Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

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MOUVEMENT DES ARTS ET DE LÀ CURIOSITÉ

Nous avons déjà signalé à nos lecteurs le jugement rendu récemment par la sixième
chambre contre une bande de brocanteurs qui avaient apporté des entraves à la liberté
des enchères dans une vente faite à Montmartre. La banlieue parisienne semble avoir
le privilège de ces ventes véreuses, où le brocanteur trône dans sa primitive et nau-
séabonde personnification de revendeur de ferraille. En 1844, on vendait pour quelques
milliers de francs la magnifique collection de dessins du chevalier Claussin, mort sur
un grabat, mais mort noblement au milieu des trésors qui avaient été la passion de sa
vie. Un carton, sauvé du naufrage, produisit dans une seconde vente au delà de
35,000 francs. Les estampes ne furent point retrouvées. Nos lecteurs pourront lire les
détails de cette vente, où plusieurs noms furent gravement compromis, dans le tome III
du Cabinet de l'amateur. Mais du moins, si dans ce cas on peut déplorer la nullité de
l'expert, la justice n'eut point à intervenir.

Cette fois, au contraire, le ministère public a dû sévir, et nous ne saurions mieux
faire que de rapporter ici quelques-unes des paroles de l'avocat général M. Sénart.

« Les brocanteurs, a-t-il dit, ont formé entre eux un pacte secret; ils ont formulé un
règlement professionnel que tous acceptent et font accepter. La convention est celle-ci :
par le fait de leur présence simultanée aux ventes, ils ne conservent pas le droit
d'acheter pour leur compte personnel; quiconque, parmi eux, enchérit, enchérit pour
la communauté, si bien que la concurrence n'existe pas, qu'ils dominent la vente,
qu'ils sont maîtres de l'enchère.

« A cette manœuvre ils en ajoutent une autre : quelquefois une personne étrangère à
leur association veut enchérir ; alors la ligue intervient, et comment? on vous l'a dit
tout à l'heure.

« Si l'étranger enchérit, l'association enchérit sur lui, et alors, de deux choses l'une,
ou l'étranger achètera au-dessus du prix vénal, ou découragé, il abandonnera la partie
et le marché lui sera fermé. Quelquefois, cela est vrai, l'association achète à des prix
élevés; quelquefois il arrive, comme l'a dit le prévenu Moilliet, qu'elle paye 10 francs
une pièce de 5 francs : mais qu'importe une perte exceptionnelle, à de rares intervalles,
quand il y a une large compensation ?

« Qu'est-ce que le revidage ? c'est une révision, par l'association des marchands, de
la vente publique. Comment procède-t-on à ce revidage? Yous le savez. On se réunit
le plus souvent chez un marchand de vin ; dans cette réunion on n'admet que les
membres de l'association, et alors on procède à une nouvelle vente, par adjudication,
au dernier enchérisseur. On nomme un faux commissaire-priseur, un faux crieur, on
rédige une sorte de procès-verbal. Cette fois la vente est sérieuse; alors les enchères
s'élèvent, le prix va croissant et atteint à peu près la valeur marchande de l'objet
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