Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

Page: 371
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MOUVEMENT DES ARTS. 371

dèlent des vases qu'une femme aligne sur des tablettes lorsqu'ils sont terminés. C'est une
toile des derniers temps du maître, c'est-à-dire, avec les chairs lilacées et les ombres
froides. Quelques jours avant, on avait vendu 80 francs le croquis au fusain qui lui
avait servi d'étude et qui avait certainement plus de caractère que la peinture. — Sam-
son combattant les Philistins, petite esquisse peinte sur papier végétal collé sur bois,
1,080 francs; il y avait beaucoup de verve. Ces prix énormes montrent en quelle estime
le talent de Decamps est tenu aujourd'hui, môme dans les répétitions, qui ne sont pour
ainsi dire que des originaux de seconde main. Quoi qu'il en soit, ils rendent double-
ment regrettable le retard apporté par des formalités purement conventionnelles à la
vente de son atelier. Il est à craindre qu'une réaction ne se fasse un jour ou l'autre,
surtout pour les œuvres des derniers temps, et il serait à la fois habile et prudent de
ne point renvoyer à l'an prochain une vente qui contient des toiles hors ligne.

Eugène Drlacroix. 1847. Fantasia arabe, 3,200 francs. Au milieu des âpres mon-
tagnes de l'Atlas, des Arabes crient, déchargent leurs longs fusils, les agitent sur leurs
têtes, courbés sur le col ou renversés sur la croupe de leurs chevaux qui s'enivrent,
avec leurs cavaliers, de poudre, de poussière et de bruit.

Diaz. 4 851. Nymphe assise sur un tertre, une draperie blanche sur les jambes,
blonde avec des chevaux bruns, écoutant un Amour appuyé sur elle, 780 francs.

Gérome. 1857. Amantes en prière, 2,550 francs. C'est, je pense, une répétition du
tableau exposé en 1857. Tous ces Arnautes exécutent une prière en douze temps.

Marilhat. Bazar à Ventrée de la ville de Jérusalem (hauteur, 55 centimètres;
largeur, 81 centimètres), 16,000 francs. Voilà une brave et solide peinture, une des
meilleures pages de l'œuvre du maître pour l'agrément sévère de la composition et la
largeur du faire. Le bazar est établi en contre-bas d'une terrasse au-dessus de laquelle
se profile la ville.

Meissonier. 1858. Une bande de reîtres est réunie dans la grande salle d'un châ-
teau fort. Deux d'entre eux jouent aux cartes, et l'un, pic, repic et capot, fait piteuse
figure au milieu du groupe qui l'entoure en fumant ou buvant. Au fond, ceux qui sont
revenus des erreurs de la dame de trèfle se chauffent philosophiquement sous le man-
teau de pierre d'une haute cheminée. Ce petit panneau, qui portait 27 centimètres de
largeur sur 21 de hauteur, avait été acheté 25,000 francs à l'artiste; il est devenu à cette
vente la conquête de M. Demidoff (également acquéreur du Decamps ci-dessus) pour la
somme de 28,000 francs. Disons pour l'acquit de notre conscience que M. Meissonier
nous a habitués à plus de fraîcheur dans les ombre?, plus d'air dans les fonds, plus de
liberté dans la composition, et surtout à moins de banalité dans le choix du sujet et des
expressions.

Nous aurions désiré voir les amateurs s'enthousiasmer davantage pour un admirable
paysage de Jules Dupré, la Vanne, qui s'est arrêté à 7^100 francs. C'est une perte
pour le Luxembourg, car c'est incontestablement une des plus belles toiles de l'école mo-
derne de paysage. Comment la décrire? Le motif n'est rien. Un peu d'eau qui dort au-
dessous d'une vanne qui laisse s'échapper par les planches disjointes de minces filets
de cristal... Mais que de bruits mystérieux dans ces coudriers qui se penchent! que de
calme dans ces nénufars qui épanouissent leur feuille ronde et luisante! que de mys-
tère et que d'humidité! que de grandeur calme dans ce coin inapprécié des badauds,
qui n'a rien de convenu, rien de pseudo-antique, mais qui est la nature vraie et qui
rappelle, disons toute notre pensée, qui égale les plus poétiques inspirations d'Hob-
béma!
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