Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 2.1869

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

autrement difficile, et sans laquelle la première est absolument insuffi-
sante, la perspective aérienne. Enfin, pour achever de parcourir tous les
genres, nous citerons des Natures mortes, de Jean-David de Heem, et des
Fleurs7 de Rachel Ruysch.

On aura remarqué sans doute que dans cette longue nomenclature
manquent plusieurs noms illustres, plusieurs égaux des maîtres les plus
renommés, Albert Cuyp, Peter de ïïooghe, Mindert Hobbéma, Arendt
Van der Neer. Cette absence surprenante vient prouver de nouveau, et
d’une irrécusable façon, qu’à l’époque où fut rassemblée en très-grande
partie la galerie de Cassel, on avait en quelque sorte oublié ces quatre
grands artistes; on les dédaignait, on les rejetait au second rang, on
s’efforcait même, à l’aide de fausses signatures, de mettre leurs œuvres
sous la protection d’autres noms mieux accueillis des amateurs et d’un
cours plus avantageux dans le commerce. Ce n’est, en vérité, que depuis
le commencement du présent siècle qu’enfin ils ont recouvré le rang qui
leur est dû, et qu’on semble vouloir, par la renommée qui s’attache à
leur nom, par le haut prix qui s’attache à leurs œuvres, les venger, et
les consoler d’une si longue et si criante injustice.

On conviendra toutefois que, malgré ces lacunes regrettables, et dans
l’école la mieux représentée; que, malgré les spoliations plus regrettables
encore dont la galerie de Cassel fut victime sous le premier empire, elle
mérite d’être comptée désormais parmi les grandes collections de l’Eu-
rope. Où trouverait-on, par exemple, à moins de monter jusqu’au
60rae degré de latitude nord, un tel assemblage des œuvres de Rem-
brandt? Hélas! mon cher Thoré, pourquoi m’avez-vous manqué de
parole? C’est ensemble que nous devions aller à Cassel, ensemble que
nous devions étudier pieusement les œuvres de votre peintre bien-aimé.
Et tandis que je faisais sans vous, privé de la compagnie d’un tel ami,
ce pèlerinage d’amateur, déjà la maladie cruelle vous tenait [attaché
sur le lit de douleur d’où vous n’êtes plus sorti vivant. Comment pour-
rais-je retrouver dans ma mémoire les noms et les formes de toutes ces
belles œuvres d’art sans penser à vous, sans que votre souvenir ne se
mêle à leur souvenir, ne rouvre ma blessure, et n’aiguise encore le
regret de vous avoir perdu ?

LOUIS VIARDOT.
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