Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3.1859

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CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE

DE LA GAZETTE DES BEAUX-ARTS

Amsterdam, 2 juillet 1859.

EXPOSITION A LA HAYE

L'Exposition do La Haye n'a pas fait grand bruit dans le monde; l'Exposition de Pa-
ris non plus, il est vrai. A cela on pourrait trouver bien d'autres raisons que celle qu'on
suppose. Ce n'est pas seulement Tannée, c'est l'époque qui est mauvaise pour la pein-
ture. Nous sommes entre deux écoles : l'une qui finit, l'autre qui commencera peut-être.
Nous sommes dans un défilé, sinon dans une impasse. Mais il y a des originaux qui
passent partout.

L'école hollandaise actuelle n'a guère de caractère. Elle vit sur l'imitation d'une
demi-douzaine de ses anciens maîtres : Pieter de Hooch et Metsu pour les intérieurs et
les sujets familiers ; Van der Heijden pour les vues de villes; Wijnants pour les paysa-
ges; Willem van de Velde pour les marines, etc. Encore n'est-il plus du tout question de
Rembrandt. Autant vaut d'ailleurs l'oublier, que de le contrefaire.

Un des peintres hollandais a cependant un talent très-particulier, et qui ne ressem-
ble à personne, ni môme tout à fait à la nature; de la poésie, beaucoup; une naïveté
incomparable; ce sont là deux qualités ! Je parle de M. Israels, dont le nom est bien
connu déjà, môme hors de la Hollande. M. Mouilleron a môme lithographie quelques-
uns de ses tableaux.

A l'Exposition de La Haye, c'est un tableau de M. Israels qui marque au-dessus de
tout, et presque uniquement. Un sujet délicieux! mais peu importe; il ne vaut que par
la manière dont il est fait. Béves, c'est le titre. On a imprimé ce titre-là mille fois dans
les livrets et catalogues, mais on n'a pas souvent exprimé la chose sur la toile du pein-
tre. Rêves, soit. A quoi rôve-t-elle cette blonde enfant de treize ans, couchée sur le dos,
au sommet de la dune, et regardant lever le soleil sur la mer? On la voit de profil, les
deux bras rejetés derrière la tete. Elle est posée comme pour se balancer dans un hamac,
tout à l'aise parmi les herbes fines et rares qui croissent dans le sable. Elle est chez elle,
cette fillette de pécheur, entre les vagues et les polders. Jambes nues, pieds nus, court
jupon rouge et corsage jaune. Mais que peut-elle voir dans ce soleil qui est si loin et
dont les premiers rayons, glissant sur la mer, viennent se perdre jusque dans son œil?
C'est cette communication sympathique du regard de la jeune fille avec la lumière
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