Fougères, Gustave
Mantinée et l'arcadie orientale: Contenant 80 gravures dans le texte, 6 heliogravures, 1 phototype et un plan de Mantinee hors texte, plus 2 cartes en 6 coleurs — Paris, 1898

Page: 197
DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/fougeres1898/0223
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
les habitants.

197

Ce dogme de l'autochthonie arcadienne, personnifiée par Pé- intégrité
lasgos, avait pour corollaire la croyance à l'intégrité de la race. <ie u race.
Hérodote, Thucydide et d'autres affirment que l'Arcadie est
restée indemme (1) des bouleversements causés par le retour des
Héraclides.Quand toute la Grèce s'était renouvelée autour d'eux,
les Pélasges arcadiens semblaient identiques à eux-mêmes,
dépositaires d'anciens rites, oubliés même par ceux qui les leur
avaient appris (2). Telle était l'opinion courante au Ve siècle.
Habilement entretenue par les artifices de légendes, qui ratta-
chaient à Pélasgos tous les héros du cycle local, elle faisait aux
Arcadiens une situation à part.Eux seuls, parmi les Hellènes, ne
semblaient pas dater ; ils avaient vu naître les États jeunes qui
entouraient leur âge mûr, et qui, adultes à leur tour, les véné-
raient comme des patriarches. De plus, leur isolement de mon-
tagnards, La simplicité de leur vie pastorale, les formes rudi-
mentaires de leurs communautés, leurs idoles étranges, leur
mythologie singulière, leur dialecte archaïque, tout cela leur
donnail un air de primitifs, un peu sauvages, un peu inquié-
tants, mais vénérables comme le débris d'un monde disparu.
L'Arcadie éveillait chez l'Hellène civilisé du Ve siècle ce senti-
ment de crainte superstitieuse qui s'attache au mystère et qui
entretient encore en France le prestige de la terre des Druides.de
la vieille Armorique celtique. L'Arcadie n'était d'ailleurs guère
mieux connue des Grecs anciens, que la Bretagne ne l'a long-
temps été des Français modernes. On se souciait peu d'aller
vérifier sur place les titres de noblesse de ces Pélasges « plus
vieux que la Lune (3) » et « mangeurs de glands (4) ».

Les conflits de races qui avaient pu troubler l'Arcadie se
perdaient dans la légende ; depuis l'échec de l'invasion dorienne
le repos de cette province ne paraissait pas avoir été trouble.
Si La lointaine enfance des Arcadiens avait connu la turbu-

(1) Hérod., II, 171. — Thucyd. I, 2. — Strab. VIII, 1. t, p. 133.— Pausan.
•I, 13, 1. _ Diod. Fragm. VII, 9.

(2) Hcrodot. II. 171.

(3) Les itposeXVivaiOt ou zcotÉXy^O! ont fait couler beaucoup d'encre. Schol.
Aristot. NÙb. 397! - Aristot'. ap. Schol. Apollon Rhod. I, 2G3, — IV, 264. —
Lycophr. 482. — Hippys RhefÇ. ap. Sleph Byz. 'Apxâ;. — n?o<7SAavaïoç
HéXaoYo; : Berp;k. l'oet. lyr. grœc. III. 84. — Ovid. Fastes. 1. 470. — Stat.
Theb. IV, 27.!): « Arcades veleres astris lunique priores. » — Cf. Grotefend.
Encyclop. Ersck et Gruber. art. Arcadia 7-9. — Barinski. Zeitschr. fur
VolksetymoC, n° 2.

(4) Paus. VIII, !, 2.
loading ...