Fougères, Gustave
Mantinée et l'arcadie orientale: Contenant 80 gravures dans le texte, 6 heliogravures, 1 phototype et un plan de Mantinee hors texte, plus 2 cartes en 6 coleurs — Paris, 1898

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MANTINÉE KT LAHCADIE ORIENTALE.

Lorsque Pénélope revint en Arcadie transfigurée par l'épopée,
il fallut trouver un lien entre sa première et sa seconde incar-
nation, entre la nymphe arcadienne restée sur place et le
personnage exotique de la reine d'Ithaque. De même, Ulysse
s'était représenté aux Phénéates aussi méconnaissable pour eux
qu'il l'avait été chez lui pour le fidèle Eumée. De là naquit, à
Mantinée, une légende mixte où l'héroïne homérique rentrait
tant bien que mal — plutôt mal — dans son ancienne peau.
Cette version suit naturellement l'ordre inverse de la marche
réelle des choses. Les Mantinéens racontaient qu'Ulysse, ayant
convaincu Pénélope d'avoir introduit des amants dans sa mai-
son, l'avait répudiée; elle s'était retirée à Lacédémone et de là
à Mantinée, où elle finit ses jours (1). A n'en pas douter, cette
explication maladroite et puérile est l'œuvre d'exégètes locaux,
désireux de justifier à Mantinée l'existence d'un tombeau de
Pénélope. Les nouveaux fragments d'Apollodore viennent ici
compléter Pausanias (2). Après avoir résumé les données de la
Thesprotis et de la Télégonie (3) sur les aventures d'Ulysse après
son second séjour chez les Thesprotes, Apollodore ajoute :
« Au dire de quelques uns, Pénélope, séduite par Antinoos, fut
renvoyée par Ulysse chez son père Ikarios ; elle se rendit
ensuite à Mantinée, en Arcadie (4) et mit au monde Pan, des
œuvres d'Hermès. D'autres disent qu'Ulysse la tua de sa propre
main, après qu'elle eut été séduite par Amphinomos, car tel
serait, d'après eux, le nom du séducteur (5). » Toutes ces

(1) Pausan, VIII, 12, 3.

(2) Hhein. Mus., XLVI (1891), p. 181, 10.

(3) D'après la Tkesprotis, Pénélope, pendant l'absence d'Ulysse, avait mis au
monde un fils, Ptohporthès, dont Ulysse était père. Cette donnée, comme le
remarque Pausanias, est en désaccord avec la légende mantinéenne. La télé-
gonie racontait comment Ulysse avait péri par la main de Télégonos, le fils
qu'il avait eu de Circé, et qui, Œdipe d'un autre genre, épousa la femm>'
de son père.

(4) Le manuscrit porte : ysvou.ivY|; os "rîjç 'ApxûcSfaç xari u.avT£;av, il
'Ep|u)u tsxsïv [lava. La correction xaTa Mavn'vsiay s'impose. (Voy. plus bas
une confusion analogue entre uavrix-r,; et u.avT'.v'.y.-?,; dans les textes relatifs
à Diotima). Mais, la leçon nouvelle une fois adoptée doit se substituer,
non s'ajouter, à la leçon corrigée : Wagner {Rkein. Mus., XVL1, p 415) con-
tinue cependant à parler de l'oracle qui conduit Pénélope à Mantinée.

(5) Une autre version représente Pénélope comme s'étant livrée à tous les
prétendants (icadt toi; u,<7)0~nfipo"l); Pan aurait été le produit collectif de celle
union. [Tzélzès in Lykophr., 772.) Nous avons là une nouvelle glose étymolo-
gique des noms de Pan et de Pénélope, dérivée des fables relatives à la séduc-
tion. Mais je ne crois pas qu'elle soit proprement d'origine mantinéenne, comme
le soutient Hoscber [Philologus. LV (1896j, p. 61].
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