Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

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MOUVEMENT DES ARTS ET DE LA CURIOSITE

VENTE VALLARD1 (A. D. DE TURIN)

La vente des restes de la collection Vallardi est venue fort à propos pour secouer
l'hôtel Drouot, endormi dans une torpeur inquiétante. La vente Sauvageot s'est faite à
la salle Sylvestre, la vente Solar dans la galerie d'hiver de l'intelligent financier de la
rue Saint-Georges; le public parisien n'a donc guère assisté, pendant ce commencement
de saison, qu'à des ventes de mobiliers, d'envois de la Hollande ou de tableaux italiens
fabuleusement grotesques. Il en sera sans doute encore ainsi pour quelque temps. Des
formalités judiciaires ont créé des difficultés, qui ne sont point encore aplanies et ne
permettent point de préciser l'époque de la vente Decamps, bien que tout porte à
croire qu'elle aura lieu dans la première moitié de février. La riche collection de
gravures de M. Arozarena ne sera mise sur table que le 10 de mars prochain, et nous
venons d'apprendre que la collection Soltikoff a été achetée de la main à la main au
delà d'un million et demi. Les armes en avaient été distraites. L'empereur, qui les
a payées 250,000 francs sur sa cassette particulière, se réserve, dit-on, de les partager
entre les vitrines du musée des Souverains, les salles du château de Pierrefonds et les
galeries du musée d'artillerie. Le reste de la collection a été acquis en bloc par un
financier opulent, qui se réservera les plus belles pièces et réalisera très-prochaine-
ment encore un gros bénéfice sur les reliefs qu'il daignera offrir aux enchères. Tout
n'est-il pas pour le mieux dans le meilleur des mondes? Mais combien la collection qui
vous arrive par des voitures de déménagement doit-elle avoir moins de charmes que
celle qui a été formée jour par jour, pièce par pièce, et conquête par conquête! Vous
supprimez d'un seul coup les angoisses de la jalousie, les ruses du marchandage, les
surprises de la découverte et les triomphes de la possession. Vous arrivez, vous voyez,
vous êtes vainqueur ! Au reste, on se rappelle (pie le prince Soltikoff avait acheté en
bloc 200,000 francs les deux dernières vacations de la vente Debruge-Duménil.

La collection Vallardi n'avait point, à coup sûr, été formée ainsi, et quoique ses
possesseurs n'aient point assisté non plus à ces temps heureux où les dessins de
Raphaël se vendaient par lots, ils avaient réuni quelques pièces tout à fait hors de ligne.
Le Louvre n'a point laissé passer cette belle et rare occasion, et nous le féliciterons
tout d'abord de son acquisition d'un triptyque atlribué à Hemmeling. Le catalogue
prétendait « qu'il sortait de l'illustre maison des comtes Tiepolo do Venise; « c'est
tout ce que nous savons, jusqu'à ce jour, sur sa généalogie. Ne connaissant, du maître,
que les deux petits volets qui sont au Louvre, dans le Salon carré, notre opinion serait
de peu de poids. Cependant il nous semble visible que le panneau central n'est pas de
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