Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 6.1872

Page: 330
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LES BEAUX-ARTS

A L’EXPOSITION LYONNAISE

L’idée de mêler sans pitié la statuaire et la peinture aux autres indus-
tries humaines dans des expositions universelles, — cette idée quelque
peu brutale est éclose en Angleterre. A nous, fils de la Renaissance et de
la Grèce, qui gardons en dépit de tout je ne sais quelle répugnance à la
barbarie, la pensée d’une telle confusion ne fût jamais venue. Nous avons
beau faire, l’art est encore pour la plupart d’entre nous la forme d’un
sentiment et non pas l’échantillon d’un produit; le nom des artistes se
confond sur nos lèvres avec celui des écrivains et des poètes, toutes nos
habitudes d’esprit, toutes nos traditions nous eussent garés d’une sem-
blable méprise.

Quoi qu’il en soit, les expositions universelles sont entrées dans nos
mœurs, et elles ont leur part d’influence dans le caractère superficiel
que les arts prennent de plus en plus. La peinture, cette poésie muette
d’autrefois, tend à ne devenir qu’une variété coûteuse du mobilier. On
peut s’en convaincre à Lyon tout aussi bien qu’à nos Salons annuels des
Champs-Elysées. Ce n’est pas que l’aspect général ne diffère un peu et
que de place en place quelque excentricité naïve, quelque tableau de
genre qui retarde de trente ans ne nous avertisse de la distance. Mais au
fond ce sont les mêmes tendances, c’est le même idéal plus gauchement
poursuivi.

Le public seul est tout à fait changé.
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