Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 15.1863

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EXPOSITION PE L’ART CERAMIQUE

A NEVE RS

l est certains signes des temps, dont les esprits attentifs doivent savoir
se servir pour l’œuvre du progrès. L’institution des concours régionaux
a été, dès le principe, un fait économique immense ; elle a porté dans
nos champs la lumière et la vie; elle a, comme par enchantement, développé la richesse
agricole. Mais, à l’ombre de cette innovation bienfaisante, il en est une autre qu’on a
vue surgir presque inopinément et sans préméditation apparente; nous voulons parler
des expositions d’objets d’art et d’industrie.

Pourquoi cette manifestation spontanée de l’œuvre intellectuelle là où les problèmes
de la prospérité sociale semblaient seuls devoir s’agiter? N’était-ce pas la preuve de
préoccupations sérieuses touchant l’une des plus brillantes facultés de notre France?

La première peut-être cette Revue a proclamé, par la plume énergique de son direc-
teur, la nécessité de raviver chez nous l’enseignement professionnel, de rehausser le
goût prêt à s’éteindre, d’exciter, par la vue des meilleurs modèles, le génie créateur de
nos artisans. Ce programme, la province voulut s’v associer, en exhibant les trésors
peu connus qu’elle renferme, en montrant surtout les œuvres qui, dans un autre temps,
ont fait sa gloire et sa fortune. Nous ne rappellerons pas ce qu’ont eu de résultats
imprévus, pour les curieux et les savants, certaines de ces expositions, et notamment
celle de Rouen. Nous voulons arriver sans préambule à initier le lecteur aux impres-
sions produites sur nous par l’exhibition de Nevers.

On connaît cette ville, assise en amphithéâtre entre les rives de la Loire et de la
Nièvre; du plus loin qu’on l’aperçoit, sa cathédrale surmontée d’une vigie en encor-
bellement, son château ducal, aux tourelles couronnées de toits aigus, disent assez
qu’on va pénétrer dans un centre où les arts ont reçu dès longtemps le culte qui leur
est dû. En effet, en courant d’abord au palais des Gonzague, nous y trouvons toutes
les élégances du xvic siècle et nous jetons un rapide coup d’œil sur la collection pré-
cieuse des vieilles faïences nivernaises, créées sous l’influence du goût italien et par
la protection spéciale du duc.

Mais nous nous arrachons bientôt à cette étude attrayante; tout près, sur la place,
des bannières nous indiquent le lieu où l’exposition officielle nous attend. Un véri-
table étonnement nous saisit dès l’entrée. Le vestibule étincelle des reflets de la pein-
ture céramique; un trophée composé uniquement de terres émaillées modernes arrête
d’abord le visiteur qui se demande si le programme du concours appelait ce dévelop-
pement insolite des œuvres de nos potiers.

Non certes, mais par un de ces accords tacites, manifestation évidente d’une pensée
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