Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 9.1874

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LES

DERNIÈRES LETTRES DE PRUD’HON

A M. CHARLES CLÉMENT.

e puis publiquement vous témoigner ma gratitude pour l’hommage que
lÜâ vous avez bien voulu rendre, dans la Gazette des Beaux-Arts, à la gloire
de Prud’hon et à la mémoire de mon père. En héritant, mon frère et moi,
^1 de l’amour que notre père avait pour les arts, nous avons continué, après
sa mort, à recueillir les documents relatifs à notre artiste si illustre. Vous avez fait
de ces documents un emploi tel que, grâce à vous, il n’y a plus rien à dire sur Prud’-
hon. Désormais, quelques découvertes pourront seulement faire voir l’une de nos plus
grandes gloires artistiques sous un nouveau jour.

La Fortune visite quelquefois ceux qui ne sollicitent pas ses faveurs.

Ne cherchez point cette déesse,

Elle tous cherchera.

Deux fois, quant aux arts, j’ai pu jouir des avantages qu’elle procure.

Le 8 février '1861, j’avais le bonheur de trouver l’ouvrage de Bruun Neergaard sur
la situation des beaux-arts en France, ou Lettres d'un Danois à son ami L L’exem-
plaire que je pus acheter avait appartenu à Prud’hon : la lettre qui lui est consacrée est
couverte de ratures et de corrections faites par lui, souvenir intéressant qui sert à recti-
fier des erreurs qui avaient échappé à Bruun Neergaard.

Le 9 mars 1873, je fus encore plus heureux, parce que, à dater de ce jour, j’eus
l’occasion de sécher quelques larmes. Voici les faits. Le 9 mars dernier, j’étais chez
une de mes parentes, Mme W... La foule était grande dans son salon ; mon nom y fut
prononcé. MlleH..., inspectrice des écoles de dessin de la ville de Paris, près de laquelle
j’étais, m’adressa la parole et me dit : « Je connais, monsieur, votre amour pour les
arts, et je sais quel culte vous avez voué aux œuvres de Prud’hon, sur la famille duquel
j’ai de bien tristes détails à vous communiquer. Une de mes amies, Mme P. d’il..., a
dans les environs de Metz une très-belle propriété dont le parc fut saccagé par l’ennemi
en 1870. Des bûcherons furent appelés, au mois de juin 1872, pour déraciner les arbres
qui avaient été coupés. L’un de ces bûcherons, pendant un moment de repos, dit à
Mme P. d’H... : « Madame serait surprise de me voir exercer le métier que j’exerce, si 1

1. A. Paris, à l’ancienne librairie de Dupont, rue de la Loi, n° 1231, an IX-1800.
IX. — 2e PERIODE.

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