Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

Page: 370
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1861_1/0380
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
MOUVEMENT DES ARTS ET DE LA CURIOSITÉ

VENTE DE TABLEAUX MODERNES.

La collection de M. Wertheimber, qui ne contenait que trente toiles, a produit en
une heure et demie 165,000 francs. C'est l'événement de la saison, qui avait été jusqu'à
ce jour assez froide. Les maîtres modernes et tous vivants (sauf Decamps) n'ont donc
point à se plaindre des amateurs, et la faveur semble de plus en plus acquise aux colo-
ristes de notre école.

Mademoiselle Rosa Roniieur n'est certes point une coloriste, et cependant on se
dispute à prix d'or les rares tableaux qui, de son atelier, ne partent point immédiate-
ment pour l'Angleterre ou la Hollande. Un troupeau de moutons au repos au milieu
des bruyèresj. dans les montagnes de VÉcosse (hauteur, 15 centimètres; largeur,
65 centimètres), a atteint 4 4,550 francs; une autre toile datée de 1856, 8,600 francs.

Une répétition de la Patrouille turque à Smyrne de Decamps a été disputée avec
une ardeur singulière et a été adjugée pour 25,000 francs. Ce prix énorme a surpris
bien du monde, car cette répétition, peinte il y a quelque cinq ans, n'avait ni l'exécu-
tion libre, ni le soleil, ni la chaleur, ni le bruit de celle qui fut exposée en I 831, et que
nous revîmes à l'Exposition universelle de 1855. « Le Cadji bey, monté sur un cheval
lancé au grand trot, est précédé et suivi des hommes de sa patrouille qui l'escortent à
pied; ils volent, ils courent comme en tourbillon emporté par le vent. Ministres de
justice expéditive, ils vont rançonner sans doute ou clouer par l'oreille à la porte de sa
boutique quelque marchand qui a vendu à faux poids. Deux coureurs, désignant de la
main le but de la patrouille, précèdent, armés de ces bâtons qu'ils lancent dans les
jambes d'un délinquant, s'il cherche à prendre la fuite. D'autres entourent, d'autres
suivent le cheval du chef. Attirées par le bruit, des femmes jettent un coup d'oeil du
haut d'une terrasse et de leurs fenêtres. » (Lettre de M. Leaves de Conches à M. Edwin
Landseer). Les tètes, rendues énormes par les turbans, avaient été vivement critiquées;
en les amoindrissant dans cette répétition, Decamps en modifia tout le caractère.
Pour ceux de nos lecteurs qui collectionnent l'œuvre de Decamps (car Decamps avait
lithographie lui-même son tableau pour VArtiste), nous dirons que la terrasse à droite
est remplacée par une fenêtre à travers laquelle on aperçoit deux visages de femmes
curieuses, et qu'un balcon très-saillant règne le long de la maison du second plan. —
Les Potiers italiens, 15,700 francs. Dans un atelier humide, un potier, en manches de
chemise, travaille en poussant la roue du pied; il a à portée de sa main sa pipe, une
carafe à demi pleine de vin; ses habits sont accrochés au mur près d'une image colo-
riée de la Vierge. Son petit garçon se roule avec un chien sur une natte de paille. Au
fond, dans un second atelier éclairé par un coup de soleil, trois autres ouvriers mo-
loading ...