignement heretique, ce qui fut precisement le fait
d’Arius, pretre d’Alexandrie, qui, au debut du IVe s., a remis en
question la coeternite et legalite divine du Fils qui s’est manifeste
aux hommes en la personne de Jesus-Christ.

55J- O’Reilly, “St John as a Figurę of Contemplative Life:
Text and Image in the Art of the Anglo-Saxon Benedictine Re-
form”, dans N. Ramsey, M. Sparks, T. Tatton-Brown,

ed., St Dunstan. His Life, Times and Cult, Woodbridge, 1992,
p. 165—185, part. 177—178. Observant 1’absence de toute
heresie directement inspiree d’Arius a cette epoque, Jean Wirth

a recemment cherche a demontrer que cette image pourrait viser
les Grecs (J. Wirth, LTmage a 1’epoąue romane, Paris, 1999,
p. 214—216), mais son argumentation n’emporte pas la convic-
tion. Quelle que soit la pertinence des raisons invoquees par l’au-
teur, on ne saurait soutenir plausiblement, selon nous, que ‘‘les
heretiques vises sont certainement les Grecs” (p. 216): outre que
les Grecs ne sont pas a proprement parler des heretiques, mais

des schismatiques, on voit mai au nom de quoi, ni dans quelle

sorte de texte de cette epoque, ils seraient devenus suspects

d’arianisme et auraient ete declares inaptes a la contemplation
pour avoir refuse le Filioąue et la primaute de Romę.

2. Euangiles de Bernward, Hildesheim, Tresor de la cathedrale,
ms 18, f. 175v; av. 1022 (d’apres Kahsnitz)

56 Sur les mysteres du Christ, voir aussi A. S o 1 i g n a c, “Mys-
tere”, Dictionnaire de spiritualite, 10, Paris, 1980, col. 1861—
1874 (cf. 1886-1887).

57 L’iconographie de ces deux manuscrits a ete etudiee par
Floffmann, op. cit., ou toutes les images, f. 18 d’Hildesheim
excepte, sont reproduites (fig. 12, 17, 2, 14, 11 et 16). Sur les
Evangiles de Bernward, voir M. Brandt, R. Kahsnitz et
H.J. Schuffels, Das kostbare Evangeliar des Heiligen Bernward,
Munich, 1993. Le Christ sortant du tombeau du ms Clm 4454,
f. 86v, compte parmi les plus anciennes figurations de la Resur-
rection du Christ: G. Schiller, Ikonographie der christlichen
Kunst, t. 3, Gutersloh, 2eed., 1986, p. 71, fig. 187.

58 Bruxelles, BR, ms 10527, f. 15v (Nativite pour Mt), f. 56v
(Femmes au tombeau pour Mc), f. 80v (Crucifbdon pour Lc).

59 Londres, BL, ms Add. 17738, f. 168 (Nativite pour Mt),
f. 179v (Femmes au tombeau et la rencontre du Ressuscite avec
les trois femmes pour Mc), f. 187 (Crucifbdon pour Lc).

60 Pour une analyse detaillee de cette page et de sa signifi-
cation, voir Hamburger, op. cit., p. 83-92.

61 Liege, BU, ms 363, f. 17 (Nativite pour Mt), lacune pour
Mc, f. 87 (Crucifbdon pour Lc). Sur ce groupe de manuscrits, J.-
P. Deremble, “Formes typologiques en pays de Rhin et de
Meuse a l’epoque romane”, dans Revue du Nord. Histotre et Ar-
cheologie, Nord de la France, Belgiąue et Pays-Bas, 74, 1992,
p. 729—747 et en dernier lieu M. Smeyers, L’Art de la minia-
turę flamande du VIII6 au XVF siecle, Tournai, 1998, p. 101—104.

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