Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 11.1861

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CORRESPONDANCES PARTICULIÈRES

DE LA GAZETTE DES BEAUX-ARTS

Londres, le 20 août 1861.

L'ouverture du Salon de l'Académie royale m'offre une occasion de reprendre la
correspondance que j'ai trop longtemps négligée pour des raisons tout à fait étran-
gères au cours des beaux-arts en Angleterre. Je ne pourrais d'ailleurs trouver une
occasion plus favorable pour le renouvellement de mes lettres qu'un tel événement,
accompagné cette fois de circonstances extraordinaires et qui paraîtront certainement
de la plus grande importance à ceux qui s'intéressent au progrès de l'art anglais.

Pour laisser le plus d'étendue possible à ce sujet, je passerai sous silence les autres
expositions usitées, celle de l'Institution britannique, celle des Artistes anglais, la ga-
lerie Portland, etc. Je ne vous entretiendrai pas non plus des deux sociétés des Aqua-
rellistes, tout importantes qu'elles soient, ni de celle des Architectes. Ces sociétés ne
présentent du reste aucune nouveauté remarquable cette année. Je me bornerai donc
à vous parler du Salon de l'Académie.

Et d'abord, je dois parler dos améliorations qui viennent d'être introduites dans le
local de l'Académie. Je n'ai pas besoin de vous dire que cette institution, soutenue avec
courage et persévérance par ses membres, et, chaque année, aidée davantage par l'obole
du grand public; que cette institution, dis-je, quoique sanctionnée par brevets royaux
et favorisée par des concessions du parlement, n'a jamais joui des avantages si com-
muns à vos académies du continent. Mais nos lecteurs auront lieu de s'étonner en
apprenant que ce centre, représentant des arts en Angleterre, pour tenir ses séances,
établir ses écoles, ouvrir son Salon, n'a pu trouver jusqu'ici qu'un espace très-limité,
tout à fait provisoire, un espace même en quelque sorte accordé par charité et conservé
par tolérance.

Pendant les premières années, après le déménagement de l'Académie de Somer-
set-IIouse, à Trafalgar-Square, très-probablement ce local aura suffi, mais à présent que
le nombre des artistes et de leurs productions a presque décuplé, c'est avec douleur
que nous avons vu les efforts impuissants auxquels ces messieurs de l'Académie étaient
réduits pour s'y tenir et en même temps pour faire assez de place aux œuvres qui leur
étaient envoyées par les artistes du dehors. C'était surtout pour les sculpteurs que le
défaut d'espace devenait le plus injurieux; aussi le public et les artistes n'épargnaient
ni les plaintes ni les sarcasmes contre cette espèce de cave qu'on a fini par baptiser du
nom de Trou noir de Calcutta (Black holo of Calcutta). Un pareil état de choses
ne pouvait durer plus longtemps, et en attendant que l'Académie royale fût
dotée d'un emplacement digne de son importance et de ses ressources, l'on s'est
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