Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 17.1864

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

reine Marie-Antoinette à Fontainebleau, œuvres de fer et de bronze que
l’on attribue à Gouttières.

A propos des nombreuses gravures destinées à une Monographie du
palais de Fontainebleau, qui figurent depuis quelques années à toutes les
expositions, nous ne pouvons nous empêcher de signaler l’influence
fâcheuse qu’exerce le graveur R. Pfnor sur les collaborateurs soumis à sa
direction. M. R. Pfnor s’est fait une façon de graver par larges tailles colo-
rées qui accusent plutôt l’aspect des choses qu’elles n’en donnent la
forme précise, et qui nous semblent sortir des conditions de la gravure
d’architecture. Entre le trait sec et froid des anciens graveurs que M. Ri-
bault a imités dans la Restitution du temple de Sélinunte d’après
M. Hittorf, et les eaux-fortes des sectateurs de M. R. Pfnor, il y a, ce
nous semble, un moyen terme que l’on ne devrait pas dépasser sous peine
de transformer en estampes pittoresques ce qui doit être un renseignement
précis. A ces planches si colorées nous préférons de beaucoup les plan-
ches un peu sèches mais si serrées de M. Sauvageot, à qui la ville de
Paris à confié cette année l’honneur de graver le frontispice du plan
qu’elle fait exécuter avec tant de dépenses et de soins.

Si les graveurs sur bois, dont notre ami Ph. Burty s’est montré à bon droit
le défenseur, ont été jusqu’ici beaucoup moins heureux dans la section pitto-
resque que dans la section d’architecture où MM. Eugène et Louis Guil-
laumot ont déjà obtenu chacun les trois médailles qui les mettent hors
de concours, ne faut-il pas s’en prendre surtout au système qui semble
prévaloir jusqu’ici dans la gravure sur bois? Les gravures que MM. Guil-
laumot exécutent avec tant de talent d’après les croquis si spirituels et si
précis de M. E. Yiollet-le-Duc, nous paraissent se maintenir bien plus
dans les conditions du genre que les imitations de burin de leurs rivaux
d’à côté. Ces imitations peuvent témoigner de progrès dans la taille et
l’impression du bois, mais elles montrent aussi un amoindrissement du
goût. La gravure sur bois, à notre avis, que partagent, croyons-nous, tous
nos collaborateurs, au lieu de soutenir une lutte impossible avec le burin
sur acier, devrait se contenter de reproduire des croquis avec un outil
spirituel et brillant, et si la Gazette des Beaux-Arts, en ses commence-
ments, s’est parfois laissé entraîner au courant et aux habitudes des gra-
veurs, nous nous plaisons à signaler une réaction dans la voie qui nous
semble être la seule que doive suivre un journal d’arts.

ALFRED D A R G E L.
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