Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3.1859

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G OKU ES P O NI ) A N G E V A LIT L G U J A È II E

i) e l a g v z E t t e i) e s M e \ u x - a r t s

Berlin, 6 septembre 1859.

Si nous lo permettez, je commencerai cette lettre, datée de Berlin, par une nouvelle
qui vient de plus loin; elle ne me semble point étrangère à l'Allemagne, car elle con-
cerne Thorwaldsen qui, bien que né en Danemark, peut cire considéré comme un
sculpteur allemand; et les réflexions qu'elle suggère s'adressent aux conservateurs
d'oeuvres d'art dans notre pays aussi bien qu'à ceux d'un pays voisin. On annonce
que la ville de Copenhague a résolu de consacrer annuellement la somme de mille tha-
lers (3.750 francs] à faire terminer les statues et bas-reliefs que Thorwaldsen a laissés
inachevés. Le sculpteur Bisspn a accepté, ajoute-t-on, cet ingrat travail. Nous aussi,
nous avons d'habiles praticiens occupés dans nos musées, non pas à parfaire de beaux
ouvrages inachevés, mais à restaurer et à compléter ainsi, on le croit, d'une autre
manière, des œuvres antiques mutilées. Personne n'en paraît être surpris. Ceux mêmes
qui se récrient aujourd'hui, parce qu'une main étrangère va toucher aux ébauches d'un
grand artiste dont la perte est récente, trouvent tout naturel, sans doute, que des figures
grecques sur lesquelles deux ou trois mille ans ont passé, soient réparées par un sta-
tuaire bavarois ou prussien. Est-ce donc leur grand âge qui les rend moins sacrées?
Est-ce la distance énorme à laquelle nous sommes placés de ceux qui les firent et de
ceux pour qui elles furent faites? ou est-il si aisé, de nos jours, de se pénétrer du
génie de leur auteur, d'imiter sa pratique, de se rendre familiers, à la fois, la forme
dont il revêtait sa pensée, l'esprit, les besoins, les habitudes du public auquel
il s'adressait, pour que l'on puisse croire qu'il va parler ce langage comme le maître
lui-même? Quant à moi, il me semble que l'on montre aussi peu d'intelligence que de
respect des maîtres anciens ou modernes, en prétendant do la sorte améliorer leur
oeuvre ou lui rendre ce qu'elle a perdu. On prouve par là que l'admiration qu'on pro-
fesse pour l'art est une aveugle superstition ou une formule apprise, plutôt qu'un culte
éclairé et sincère.

In tel reproche est grave, je le sais, quand il s'adresse à ceux qui sont officielle-
ment les ministres de ce culte; malheureusement, il peut être adressé à un trop grand
nombre d'entre eux. Comprend-on mieux en France qu'en Allemagne la manière
dont on doit honorer les illustres artistes et conserver leurs productions?—Je ïè
crois; car si l'on y a tenté de rajeunir, un peu \ivomonl peut-être, quelques vénérables
peintures, cette restauration a soulevé, de la part des connaisseurs, des réclamations
énergiques devant lesquelles on s'arrêtera sans doute: le bruit des discussions qui se
sont éle\éesà ce sujet est parvenu jusqu'à nous. Mais quand bien-même les restaura-
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