Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 5.1860

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CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE

DE LA GAZETTE DES BEAUX-ARTS

Munich, le 18 janvier 1860.

Il faut aux meilleures choses un peu de répit, dit un proverbe allemand dont le
souvenir vient fort à propos, quand on sort des expositions de nos sociétés de beaux-
arls (Kunstvereine). Ces expositions sans cesse renouvelées lassent la curiosité et jus-
tifient trop souvent les reproches des personnes qui n'ont aucune confiance dans l'avenir
des sociétés elles-mêmes. Pour moi, je ne crois pas que ces sociétés doivent rester sans
influence, je suis de ceux qui en ont beaucoup espéré, mais je dois convenir qu'elles
sont bien écartées du but qu'elles se proposaient au moment de leur fondation. Répandre
les exemples, et élever le sentiment d'un art pur, tel était leur programme. La crainte,
sans doute, de ne pas avoir à présenter au public des œuvres assez nombreuses et assez
variées a fait négliger, la plupart du temps, la qualité pour la quantité, et accordera des
médiocrités les encouragements qui devaient être réservés au vrai talent. Les ressources
dont on disposait étaient restreintes : il fallait en être parcimonieux, mais dans l'intérêt du
grand art. On se récrie, en parcourant des expositions où les envois ont abondé, d'y
trouver si peu de choses intéressantes et tant d'insignifiantes; on se plaint de voir aban-
donner la peinture, d'histoire ; on accuse, en tout pays, les artistes et le public de traiter
les œuvres d'art comme des productions qui constituent une branche de commerce;
mais où a-t-on fait un énergique effort pour rompre des habitudes funestes? où les artistes
ont-ils tenté une réforme sérieuse? où a-t-on fait résolùment appel au public lui-même?
Il ne refuserait certainement pas de concourir à des améliorations qui sont demandées
dans son propre intérêt, comme dans celui des artistes, et qui avant tout importent au
salut de l'art même.

Un tableau de M. Menzel, de Berlin, peint en 1837, et représentant l'entrevue de
Frédéric II, de Prusse, et du jeune empereur Joseph II, à Neisse, est, de toutes les
œuvres exposées ici, celle dont on s'est peut-être le plus occupé dans ces derniers temps.
M. Menzel emprunte ordinairement les sujets de ses ouvrages à l'histoire de son pays.
Vous avez pu en voir un, si je ne me trompe, à Paris à l'exposition universelle de 1855,
Voltaire, déjeunant avec Frédéric, à Sans-Souci, tableau quia beaucoup contribué à établir
sa réputation, et qui l'étendra encore bien davantage, lorsque la gravure qu'en fait un
artiste de Dusseldorf, M. Werner, sera partout répandue. Le tableau que nous possédons
actuellement à Munich n'est à proprement parler qu'une grande esquisse. La compo-
sition en est assez riche, mais elle ne peut satisfaire, lorsqu'on l'examine avec un peu
d'attention. Les avis ont été très-partagés sur cette peinture; pour moi, je la considère
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